21 AOUT 1856

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GIGELLI : 21 AOUT 1856

 

Récit extrait du livre de Charles FERAUD -  «L’Histoire des Villes» -

 

Numérisé par Antar Lamine

 

 

UN  CATACLYSME SUR GIGELLI  -  (Sous-titre par la rédaction)

 

 

Dans la nuit du 21 au 22 août 1856, vers 10 heures, une violente secousse, accompagnée d’un bruit souterrain semblable au grondement du tonnerre, se fit sentir dans la petite ville de Gigelli, et presque toutes les maisons furent ébranlées par ce premier choc. La mosquée, la vieille tour gênoise et plusieurs maisons s’écroulèrent avec fracas. La mer se retira à une grande distance pour revenir aussitôt sur elle-même, remplissant le vide qu’elle avait laissé, avec un mugissement formidable. La commotion avait duré 40 secondes. La population éperdue se précipita hors es murs, éprouvant avec terreur de nouvelles secousses qui, heureusement, ne causèrent aucun nouveau désastre. Quelques individus périrent sous les décombres.

 

Déjà, le lendemain, on rentrait dans la ville, rassuré par le calme qui commençait à se rétablir, quand, vers midi, une secousse encore plus violente, beaucoup plus prolongée que celle de la veille, accompagnée de détonations souterraines produisant de profondes crevasses dans le sol et faisant bouillonner la mer, ébranla de nouveau la terre. La destruction, dès ce moment, fut totale, et un immense nuage de poussière couvrit d’un voile funeste cette scène de désolation. Quand la secousse fut terminée, pas une maison n’était debout.

 

A partir du 24, malgré de faibles secousses, la confiance revint. On s’occupa du sauvetage, on travailla à réédifier une nouvelle ville en construisant des baraques en bois hors de l’ancienne enceinte, sur l’emplacement des jardins, et, en attendant, toute la population campa sous la tente comme la troupe.

 

Pendant plus d’une année, les secousses furent continuelles et même journalières ; dans les premiers mois qui suivirent la catastrophe, elles se reproduisirent plusieurs fois par jour ; puis, petit à petit, elles s’affaiblirent pour ne plus reparaître.

 

L’hiver de 1856 à 1857 fut très rigoureux ; on se le rappelle encore, nous disait naguère un témoin oculaire ; des tentes, des gourbis étaient nos demeures, que le vent et la grêle enlevaient quelquefois ; devant nous, nous avions des jardins, des fossés, des ornières et de la boue enfin sous nos pieds ; la fièvre venait aussi de faire sa terrible apparition, fièvre lente, intermittente et qui causa de funestes ravages.

 

Eh bien ! Avec de pareils encouragements, les habitants créèrent rapidement une nouvelle ville ; avec la seule présence du commandant supérieur, le colonel Robert, qui se multipliait et dont la mémoire est encore à la présence de tous, ils fondèrent la moderne Gigelli ; avec l’énergie et la persévérance dont sont douées les Algériens, ils exécutèrent, en peu de temps, ce qu’un cataclysme, ce que des siècles seuls peuvent détruire… une ville !

 

Voila quelles sont les causes qui font que Gigelli présente aujourd’hui deux aspects bien tranchés ; celui de la vieille ville arabe, transformée en citadelle, et l’autre de la récente

Cité française, qui s’étale coquettement sur la plage. 

 

La vieille ville arabe était assise sur le bord de la mer, et occupait une presqu’île rocailleuse, de 42 000 mètres carrés de superficie, dont la hauteur au-dessus du niveau des eaux, varie entre 6 et 9 mètres. La presqu’île est réunie à la terre ferme par un isthme fort bas, que dominent de près les hauteurs voisines ; elle est aujourd’hui exclusivement affectée au quartier militaire ou, pour être plus exacte, à la citadelle, fortifiée sur tout son pourtour par un rempart et des bastions de construction récente. Dans cette enceinte existent : l’hôtel du commandant supérieur, les casernes, l’hôpital et les magasins de l’administration. Ces édifices n’ont plus qu’un rez-de-chaussée, l’étage supérieur qui les surmontait, ayant été renversé par le tremblement de terre de 1856.

 

A l’arrivée de nos troupes à Gigelli, le 13 mai 1849, il ne restait de la fortification de l’ancienne ville du moyen âge qu’une tour carrée, la muraille gênoise qui fermait l’étranglement de la presqu’île et deux retours de chaque côté, d’une trentaine de mètres environ. Ces murs étaient en fort mauvais état et présentaient d’énormes brèches. De l’enceinte romaine, il n’existait que les fondations ou quelques masses informes que la mer n’avait pu atteindre et ronger. Gigelli n’était plus qu’une ville turque. C’est-à-dire une ruine…

 

                                                             ===ooOoo===

 

 

Ainsi s’achève la version par Charles Féraud du récit du tremblement de terre ayant frappé Gigelli le 21 août 1856.

 

Il existe également une autre version de l’histoire narrée à travers un texte intitulé « Jijel : Profil urbain et Histoire », que nous avons récemment publié sur Jijel.info.

 

Et que nous conseillons aux internautes de relire, parce qu’apportant un autre éclairage à cette histoire.

 

A.L.

 

 

 

 

 

 

 

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L'AUTRE VERSION

Jijel: Profil urbain et histoire

 

Source : jijel.archéo.123.fr

Synthèse : Karim Hadji

Texte original remanié et proposé par A. Lamine – (Jijel.info)

 

L’histoire de la Citadelle de Jijel - (Titre par la rédaction)

 

 

Maintes personnes, originaires de Jijel ou étrangères à la ville, qu'elles soient férues d'histoire ou non, s’étaient un jour taraudé l'esprit, en se posant la question à juste propos,  de savoir pourquoi il n’y a point de  vieille médina ou casbah dans la ville de Jijel, à l’instar d'autres  cités algériennes.

 

Dans l’intention de définir et éclaircir ce désordre de l’histoire constituant un noeud gordien, j'ai eu l’idée de publier un arrêté, à titre d’information, datant de l'époque coloniale, consacrant l'expropriation des biens des citoyens de l'ancienne ville de Jijel, ainsi que leur appropriation par le génie militaire français. Dans le but arrêté d' y édifier un quartier militaire.

Le tremblement de terre de 1856 fut utilisé comme motif sécuritaire, à travers l'arrêté publié à sa suite, justifiant l'évacuation civile des habitants résidant de la ville ancienne,  nommée «La Citadelle», bâtie sur la presqu'île.

 

A la suite  du cataclysme ayant frappé en ces jours du 21 et 22 août de l’année 1856,  en dépit des destructions subies par une partie du patrimoine archéologique et social existant à cette époque, il était resté assez de ces biens sociaux et patrimoniaux,  qu’il convenait de conserver à titre historique.

Lorsque la reconstruction fut entamée, les remparts furent bâtis sur les anciennes fortifications romaines et byzantines, dont les fouilles avaient atteints les fondations. Ce choix, proposé en 1841 par le génie militaire colonial présent en Algérie (1), causa énormément de dégâts aux antiquités jijelliennes, du fait que les murs de plusieurs édifices pouvaient être enfouis sur des mètres en profondeur, au dessous des premières destructions, et ayant été ainsi grandement dérangés.

L'arrêté, publié ci-dessous, montre  que «l'Algérie a été le terrain d'expériences sur lequel l'esprit militaire, comme dans un test projectif, a plaqué ses structures » (2).  Il y eu cependant, des réticences et des oppositions, formulées par des militaires au fait de l'archéologie et des antiquités, appréhendant leur importance historique.  Assez malheureusement, ces personnes n'avaient pas assez de poids pour convaincre.  A la suite de cette expropriation, il avait été entamé des opérations d’expulsion des autochtones. Ils furent déracinés pour être placés dans un nouveau lotissement, dans lequel ils s’étaient immédiatement sentis dépaysés.

 

De nombreuses familles avaient dû quitter la ville pour trouver refuge dans l'arrière pays et y recréer une nouvelle vie... Plus tard, d'autres avaient subies les conséquences du séquestre pour n’avoir pas rejoins la citadelle afin de se déclarer dans les délais, avant l’expiration de  l'ultimatum fixé par les autorités militaires, qui avaient alors considérées le fait comme un bellis causa.  L’histoire rapporte  qu’ils furent totalement dépossédés de tous leur biens et certains, même déportés, comme ce fut le cas à la suite de la révolte insurrectionnelle d'El Mokrani, intervenue en 1871. 

À Jijel, «la colonisation avait remplacée la structure de la ville ; en créant le damier colonial, comme d'autres créations en Algérie, à l'extérieur des remparts» (3), sur la petite plaine marécageuse. Pour ces travaux «Haussmanniens», une grande quantité de matériaux de l'ancienne ville, partiellement détruite par le séisme de 1856, fut réutilisée.  Un remaniement totale s'ensuivit ; la ville arabe et turque qui avait déjà employé la pierre romaine, fut à tout jamais délocalisé, laissant sur place des vestiges de plus de vingt siècles. Tout un patchwork historique et archéologique constitué de mosaïques romaines, d’aqueducs, de chapiteaux, de colonnes, de mosquées et minarets, d’habitations etc., disparaissait.

 

 

  • (1) Génie en Algérie : Djidjelli, considérations générales, fortifications de la place 1840-1876: Mémoire sur l'état actuel de la place, sur les travaux exécutés en 1840 et sur ceux que l'on propose pour 1841, Capitaine du Génie Mally, avril 1841.
  • (2) P. Bourdieu et Sayad, Le déracinement, la crise de l'agriculture traditionnelle en Algérie. Éd. de Minuit; Paris, 1964.
  • (3) Marc Côte, L'Algérie ou l'espace retourné. Éd. Média-Plus; Constantine, 1993.
  • (4) Michael Greenhalgh, The Re-Use and Destruction of the Antique Monuments of Algeria during the French Invasion (1830ff). Australian National University (Internet).

 

Ci-joint l’arrêté n°663 du 14 octobre 1859

 

N° 663. - ARRÊTÉ DU MINISTRE,  du 14 octobre 1859,  déclarant d'utilité publique l'établissement d'un quartier militaire dans la presqu'île ou vieille ville de Djidjelli.

 

AU NOM DE L'EMPEREUR,

 

Le ministre secrétaire d'état au département de l'Algérie et des Colonies,

Vu la loi du 16 juin 1851, sur la constitution de la propriété en Algérie;

Vu le titre IV de l'ordonnance royale du 1er octobre 1844, sur l'expropriation pour cause d'utilité publique;

Vu le décret impérial du 11 juin 1858, sur l'expropriation d'urgence;

Vu le rapport du chef du génie de la place de Djidjelli (province de Constantine), en date du 29 août 1858, approuvé, le 18 septembre suivant, par le général commandant supérieur du génie en Algérie; ledit rapport tendant à ce qu'il soit procédé à l'expropriation d'urgence, pour cause d'utilité publique, de divers immeubles dont la cession est nécessaire pour la formation d'un quartier militaire dans la presqu'île ou vieille ville de Djidjelli, en vertu des décisions de S. Exc. le maréchal ministre de la guerre, en date du 3 août 1857 et du 21 avril 1858;

Vu le plan annexé audit rapport;

Vu l'avis publié par le préfet du département de Constantine, à la date du 20 avril 1859, et le registre de l'enquête ouverte au commissariat civil de Djidjelli, du 25 mai au 5 juin suivant;

Vu l'avis du conseil de préfecture du département de Constantine, en date du 2 septembre 1859;

Vu la proposition du préfet dudit département, en date du 20 du même mois;

Considérant que toutes les formalités prescrites par l'article 2 du décret susvisé du 11 juin 1858 ont été remplies; que les observations produites dans l'enquête sont sans importance au fond; que dès lors, il n'y a pas lieu de s'y arrêter quant à présent, et qu'il y a urgence de prendre possession des immeubles.

                                                                  ARRÊTE

ART. 1er. Est déclaré d'utilité publique le projet d'établissement d'un quartier militaire dans la presqu'île ou vieille ville de Djidjelli, conformément à la décision de Son. Excellence le ministre de la guerre, du 3 août 1857, et au plan ci-dessus visé, lequel demeurera annexé au présent arrêté.

ART. 2.     Est prononcée l'expropriation de tous les immeubles indiqués audit plan par une teinture rouge et désignés dans le rapport susvisé du chef du génie de Djidjelli.

ART. 3.      La prise de possession aura lieu d'urgence.

ART. 4.    Le préfet du département de Constantine est chargé de l'exécution du présent arrêté.

Paris, le 14 octobre 1859.

 

Signé  Cte P. DE CHASSELOUP-LAUBAT              

 

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