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FERHAT ABBAS

Un homme et ses mille tourmentes
Par Noureddine Bousdira

Ferhat Abbas. Quoi qu’on en dise, on n’arrivera jamais à cerner ni à appréhender dans toute sa dimension la portée de son œuvre et de son action. Le tout consenti dans le cadre de la lutte armée face au colonialisme et aussi antérieurement, avant que cette lutte ne soit déclarée en ce jour du 1er novembre 1954. Voici un homme qui s’était tant consacré au service de la révolution, de son pays et de son peuple, à travers des idéaux qu’il nourrissait pour ce qu’il souhaitait à ce pays devenir un jour une grande nation, avec un peuple oeuvrant pour la réussite de son avenir. Un peuple enfin libéré du joug colonial, par la grâce des multiples sacrifices auxquels il avait également consenti et qu’il avait enduré pendant 132 ans.
La stature politique de Ferhat Abbas avait été rarement égalée en son temps et au cours des évènements auxquels il avait participé, ainsi qu’à ceux qu’il avait contribué à créer. Il était de cette lignée d’hommes qui, un jour, se trouvent à la croisée du destin. Prenant alors la décision qui s’impose ; celle du sacrifice de soi et de son rang social, au profit d’une noble cause dans laquelle ils s’investissent à leur corps défendant. Acceptant toutes les épreuves morales et physiques auxquels ils ne manquent jamais s’exposer dès lors qu’ils deviennent des personnalités notoires. C’est bien de cette trempe qu’était Ferhat Abbas. Un homme à la moralité exemplaire, aux actions réfléchies et aux idées présentes anticipant sur l’avenir. Il fut, à sa manière, et en son temps, cet autre Che Guevara qui s’était engagé, lui aussi, dans la même voie ; celle de la conquête des libertés, pour un monde souhaité avec plus de justice.
La portée de l’action de Ferhat Abbas est semblable à la pérennité de la statue du Sphinx. Elle restera gravée dans le temps et dans la mémoire et l’esprit des gens ayant su l’apprécier à sa juste valeur. Un homme qui avait été estimé dangereux par ses innombrables détracteurs ; que sa droiture, ses engagements et ses convictions dérangeait. Un homme qui avait été mainte fois humilié par ses propres compagnons d’armes. Qui avait subi tous les opprobres, de qui tant de mal avait été dit et répandu. Au point que la chose s’était inscrite de manière indélébile dans l’esprit des gens sans imagination, aux idées reçues. Discrédité, emprisonné au lendemain de l’indépendance, surveillé, malmené de toutes les manières possibles, Ferhat Abbas avait seulement opposé sa dignité aux souffrances qu’on lui imposait, ainsi qu’à sa famille. Il avait été un seigneur que l’on avait pris grand soin à destituer.
Il avait cependant su développer de manière innée toutes les défenses morales, érigées en bouclier face à ces attaques menées contre lui sans répit. Prouvant par là sa grandeur d’âme et la profondeur de sa spiritualité. Donnant à tous l’exemple d’un stoïcisme rare. Forçant alors, malgré toutes les faussetés développées à son égard, le respect de ses ennemis par la simplicité de son comportement. S’effaçant devant ce qu’il considérait la bêtise humaine. Demeurant sans doute effaré et sans compréhension devant l’étalage de tant de prétentions et d’idées retorses, développées par des hommes estimés de si petite envergure. Ces hommes catapultés sur la scène, déjà si mouvementée, d’une Algérie naissante, dans le désir de forcer un destin qui n’est point le leur, recherchant une notoriété et un rang social immérités, qu’ils voulaient imposer par la force, faute de crédibilité, de convictions sincères et de discours intelligents.
Mais toutes ces tentatives étaient demeurées bien vaines en comparaison, face à la propre stature de Ferhat Abbas ; toute de retenue faite et de tant de sérénité. Ayant vécu jusqu’à sa mort enveloppé dans une carapace inexpugnable, forgée par ses convictions, sa probité, la grandeur de ses idées et celle de ses engagements irrévocables, de même, de ses principes aux valeurs inaliénables. Ainsi avait été Ferhat Abbas ; un homme au verbe mesuré, mais dont l’action avait été porteuse d’idées généreuses et humanistes.

Commentaires
Oui, au verbe mesuré.
Une personnalité coloniale de Sétif salua Ferhat Abbas en levant le pied au lieu de tendre la main. Alors, Ferhat Abbas s'éclama :
- tiens, vous me rappelez mon chien. Quand je lui tends la main, il me tend la patte.
Allah Irahmou.