رسالة التوØÙŠØ¯
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Rissalat Al Tawhid
Par : Cheikh Mohamed Abdou
A l'issue des événements qui ont secoué l'Egypte en 1882, Mohamed Abduh a été contraint de se fixer à Beyrouth. Là , à l'école sultanienne; il enseigna différentes sciences, parmi lesquelles : la théologie.
A cette occasion, il s'est rendu compte que les manuels qui étaient alors en cours ; ne répondaient ni à l'attente des étudiants, ni à leur niveau de compréhension. C'est simple : "...les manuels avaient été rédigés pour un temps qui n'est plus le nôtre ". (p.2) Le projet de Abduh est d'effectuer une lecture de L'UNITE, en réponse à la période où il vivait. Plus précisément, c'est à une appréhension de l'unité absolue (égal Dieu) que nous sommes invités. Il est entendu que toute la démarche de Abduh est sous-tendue par le souci d'unification. Ainsi : " Je m'étendais sur les prémisses et puis j'allais droit aux conclusions ne me préoccupant que de donner une démonstration juste, et ne craignant pas de m'écarter dans mes exmplications des formes généralement admises. Quant aux divergences d'opinions, je n'y faisais allusion que de loin, de sorte que mes allusions ne pouvaient être comprises que des hommes mûrs ". Il prend le risque de s'éloigner de perceptions dominantes. Persiste chez lui le souci de ne s'appuyer ni sur les dissensions, ni sur les déchirements et querelles qui ont traversé la communauté islamique. Ainsi, pour la conscience de Abduh,
Est rejetée la division.
Est requise l'unité.
Dans l'introduction écrite par lui à son ouvrage, il a visé à fonder assez solidement la théologie. Selon notre saisie des faits, toute Révélation s'inscrit sur la ligne idéologique, alors que la théologie trouve sa place sur celle de la positivité. Cela a de quoi indiquer suffisamment, en quoi Abduh aspire à confirmer les bases d'une positivité à portée essentiellement religieuse, c'est-à -dire la théologie par rapport à la révélation islamique. Cela implique pour lui, de s'en tenir à l'idée d'Unité/Unification, soit l'Unité/Unification entre la révélation et la théologie d'une part, et entre la religion islamique et la Raison d'autre part.
A considérer la théologie comme spéculation de la part des hommes qui prennent pour centre d'intérêts, des élements divers, rapportés à l'Unité Absolue, qu'est Dieu ; nous met plus intimement en contact avec le projet de Abduh.
Cette théologie, avec son objet d'étude, son but, sa méthode, est éclatée en divergences, tout au long de l'histoire de la communauté islamique.
Dans son introduction, le cheikh Abduh relève justement l'éparpillement vécu par la théologie islamique, non pas pour y tenir au-delà de ce que permet le modérantisme, ou le mettre en exergue de référence, mais pour estimer avec énergie, qu'il (l'éparpillement) ne remet pas en cause, l'Unité foncière de la théologie islamique.
Abduh est en position dans cette théologie islamique. Pour Abduh, toutes ces divisions charriées par l'histoire de la théologie islamique, n'atteignent pas l'Unité constitutive de cette pensée religieuse. L'entreprise que nous permet Abduh, suggère de réhabiliter l'un -absolu ou relatif-; par une quête en dialogue avec le monde contemporain qui est le sien, lui l'homme de religion.
OUI A LA RAISON
D'après Mohamed Abduh, jusqu'à l'avènement de lIslam, la théologie a rejeté la Raison en tant que pilier dans sa démarche. Ainsi, le Coran, au regard du cheikh :
"...n'exige pas de nous d'avoir confiance en lui rien que parce qu'il le dit. Il fait appel à la Raison et il éveille l'intelligence.
Il exige de la Raison qu'elle examine attentivement ce qu'il dit à ce sujet afin de se persuader de la vérité des principes qu'il établit et du but auquel il nous convie "
Ou alors :
" La religion et la Raison fraternisent aussi pour la première fois dans un Livre sacré et par la bouche d'un Prophète, Envoyé de Dieu ; et cela d'une façon nette qui n'admet pas de réticence " (p.6)
De là :
" Ainsi les Musulmans sont d'accord que, si la religion peut nous révéler certaines choses qui dépassent notre compréhension, elle ne peut nous en enseigner aucune qui soit en contradiction avec notre raison " (p.7)
Il y a à retenir que la Raison et l'intelligence sont ciblées par Dieu, et elles sont aptes à nous y conduire d'autant qu'à priori, elles ne semblent pas limitées par quoique ce soit.
Quelles sont les causes des dissensions au sein de la théologie islamique ?
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A l'intérieur du champ à proprement religieux. Mohamed Abduh est incontestablement en position de modérantiste. Son relativisme est un héritage de la ligne marquée par le sunnisme musulman. Il y a là , la conviction théologique, par laquelle atteindre l'Absolu est de fait impossible. Il ajoute dans ce sens :
" D'autre part, Dieu n'a pas admis dans l'homme le besoin de connaître l'essence des choses, mais bien celui de connaître leurs caractères extérieurs et leurs qualités particulières. L'esprit de l'homme lorsqu'il est sain, trouve son contentement à vérifier les relations de ces qualités et à pénétrer les lois sur lesquelles elles reposent. S'occuper de la substance de ces choses, c'est perdre son temps à employer ses facultés dans un but pour lequel elles ne nous ont pas été données ". (p.35).
Par là , Abduh établit la relation entre la Raison et les objets dont elle a à s'occuper. Il voit pour nous des frontières à ne pas transgresser. Sa décision à ce propos est prise, depuis la religion. On est bien pour la Raison comme faculté, à condition qu'elle sache s'en tenir à ce que lui trace la religion. A ce propos, le cheikh Abduh, considère que la Raison humaine ne peut saisir ni la nature de la lumière physique, ni celle de l'âme humaine, ni celle de la réflexion, du mouvement et du langage.Encore moins celles de l'Etre suprême. Le cheikh Abduh fonde ses espoirs sur une raison fortifiée, ni vaine, ni dangereuse. C'est celle qui ne s'égarerait pas en voulant toucher l'essence de Dieu ou ses Attributs. Il y a que, pour lui :
" Les divergence d'opinions qui existent au sujet de l'univers sont un effet de la lutte entre la vérité et l'erreur, et il faut que la vérité ait le dessus sur l'erreur avec l'aide de la saine Raison et par la victoire des esprits forts sur les faibles " . (p.35).
Il serait précipité de dénicher chez un Abduh, la conception moyenâgeuse, qui voyait en la Raison, la servante de la foi religieuse. Abduh est trop assuré de ses convictions religieuses, pour dire, en parlant des écoles philosophiques, avec lesquelles il aurait opté pour un hypothétique équilibre dans l'Unité :
"...Or la meilleure d'entre elles, même si elle n'est pas complètement dans l'erreur, ne satisfait pas les aspirations de notre esprit. Nous devons donc nous arrêter à la limite à laquelle peut atteindre notre raison..." (p.37).
Au moment où, le cheikh Abduh s'exprime de la sorte, les jeux inhérents à l'Homme-Forgeron qui est Assimilateur par intégration sont en voie de s'achever. Dans le monde musulman, cet Homme-Forgeron est en passe de renoncer à ce qui, de son point de vue, était faisable. Il est en route pour se faire soulager de son rôle de direction sociale, dans les pays musulmans.
Dans ces conditions la Raison, dont il est en principe le défenseur attiré, se présente comme à -peu-près anémiée. En voie d'essoufflement. Porteuse de moindre solidité. Frileuse. En reflux.
Comprenons qu'un Abduh met tout son poids religieux dans la balance, escomptant de la Raison, tout ce qu'elle recèle encore potentiellement parlant, lui rappelant que le salut en fin de compte, est dans la religion islamique.
A tout propos et comme par exemple en ce qui concerne les Action de Dieu (Unité Absolue), Abduh, se maintient au creux de toute mission unificatrice ainsi :
" ...Nous devons nous tenir à ce sur quoi tout le monde est d'accord et ramener à une vérité unique les vérités divergentes " (p.38).
Que la Raison soit cantonnée à l'intérieur de limites données, et c'est la prophétie qui se justifie du même coup, dans la mesure où elle sert d'intermédiaire entre la Raison à laquelle s'adresse Dieu (Unité Absolue) et cette Unité Absolue (Dieu).
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Quels sont les causes des dissensions au sein de la théologie islamique ?
D'après Abduh, il y eut parmi les préposés à la théologie islamique, ceux qui vinrent depuis d'autres religions vers l'Islam. Sous prétexte de lâcher la bride de l'intelligence, ils favorisèrent les dissidences.
De leur côté, les Omeyyades n'auraient eu cure, d'unifier les uns et les autres. L'entrée des Persans aux convictions religieuses douteuses, dans le pouvoir des Abassides, augmenta encore les divisions. C'est au nom de la religion, que la religion sera transgressée. Certains auront poussé à bout le rationalisme et d'autres la loi religieuse. Si les philosophes cultivent l'exagération, cela est dû à un manque de discernement et à " l'esprit du temps ".
En conséquence, la théologie se fige. Les querelles entre les différents prétendants au Khalifat favorisent l'émergence des ignorants dans le secteur de la théologie.
Voilà :
"Ils chassèrent la Raison de son domaine et ne discutèrent qu'en traitant les gens d'égarés et de mécréants, ils s'enfoncèrent dans cette voie qu'ils imitèrent certaines nations antérieures à l'Islam, lesquelles avaient déclaré que la religion et la science étaient incompatibles..." (p.18).
Résulte de cette longue histoire, une coupure entre la religion et la Raison.
Abduh s'élève contre l'imitation aveugle du passé et réaffirme simplement, mais fermement, sa foi en le lien indissoluble entre la religion et la Raison :
" Et-ce que nous devons croire, c'est que la religion musulmane possède l'Unité dans ses dogmes et ne repose pas sur des bases divergentes ; la Raison est parmi les plus forts de ses soutiens et la tradition parmi les plus fermes de ses appuis " (p.18)
A nous permettre une interprétation, la grande perdante dans l'affaire, c'est la Raison fragilisée et jouant le lestage à elle-même, de la religion. Cette religion, par le biais de Abduh, apparaît comme relativement forte et présentant une appréciable proportion à mettre des garde-fous devant la Raison. Nous désignerons ce genre de dynamique par son caractère retors. La raison se manifeste alors, en sa faiblesse et son humilité, par rapport à un référent que Abduh ne mentionne pas en apparence. Nous visions ici l'Homme-Forgeron d'Occident au regard duquel se détermine la Raison de l'Homme-Forgeron sis en pays musulmans.
Ne nous trompons pas sur les mécanismes de la pensée d'un Abduh, qui en appelle à une substantielle réhabilitation de la Raison certes, mais reste celui qui part d'une station strictement religieuse.
LE POIDS DE LA RELIGION
Pour Abduh, il y a l'Etre nécessaire, c'est-à -dire celui qui assemble en Lui-même des attributs prenant la forme d'Unité Absolue. Cet Absolu, c'est le Créateur des contingences. Ce Créateur c'est Dieu. D'après Abduh, notre raison est en mesure de comprendre cela certes, mais il est des éléments qu'elle se doit d'admettre parce que la foi religieuse les met à sa disposition. Ainsi en est-il de la Parole de Dieu, de sa Vue, de son Ouïe.
Pour déterminer le champ imparti à la Raison, Mohamed Abduh s'appuie sur un hadith inauthentique il est vrai, mais quand même confirmé par le Livre Sacré :
" Méditez sur les créatures de Dieu, mais ne portez pas vos méditations sur son essence, sinon, vous périez "
Pour le cheikh, la Raison humaine et subjective peut tout au plus saisir les phénomènes, les causes immédiates et certaines relations entre les faits. Là :
" Quant à pénétrer la véritable essence des choses, ou leur substance, cela n'est pas donné à la puissance humaine car on ne peut connaître les choses composées qu'en connaissant les éléments qui les composent, et d'élément en élément, l'homme arriverait jusqu'à la substance absolument simple ; or, il n'y a aucun moyen de parvenir à cette dernière, tout ce qu'il est possible de connaître à son sujet, ce sont ses qualités et ses effets ".
...Ã suivre...