Correspondances de ROULA Larbi (Dit Maître ROULA)

Portrait de MedSouilah
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Cher frére, L’Istiklal de l’Algérie est une promesse de Dieu. Voila pourquoi – malgré notre infériorité et contre les moyens extraordinaires qui nous furent opposés, s’est réalisé le destin national Algérien. Dieu nous a unis et fortifiés et permis de recouvrer notre patrie, juste solution de l’un des plus graves problèmes du siècle. Soyons reconnaissants envers Dieu.
Ne nous laissons entraîner à aucun moment sur la pente de la transgression et de l’erreur, Il n’y a pas de modernisme contre l’Islam, il n’y a pas de saine révolution contre l’Islam.

 

Soyons consciencieux, vigilants et prompts à maintenir le pays, son régime, dans la voie de la fraternité féconde et l’absolu respect de la foi.  Je joins un modeste exposé sur un aspect particulier de la future Constitution de l’Algérie et vous prie de croire, cher frère, à l’assurance de mes meilleurs sentiments.


A Djidjelli, le 13 Juillet 1962. ROULA Larbi

 

De la constitution Algérienne


L’heure est proche où le peuple Algérien sera appelé à élaborer   par la voie d’une Assemblé Nationale, la Constitution de l’Algérie. Une telle Constitution marque la naissance d’une ère nouvelle où chacun doit pouvoir vivre dans la liberté, la dignité, le bien-être et l’absolu respect de ses croyances. Elle est un acte de foi dans l’avenir harmonieux de notre pays.

Nous vivant l’instant le plus solennel, le plus pathétique de notre Histoire, de notre existence. Devant dieu et devant les Hommes, la responsabilité du peuple Algérien, c’est-à-dire de chacun, est entière, sans bornes.  C’est précisément ce sentiment de grave responsabilité qui nous guide au moment où nous traçons ces lignes.  



Pourquoi ?  

Parce que le problème Algérien n’est pas seulement un problème économique ; il n’est pas seulement un problème Politique ; il est avant tout ; il est surtout un problème d’âme
 
 
 
La constitution Algérienne – car c’est d’elle qu’il s’agit – doit nécessairement tenir compte du caractère essentiellement croyant du peuple Algérien et de l’amour pour la liberté qui l’anime. Ces deux données fondamentales définissent l’Algérie comme terre d’Islam à vocation républicaine, autrement dit un Etat musulman et libéral.    

Le caractère musulman de l’Etat découle de cette réalité frappante qu’est l’existence d’une grande religion pratiquée par les neuf dixièmes de la population et organiquement concrétisée par un statut coranique quine peut être qu’un code d’Etat.  


Son caractère libéral répond à une volonté nationale et aux exigences d’une cohabitation fraternelle des communautés. Il implique la tolérance religieuse et la liberté civile qui garantiront à chaque individu, à chaque ethnie, la libre manifestation de ses idées et de son culte.  

Il apparaît dès lors normal que soit institué à titre définitif, donc constitutionnellement , un Ministère du Culte, dont la nécessité n’est pas à démontrer tant sous le rapport de la justice musulmane que sous celui de l’enseignement, de la gestion des biens habous et de la protection des monuments sacrés.  

D’autre part, pour prévenir tout conflit entre législation de droit commun et le statut coranique, il est non moins indispensable de créer auprès du ministre intéressé ou du gouvernement un conseil de Juristes musulmans. Composé d’Oulémas et de cadis, ce conseil, en veillant notamment sur la compatibilité des lois et des reformes, contribuera au respect des croyances et partant à la paix sociale.   

 Pour terminer, noud sollicitons instamment  l’attention de nos compatriotes, de nos coreligionnaires pour un fraternel conseil. Il concerne le progrès, la civilisation. Ils sont nécessaires.   Mais pour les réaliser sans atteinte d’aucune sorte au dogme, aux préceptes, aux valeurs sacrées,  il faut les inscrire dans un cadre musulman et tolérant. C’est là une exigence de la foi et de la cité croyante. Il convient donc d’avancer, de légiférer, avec la lenteur et la conscience que nécessite une mûre réflexion.

La responsabilité de chacun est entière, sans bornes.  


Il n’y a pas de révolution contre l’Islam.        

A Djidjelli, le 13 Juillet 1962   ROULA Larbi
 
 
Jijel.info

Commentaires

Excellent travail à lamémoire du marhoum da Larbi

Merci Beaucoup

Hocine B

Merci de nous avoir présenté ce personnage historique

Farid

Portrait de MedSouilah

A travers cet article, je rends un grand hommage aux anciens éducateurs, symboles jijelliens, en particulier les "maîtres Roula" connus à travers la wilaya et qui ont beaucoup marqués notre époque de jeunesse...

 Da Mohamed, maitre Roula à Taher, était éducateur, puis directeur au collège mixte de  Béni Siar,   étudiait Ferhat Abbas. 

Da kaddour ben Roula dit Bettata, ce grand humoriste, exemple jijellien...
 
Et bien sur notre père érudit: 

 Da Larbi, le « maitre Roula » père du nationalisme à Jijel.

Ce jijellien traverse l’Histoire avec discrétion. Il reste méconnu non seulement en Algérie, mais aussi à Jijel, sa ville natale. Pourtant, cet irréductible rebelle n’a cessé, de 1930 à l’indépendance, de faire parler de lui. Il est à la fois inclassable et insaisissable. Son parcours politique est à la fois riche et dramatique...

Par medsouilah@jijel.info
Sources: le jour d'Algérie
Témoignage des anciens et
de la famille Roula

 

Il milite tour à tour à côté des Elus Musulmans du Constantinois, des syndicalistes cégétistes, des nationalistes PPA, des Oulémas réformistes et parfois il agit seul, à cause des querelles incessantes entre les partis nationalistes. A plusieurs reprises, il dénonce la mésentente et les disputes entre le MTLD et l’UDMA en leur rappelant leur devoir de créer un seul et unique mouvement pour mieux combattre leur ennemi commun : le colonialisme. Les militants PPA-MTLD et les futurs militants FLN/ALN de la région lui doivent le meilleur de leur inspiration et une éternelle reconnaissance. La masse importante d’archives seule est d’accord sur son parcours : il est révolutionnaire et très en avance sur son temps...

Né le 6 décembre 1902 à Jijel, Larbi Roula appartient à une famille modeste. Normalien, instituteur d’école française «indigène», il est le principal animateur, avec le communiste Clément Oculi, des grèves de 1936 et 1937, très fortes dans la région, grève des ouvriers du liège, grèves des dockers, grèves des ouvriers agricoles sur le domaine du Comte d’Hespel à Jemmapes (Azzaba).

L’évacuation de l’usine Calzada manu militari par les tirailleurs sénégalais laisse plusieurs dizaines de blessés parmi les ouvriers. Trois jours après l’évacuation de l’usine, les Européens fêtent le 14 juillet. La population musulmane se montre alors hostile aux autorités et des coups de sifflets partent de l’intérieur des habitations à l’adresse des troupes qui passent dans la rue. En signe de deuil, les syndicalistes organisent un boycottage général ; en effet, sur un mot d’ordre donné, les Musulmans n’assistent pas à la fête nationale (retraite, défilé, etc.). Tous les magasins se ferment et les phonos, postes de TSF cessent de jouer pendant plusieurs jours. Pour leur part, les élus musulmans dénoncent l’utilisation de la force contre leurs coreligionnaires et démissionnent de l’assemblée municipale même s’ils reviennent en peu de temps sur leur décision, après l’intervention du maire-député Emile Morinaud. Offusqué par cette «trahison» des élus, Roula organise aussitôt un meeting au cinéma Glacier et exige leur démission par solidarité avec leurs électeurs. Refus presque total : seul l’avocat Sekfali Messaoud se solidarise avec le mouvement contestataire. Roula à la tête des ouvriers, des commerçants et de nombreux habitants de la ville, défile dans toutes les rues au cri de : «Allez-vous-en, démission !» Le Républicain de Constantine de Morinaud fait campagne contre lui comme étant un des principaux agitateurs «nationalo-communistes». Pour sa part, Le Réveil National prône la lutte «contre la dictature rouge» en faisant cet appel : «Djidjelliens! Réagissez contre Moscou». En même temps, il critique le Front Populaire : «Le front dit Populaire et le «Fente Crapular». Roula réplique en signant plusieurs tribunes libres dans le Réveil Djidjilien. A cause de sa lutte pour défendre la classe ouvrière, il est doublement puni : d’une part, il est condamné le 12 avril 1937 par la cour d’appel d’Alger à trois mois de prison et 500 francs d’amende pour «appel à la révolte des indigènes contre la souveraineté française», et d’autre part, il est définitivement exclu, par l’académie, de l’enseignement public. Depuis 1937, sa conscience sociale se métamorphose en conscience nationale et son syndicalisme se mue en nationalisme. En octobre 1937, il se porte candidat au conseil général contre Benkhellaf Abderrahmane, gros négociant et conseiller sortant. La même année, il collabore avec le PPA dont il favorise l’extension dans la région de Djidjelli. Après la défaite de la France devant l’Allemagne nazie, Roula, avec l’aide de quelques militants nationalistes PPA de Djidjelli, se déplace dans plusieurs villes algériennes pour préparer le déclenchement d’un soulèvement armé. En 1941, il est dénoncé par l’un de ses fidèles lieutenants PPA reconverti en indicateur de police, ainsi que par des «notables» locaux. Il est alors arrêté, avec d’autres militants PPA, et interné dans plusieurs camps de détention. En 1943, Roula adresse de nombreuses lettres aux responsables des puissances alliées (Churchill, Staline, Roosevelt, de Gaulle, le roi Georges V d’Angleterre). Il y dénonce notamment l’oppression colonialiste qui accable les Musulmans. Il met également en lumière l’attachement du peuple algérien à ses valeurs et à sa nationalité. Il demande, enfin, avec un courage sans égal, la reconnaissance et l’indépendance de l’Algérie. Libéré en 1946, Roula cherche à prendre contact avec Messali, Abbas, les Oulémas et le Néo-destour de Bourguiba. Il fonde le congrès national algérien et prône l’union de tous les adversaires de la France. En 1947, il se présente aux élections cantonales à la suite du décès de Benkhellaf, comme candidat du «mouvement nationaliste indépendant». Dans sa profession de foi parue dans le Réveil Djidjellien du 3 avril 1947, il affirme ne pas être messaliste et nie toute appartenance à un parti. Il réclame une union Abbas-Messali et la réunion d’un congrès algérien et démocratique. Dans le même journal, le 26 avril 1947, il condamne la discussion du statut de l’Algérie par le parlement français. S’il est battu, il est cependant élu en octobre 1947 conseiller municipal de Djidjelli. Roula Larbi, bien que non affilié au PPA, se déclare partisan du nationalisme intégral. Il fonde en 1948 l’Union Sportive Musulmane Djidjellienne (USMD) pour désorganiser la Jeunesse Sportive Djidjellienne (JSD) après l’implication de ses dirigeants (nationalistes modérés) dans une campagne électorale contre lui. En 1951, après le trucage des votes, Roula «échoue» à l’élection à l’Assemblée algérienne, face au candidat de l’administration Menia Douadi. En 1952, il est professeur à la Medersa Benbadis à Constantine.
En 1953, il est l’auteur d’un manuscrit intitulé : Congrès National Algérien. Dans ce cahier, Roula médite et interpelle l’histoire de la défaite : «Abdelkader et nous, où les enseignements d’une défaite» ; parle des valeurs identitaires et de l’aspiration à l’autodétermination : «l’âme musulmane postule l’Istiklal»; insiste sur l’unité et l’éducation musulmane et élabore un programme parlant de «l’avenir algérien». Après le déclenchement de la guerre d’indépendance, il est à nouveau interné. En 1959, du camp Bossuet, Roula écrit au général de Gaulle et au premier ministre Michel Debré une lettre intitulée : «Le problème algérien et le général de Gaulle». Il y montre, avec bravoure, le manque de réalisme de la politique du chef de l’Etat. Il souligne la différence entre le peuple algérien et le peuple français. Il analyse les dangers de l’intégration. Il exprime son attachement à «la pratique loyale de la démocratie». Il fustige les pratiques coloniales autoritaires et anti-démocratiques : «Non, on ne vote pas en Algérie ; on ne vote pas depuis longtemps, et surtout depuis le proconsulat du gouverneur Naegelen, où une poignée d’administrateurs, secondés par des gendarmes, vidaient et emplissaient les urnes au mépris de toute conscience». Il convoque la mémoire au présent et lance des messages en corrélation avec la conscience du peuple algérien qui, «en dépit des vicissitudes de son Histoire, est demeuré l’un des peuples de la Terre les plus attachés aux valeurs spirituelles et aux forces morales.» Il parle enfin de l’Istiklal et non de l’indépendance, car pour lui, le terme arabe réalise mieux «la souveraineté absolue». Peu après sa libération, il fait paraître en 1962 une brochure : l’Algérie par l’Istiklal où il dénonce, à l’identique de L’indépendance confisquée de Ferhat Abbas, le système socialiste adopté par le jeune Etat indépendant.

Sources :
le jour d'Algérie
Témoignage des anciens et
de la famille Roula
Archives nationales d’outre-mer (Aix-en-Provence) :
Archives de la wilaya de Constantine, SLNA : Bulletin de renseignement N° 16.
La Dépêche de Constantine, 9 juillet 1936.
Le Réveil National de Djidjelli, 17 juillet 1936, 29 janvier et 5 février 1937.
La Revue Libre, 21 et 24 juillet 1936.
La Lutte Sociale, 1er août 1936.
L’Algérie ouvrière, 27 février 1937.
Le Réveil Djidjellien, 26 novembre 1937.
L’Etincelle, 16 avril 1938.
René Gallissot, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, Maghreb, Editions de l’Atelier, Paris 2007.
Larbi Roula, L’Algérie par l’Istiklal, Imprimerie Nouvelle, Alger, s.d. [1962].:

Quand le ciel éteindra ses étoiles avares, Pour éclairer l’espoir, l’homme a planté l'ex. grand phare avec ses fonds marins, les plus connus de la prestigieuse région jijilienne...

Mr  Larbi Roula était animé de bon sens et de logique.

 

Seulement la logique n'a jamais été le voeu de ceux qui se sont accaparés de  l'Algérie.

 

Ce qui nous amène à dire que Mr Roula avait prêché en contresens de l'histoire, à travers un voeu pieu.