Il était une fois...
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La dénonciation (Légende du Gabon)
On racontait autrefois que deux voisins se querellaient tout le temps pour des histoires de parcelles de terre. Ne pouvant plus supporter de perdre son temps en d'interminables altercations, le plus jeune d'entre-eux décida de tuer l'autre. Il affuta alors sa hache et attendit le moment propice. Ce moment arriva au bout de quelques mois. Il avait appris que son rival effectuerait à partir du lendemain un très long voyage. Aussi avait-il décidé de l'attendre aux fins fonds de la forêt où il devait nécessairement passer pour se rendre au pays lointain où il avait affaire.
Le soleil était bien haut lorsque le voyageur arriva à dos de mule. Lorsque celui-ci eut vu son voisin au milieu du chemin, armé d'une hache dont la cognée scintillait au soleil, il comprit. Il tenta de rebrousser chemin, mais l'autre en deux bonds successifs dignes d'un léopard, avait rattrapé la malheureuse mule et lui avait asséné un coup mortel. En tombant, le malheureux se fit très mal ; il sentit même que quelques os s'étaient brisés mais il ne savait lesquels tant il avait tout le corp endolori.
- Que me veux-tu ? Que me veux-tu ? gémissait-il, suppliant.
- Je veux te tuer !
- Me tuer ? Et as-tu pensé à ce qui t'arrivera lorsque les gens le sauront ?
- Personne ne saura que je t'ai tué ! Ils penseront seulement que tu as décidé de rester dans ce pays lointain vers lequel tu te diriges.
- Tu te trompes, la vérité finira par se savoir un jour, car il y a un témoin qui nous regarde.
- Un témoin ! s'étonna l'autre, mais quel témoin ?
- Le soleil
- Le soleil ?
- Oui, le soleil ! Un jour, il parlera et tout le monde apprendra que tu as écourté ma vie...
- La peur te fait divaguer, rétorqua l'autre. Et ce disant, il leva sa hache et porta un coup sec, précis et mortel. Après quoi, il enterra le corps et retourna chez lui comme si de rien n'était.
Plusieurs mois s'écoulèrent et les gens commencèrent à trouver bien longue l'absence du paysan. Et pendant que chacun se demandait ce qui avait bien pu lui arriver, le meurtrier adressait des regards inquiets vers le soleil en murmurant : " tu ne diras rien, n'est-ce pas soleil ? Et lorsqu'il se trouvait aux champs, il s'arrêtait souvent de travailler pour lever la tête avec appréhension : " tu ne peux pas parler, n'est-ce pas soleil ?"
Un de ses amis s'était aperçu du manège et alla le voir.
- Qu'as-tu à regarder tout le temps le soleil au risque de t'aveugler, pendant que les autres travaillent ?
Serais-tu fou ?
Surpris de ce que quelqu'un l'eût surpris en train de regarder le soleil, le criminel eut peur et se mit à trembler comme une feuille. Pis, il bégaya une réponse et une explication des plus incohérentes, ce qui incita son ami à l'épier davantage dans l'espoir d'en savoir plus sur le mal dont il souffrait. C'est ainsi qu'il l'entendit prononcer les énigmatiques paroles : " tu ne diras rien, n'est-ce pas soleil ? " Le doute n'était plus permis ; son ami avait perdu la raison ! Un soir, il alla le trouver chez lui et lui demanda d'aller consulter le grand guérisseur. Connaissant les grands pouvoirs du grand guérisseur, le criminel se mit en colère, car il avait peur que celui-ci parvienne à lui soutirer la vérité.
- Non ! s'écria-t-il, je ne veux voir aucun guérisseur. Je ne suis pas fou et aucun mauvais génie ne s'est emparé de mon corps !
- Si tu veux pas aller voir le grand guérisseur, c'est lui qui viendra vers toi, je vais l'appeler.
- Non ! Non ! Je ne veux pas, hurlait l'autre à tue-tête.
- Mais c'est pour ton bien...
- Si tu veux mon bien, laisse-moi tranquille !
- Mais tu es fou ! Tu parles au soleil à longueur de journée !
- Je ne suis pas fou et si je parle au soleil, c'est uniquement pour m'assurer qu'il n'ira pas dire que j'ai tué le voisin avec qui je me disputais si souvent !
- Tu l'as tué !
- Oui...mais tu ne me dénonceras pas n'est-ce pas ? Tu ne me dénonceras pas, dis !..."
Son ami ne l'aurait peut-être pas dénoncé mais ses paroles étaient parvenues jusqu'aux oreilles de plusieurs villageois qui s'étaient agglutinés autour de la hutte pour voir ce qui se passait. Ils été attirés par les hurlements !
C'est ainsi que tout le monde sut que le voyageur ne reviendrait jamais. Et c'est ainsi que le soleil avait fini par dénoncer celui qui avait commis un crime. Celui qui sème le mal récolte toujours le châtiment qu'il mérite, et il le récolte souvent là où il ne s'attend pas à le voir fleurir !
On raconte autrefois qu'un paysan s'était promis de finir le labourage de son champ bien avant tous les autres paysans.
C'est ainsi que dès le premier jour des labours, il se leva bien avant l'aube et prit la direction de la terre qui le nourissait et qui avait nourri auparavant ses parents et ses ancêtres les plus lointains.
Quand les autres paysans furent arrivés à leurs champs, ils furent tous étonnés de voir leur voisin déjà tout ruisselant de sueur. L'un d'entre-eux le héla et lui demanda en riant, s'il avait passé la nuit dans son champ ! Ce à quoi celui-ci répondit : " Tu peux toujours rire ! Mais quand j'aurai fini, j'aurai tout le temps pour me reposer et vous voir, tous, trimer encore sous le soleil ! "
Au crépuscule, les paysans rentrèrent chez eux, à l'exception de celui qui voulait finir avant tout le monde. Il s'était dit que pour tenir sa promesse, il se devait d'attendre que la nuit soit totalement tombée.
Au bout d'un certain temps, alors que les ténèbres commençaient à envahir les plaines, les fleuves et les montagnes, il se mit à réfléchir : " Si la nuit tombe complètement et que je me trouve loin du village, je cours un grave danger ; je risque d'être surpris et attaqué par quelque fauve nocturne ! ".
A peine cette appréhension avait-elle effleuré son esprit qu'il se mit à courir éperdument dans la direction de son village. Il n'avait parcouru que la moitié du chemin lorsque la nuit avait fini d'envelopper tout le pays de ses ailes noires et lugubres. Et comme il courait très vite et qu'il ne voyait pas où il posait les pieds, il buta contre une pierre et tomba. Il tenta de se relever mais en vain, il s'était cassé une jambe ! Il essaya de se relever une seconde fois mais il eut si mal qu'il poussa un cri si horrible que les arbres des alentours en frémirent.
Le lendemain matin, ses voisins, en retournant à leurs champs respectifs, le trouvèrent dans la forêt, rempant tel un vulgaire reptile. Ils l'emmenèrent chez lui et appelèrent le guérisseur du village pour soigner son mal dont la guérison nécessita un nombre incalculable de jours.
Pauvre paysan ! Il avait couru pour que la nuit ne le trouve pas dans la forêt et finalement ce fut l'aube du jour suivant qui l'y trouva ! Il voulait finir de labourer son champ avant tout le monde et finalement il fut contraint de délaisser son champ plusieurs jours durant !
Quand il se fut complètement rétabli, il jura de ne plus se presser car il avait compris que dans la vie, à force de vouloir aller très vite, on finit, parfois, par ne plus aller du tout !
Qallek el kharej 3la ejma3tou khasser
Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation... 
Le mensonge
Il y avait autrefois un jeune berger qui trouvait sa vie bien monotone. Il s'assit un certain jour sur l'herbe, la flûte sur les genoux, et se mit à contempler, rêveur, l'immensité de l'horizon.
" La vie au loin est agréable, se dit-il, alors qu'ici elle est ennuyeuse et insipide. Il ne se passe jamais rien. C'est le rire qui manque ici, mais tout est si triste..." soudain, il se tut, se tourna vers son troupeau de brebis et de moutons et se mit à sourire. Il venait de trouver le moyen de rire ! Et l'idée qu'il venait d'avoir lui semblait si bonne qu'il s'était déjà mis à rire comme un fou !
Sans plus attendre, il se leva, coinça sa flûte entre sa " gandoura " et le bout de corde qui lui ceindrait la taille et commença à crier de toutes ses forces, les deux mains portées à la bouche : " A moi ! O croyants ! A moi ! O croyants ! Un lion attaque mon troupeau ! "
Sa voix traversa en un éclair les collines et parvint jusqu'aux champs voisins où des hommes s'affairaient laborieusement. En entendant cet appel, ils se redressèrent, situèrent sa provenance et se mènent dans sa direction, qui armés d'une hâche, qui armés d'une faucille.
" Où est-il ce lion ? Où est-il ? S'écrièrent les braves gens lorsqu'ils arrivèrent tout près du berger. Mais à leur grande surprise, ce dernier, au lieu de leur répondre, explosa d'un rire tonitruant, se tint les côtes puis roula sur le sol tel un charlatan gâteux en transes ! Les paysans se regardèrent et pensèrent que le malheureux avait été si effrayé par le lion qu'il en avait perdu la raison ! Mais quand celui-ci se fut quelque peu calmé, il leur tapa sur les épaules amicalement et leur dit : " Mais il n'y a jamais eu de lion ! Je voulais seulement rire un peu ! " Et il se tint les côtes une seconde fois et se laissa gagner par un autre fou-rire encore plus irrésistible que le premier :
Ah ! Il avait bien ri ce jour-là !
Le lendemain, alors que le soleil était bien haut dans le ciel et que ces moutons et brebis broutaient tranquillement, le berger aperçut s'avançant vers son troupeau la gueule bien ouverte, un formidable loin !
Cette fois-ci, il n'avait pas besoin de l'inventer, il était là menaçant et sûr de sa force. Le malheureux se mit alors à crier : " O croyants ! Aidez-moi ! Aidez-moi ! Un lion va dévorer mon troupeau ! " ses cris parvinrent jusqu'aux oreilles de ceux qui avaient accouru la veille mais aucun ne les prit au sérieux. Ils étaient tous convaincus que le jeune berger voulait plaisanter et rire une fois de plus ! Et c'était impuissant et les larmes aux yeux que ce dernier avait assisté à la perte de son plus beau bélier sur lequel le lion avait jeté son dévolu !
Cette histoire, disent les vieilles femmes et les vieillards qui la racontent, contient trois leçons.
- La première est que le mensonge a toujours de terribles conséquences.
- La deuxième est que les gens ne croient plus en celui qui a menti ne serait-ce qu'une fois.
- La troisième est que, parfois, en voulant rire, on finit par pleurer !
Source : (conte du maroc.)
NB/ Des variantes de cette histoire existent partout dans le monde.
- Les lions ont existé en Afrique du Nord jusqu'au début du 20ème siècle. Ce sont les colons français qui les ont exterminés.
....mes anciens parlaient du lion de l'Atlas, et même des luttes contre des lions dans les forêts de chez nous ( Guerrouch et autres...). Pour ma part, je pense qu'il s'agit de panthères ou de tigres, mais pas de lions.....
Mais je peux me tromper.
et des panthères dans l'Atlas, j'ai même vu la photo du grand-père d'un de mes cousins posant avec son propre lion domestique
Par contre, pas de tigres en Afrique, sauf dans des zoos, le tigre est un félin asiatique
Un jeune paysan rentra chez lui un certain jour et annonça joyeusement à sa femme qu'il venait d'acheter une maison et un champ l'entourant et s'étendant à perte de vue. " Demain, ajouta t-il, ce taudis que nous habitons depuis longtemps ne sera plus qu'un mauvais souvenir !"
Lorsqu'elle fut entrée dans sa nouvelle demeure, la femme du paysan s'extasia : elle était spacieuse, propre et ses fenêtres s'ouvraient sur les cimes enneigées des montagnes lointaines. Un vrai paradis !
Le temps s'écoula. Un soir, le jeune paysan dit à sa femme : " La récolte sera bonne cette année.Encore quelques jours et je pourrai faucher mon blé !"
A peine avait-il prononcé ces paroles quequelqu'un frappa à la porte. Cétait leur plus proche voisin qui venait leur emprunter leur faucille.
- Mais j'en ai besoin, répondit le paysan, dans deux ou trois jours je commencerai à faucher mon blé.
- Je te l'aurai rendue bien avant ! Mon champ n'est pas grand, rétorqua l'autre. Rends-moi ce service, voisin, et je te serais reconnaissant toute ma vie !
Etant de nature généreuse, le paysan accepta. Trois jours s'écoulèrent, sans que le voisin ne vienne restituer l'important outil de travail; alors le jeune paysan décida de la réclamer et frappa à la porte de son voisin mais mal lui en prit:
" Ta faucille ? Quelle faucille ? Je ne t'ai jamais emprunté de faucille ! s'écria le voisin.
- Rappelle-toi, voisin, tu es venu me la demander il y a trois jours...
- Jamais ! D'ailleurs pourquoi te demanderais-je de me prêter une faucille alors que j'en ai une bonne demi-douzaine; tu veux les voir ?
- Non. Je veux seulement que tu me rendes la mienne !
- Maudis Satan, ô homme, tu ne m'as jamais prêté de faucille.Et même si c'était le cas, trouves-tu intelligent de venir me la réclamer au crépuscule alors que je me prépare à m'endormir !
Le paysan se tut et regarda quelques instants son voisin d'un air pensif; il venait de comprendre à qui il avait affaire : un homme sans vergogne avec lequel toute entente est impossible. Ne voulant pas d'histoires, il s'excusa et retourna chez lui.
Le lendemain, bien avant le lever du jour, il se leva et prit la direction du marché de la la région où il projetait d'acheter une autre faucille.
Quelques jours plus tard il eut la mauvaise surprise de se voir aborder par un vieil ami qui lui dit : " alors ô mon ami, il paraît que tu passes ton temps à déranger les gens chez eux et à leur demander de te donner des faucilles, des pioches et je ne sais quoi encore !"
Le paysan comprit que c'était son voisin qui l'avait calomnié de la sorte. Non content de lui avoir extorqué une faucille, voilà que maintenant il se mettait à colporter de faux bruits à son sujet ! Ah ! Le fils du pêché ! Il briserait bien un gourdin sur son dos mais à quoi bon ? Cela ne ferait qu'accroître sa méchanceté !
Le lendemain matin, il vendit maison et champ et retourna dans son taudis.
L'histoire ne précise pas s'il a acheté une autre demeure et une terre. Elle dit seulement qu'une fois devenu vieux, il conseillait toujours à ses enfants : " Avant d'acheter une maison ou un champ renseignez-vous d'abbord sur votre voisin. Aussi belle et aussi grande soit-elle, votre maison sera pour vous un véritable enfer si votre voisin est partisan du Diable !
L'éclipse de soleil
L'éclipse est un phénomène extraordinaire qui suscite partout dans le monde un engouement spectaculaire au sein des spécialistes qui se dépêchent de braquer vers le ciel leurs lunettes et leurs longues vues. Elle est aussi en Afrique un évènement qui ne passe pas inaperçu. Bien au contraire. Certaines tribus de la République centrafricaine mettent à profit cet évènement hors du commun pour sortir leurs tambours, prier et entonner des chants sacrés. Pourquoi ? La réponse est à chercher dans le contenu d'un vieux mythe africain dont l'origine remonterait peut-être à des milliers d'années.
On racontait autrefois que la lune, ne pouvant plus supporter d'être seule, perdue dans l'immensité de l'univers, décida un certain jour de quitter le lieu ou le Créateur l'avait initialement fixée pour s'en aller vivre tout près du grand astre qui éclaire de sa splendeur les fleuves, les montagnes et les forêts à perte de vue. Elle voyagea longtemps. En cours de route, elle avait rencontré des cailloux et de la poussière qui se collèrent à elle. Elle devint si lourde qu'elle ne pouvait plus se déplacer. De plus, la couche de pierraille et de poussière qui l'avait enveloppée était si importante qu'elle devint sombre et commença à suffoquer. Fort heureusement pour elle, le soleil l'aperçut et darda ses rayons dans sa direction. La chaleur qu'il dégagea était si ardente que la poussière et les cailloux fondirent aussitôt et disparurent dans l'univers. Et comme il n'avait pas envie d'être dérangé une seconde fois, il s'acharna sur la lune qu'il projetait de réduire à néant. Tout à fait en bas, les premiers hommes de l'histoire n'avaient rien perdu de ce drame céleste et avaient tout compris. Ils prirent alors leurs tambours et se mirent à adresser au soleil des paroles sacrées pour le prier de ne pas tuer l'astre qui les éclaire le soir venu. Ne voulant pas leur faire de peine, le soleil accepta et épargna celle qui avait voulu troubler sa quiétude.
Aujourd'hui, lorsque la lune cache le soleil ou une de ses parties, certaines tribus se mettent à tambouriner et à psalmodier des chants sacrés. Peut-être parce qu'elles croient que la lune a encore décidé d'entreprendre le même voyage de jadis. Et c'est pour éviter que le grand astre se mette en colère à nouveau qu'ils recourent à cette cérémonie rituelle.
Il était une fois quatre individus qu'on appelait : Tout le monde - Quelqu'un - Chacun - et Personne.
Il y avait un important travail à faire. Et on a demandé à Tout le monde de le faire. Tout le monde était persuadé que Quelqu'un le ferait. Chacun pouvait l'avoir fait, mais en réalité Personne ne le fit.
Quelqu'un se fâcha car c'était le travail de Tout le monde ! Tout le monde pensa que Chacun pouvait le faire. Et Personne ne doutait que Quelqu'un le ferait...
En fin de compte, Tout le monde fît des reproches à Chacun, parce que Personne n'avait fait ce que Quelqu'un aurait pu faire.
MORALITE
Sans vouloir le reprocher à Tout le monde, il serait bon que Chacun fasse ce qu'il doit sans nourrir l'espoir que Quelqu'un le fasse à sa place...
Car l'expérience montre que là où on attend Quelqu'un, Généralement on ne trouve Personne !
Je vais le transférer à Tout le monde afin que Chacun puisse l'envoyer à Quelqu'un sans oublier Personne...
Trés joli cocktail de jeux de mots...
Que celui qui n'a pas compris, explique à l'autre...
Merci Nassiba
Le Maghreb
Au maghreb, le lion est considéré comme une créature à mi-chemin de l'animal et de l'homme.
A force d'observer les animaux avec lesquels ils vivaient, qu'ils soient domestiques ou sauvages, nos ancêtres se sont forgé une sorte de savoir animalier.
Non seulement, ils ont pu comprendre et prévoir les attitudes et les comportements des animaux, ils ont réussi aussi à déterminer leurs mentalités et leurs psychismes. C'est ainsi que le lièvre est considéré comme lâche et peureux en raison de sa tête qu'il ne cesse de tourner dans tous les sens comme s'il passait tout son temps à surveiller les éventuels dangers qui risquent de s'abattre sur lui.
La poule est idiote, comme l'âne; le chacal et le hérisson rusés; le chien veule et bassement perfide.
Si la liste des animaux négatifs est longue, ceux qui sont positifs sont plutôt rares. Parmi eux, on peut citer le lion.
Dire de quelqu'un qu'il est un lion, c'est lui reconnaître un certain nombre de qualités comme la bravure, la force, la droiture, le sens de l'honneur et l'amour-propre. Qualité que l'on retrouve donc aussi chez le lion.
Dans la littérature orale Maghrébine cet animal apparait en effet doté de toutes ces caractéristiques. Il faut rappeler qu'autrefois la chasse au lion était l'occasion pour les hommes de prouver leur force et leur courage en affrontant cet animal qu'ils considèrent un peu comme une créature à mi-chemin entre l'homme et l'animal.
Au siècle dernier, les chasseurs prétendaient que lorsqu'ils voulaient faire quitter à un lion sa tanière, il suffisait de l'insulter en le traitant de lâche et de poltron. Ne pouvant supporter ce genre d'avanies le lion rugit, se montre et devient alors une proie facile pour ses ennemis.
Les habitants de la région de Médéa prétendaient, il y a un siècle, que le lion ne s'attaquait jamais aux petites proies telles que les brebis par exemple et préférait les mulets, les chevaux, les boeufs et même les chameaux.
A ce sujet, il y a une légende qui dit que le lion étant un jour à la recherche de la chair fraîche pour lui et sa famille, il arriva jusqu'à une ferme où il aperçut un cheval, un chameau et une brebis. Après avoir réfléchi un bon moment, il se mit à soliloquer : " Si Dieu le permet, je prendrai le chameau, si Dieu le permet aussi, la Brebis est si faible et si petite que je n'aurai aucune difficulté à l'avoir aussi !" Le résultat de cet écart de langage fut que le lion était parvenu à emmener avec lui les deux grands animaux mais ne put attaquer la faible brebis qui réussit à lui glisser entre les pattes.
On prétend que plus jamais le lion n'a emporté de brebis. Les quelques rares qu'il a pu attaquer, il finit toujours par les lâcher, dit-on, dès qu'une paysanne se met à l'insulter en criant : " Espèce de voleur ! Lâche ! N'as-tu pas honte de t'attaquer à plus petit et plus faible que toi ? " On prétend que le lion qui est un animal doté de raison et de sentiments humains rougit alors lâche sa petite proie et s'en va cacher sa honte dans la forêt.
Dans la forêt, où il suffit enciore de l'insulter pour le faire sortir, Le courage du lion a été constaté de visu autrefois par les chasseurs qui affirmaient que s'il na pas été touché au coeur et à la tête, il peut décimer une dizaine de chasseurs avec ses griffes, même en ayant plusieurs balles dans son corps.
Source : Recueils de contes
Les médisances
Parler est un don d'une inestimable valeur que Dieu a octroyée aux hommes.Mais ces derniers en ont de tout temps fait mauvais usage.Mensonges et médisances se taillent la grande part de ce que les hommes racontent, affirment les anciens. Ces médisances font si mal au coeur et à l'âme que beaucoup de gens agissent en fonction de ce qui en sera dit autour d'eux. D'autres par contre n'en tiennent pas compte. Mieux, ils ne ratent aucune occasion pour montrer leur caractère nuisible et fallacieux.
A ce sujet, on raconte qu'il y avait autrefois un jeune paysan qui avait une peur si terrible des médisances qu'il était réduit à la passivité la plus totale ! Un jour, n'y tenant plus, il alla consulter un vieux sage :
Les médisances me font peur ! Si peur que je n'ose rien entreprendre ! Je sens que je suis épié de partout par des regards invisibles surveillant mes moindres faits et gestes pour les colporter et les stigmatiser dans toute la région !
N'en tiens pas compte, mon fils, ce ne sont que des paroles jetées en l'air. Elles ne sont dangereuses que si tu les écoutes,tu ne feras rien de ta vie, car leur but est de décourager et de réduire à néant toute volonté ! Viens avec moi !
" Le vieillard monta sur son âne et sortit de la bicoque suivi du paysan qui était maigre et de surcroît de très courte taille.
Ils avaient parcouru quelques centaines de mètres lorsqu'ils rencontrèrent quatre bûcherons. Ils se saluèrent et continuèrent leurs routes respectives mais le jeune paysan qui avait l'ouie très fine entendit les bûcherons chuchoter quelque chose qui avait tout l'air d'être une médisance : " vous avez vu ce vieillard ? Il est solide comme un chêne et il voyage à dos d'âne alors que son compagnon qui est aussi maigre qu'un roseau est sur le point de crever en usant le peu de chair qui lui reste sur les cailloux et la poussière des chemins ! "
Le vieillard sourit, descendit de l'âne et demanda au paysan de monter à sa place.
Quelques mètres plus loin, ils rencontrèrent des marchands dont les murmures étaient aussi des médisances : " vous avez vu ce jeune paysan ? Quelle insolence ! Il voyage sur le dos d'un âne alors que son vieux compagnon peut à peine se déplacer !"
Toujours souriant, le vieillard rejoint le paysan sur le dos de l'âne. Et il ne fallut pas plus de quelques instants pour rencontrer quelques paysans qui s'exclamèrent presque à haute voix : "regardez ces deux monstres ! Ils vont tuer ce pauvre âne sous leur poids ! Ils ont complètement oublié que même les ânes sont des créatures de Dieu dont il faut prendre soin !"
Le vieillard, sans jamais se séparer de son sourire, descendit de l'âne et demanda à son compagnon d'en faire autant. Ils cheminèrent tous les deux derrière l'animal jusqu'à ce qu'ils rencontrent d'autres paysans qui explosèrent littéralement de rire : " Ah ! Ces deux-là ! Quelle idiotie ! Ils usent leurs pauvres pieds à la marche alors qu'ils ont à leur disposition un âne qui ne demande qu'à être enfourché !"
Le vieillard adressa au jeune paysan un regard interrogateur. Celui-ci se fratta la tête et reconnut : " écouter ce que profèrent les autres, c'est vraiment se fourvoyer sur le sentier de la déraison !"
ça me rappelle un texte sur Djeha qu'on a vu dans le primaire: "idrakou ennassi ghayatoun la toudrek" (il est impossible de satisfaire tous les gens).
"irdao enassi ghayatoun latoudrak"
"ارضاء الناس غاية لا تدرك"
Le coffret
Partir à la Mecque autrefois n'était pas une mince affaire. C'était même l'occasion de voir se dérouler des miracles insolites tels que ceux qu'accomplissent ici des souris et un faucon...
Autrefois, le pélérinage a la Mecque nécessitait un voyage de plusieurs mois, voire de plusieurs années. C'est pourquoi, un villageois alla voir, un certain jour, son voisin pour lui dire :
" dans quelques jours je m'en irai sur le chemin des Lieux Saints et je te saurai gré d'avoir ton regard posé sur ma maison durant mon absence. Je te serais reconnaissant aussi si tu pouvais garder chez toi ce petit coffre, il contient toute ma fortune !
" sois sans crainte, mon ami, lui répondit l'autre, effectue ton devoir, le coeur léger et l'âme tranquille.
Quelques jours plus tard, le villageois se joignit à une caravane et prit la route de l'Orient.
Il s'était écoulé à peine quelques jours lorsque la curiosité commença à triturer l'esprit du voisin. Il brûlait d'envie. Il voulait à tout prix savoir ce que contenait le coffret pour que son propriétaire le considérat comme sa fortune.Il fut tenté plus d'une fois de l'ouvrir mais il s'en était abstenu jusque-là.
Mais ce jour-là, il se sentit assailli par une force irrésistible. N'y tenant plus, il cassa la serrure de la petite caisse et souleva son couvercle. Il y découvrit des pièces d'or. Il les compta, il y en avait une centaine, une vraie fortune. Il n'eut pas beaucoup à réfléchir pour prendre la décision de s'emparer du joli magot.
Quand son ami reviendrait, si toutefois il revenait, il lui inventerait bien quelque savant mensonge qui expliquerait sa disparition.
Deux ans plus tard, le villageois revint de son long voyage.
Après quelques jours de repos, il alla chez son voisin pour récupérer son précieux coffret. Mais à sa grande surprise, il se vit restituer un coffret vide avec un petit trou à la base. Bien sûr, l'autre avait pris soin de réparer la serrure qu'il avait fracturée.
- Où sont les pièces qui se trouvaient dans ce coffret ? Demanda le nouveau hadj ?
- Hélas ! mon ami, je l'ignore, les souris qui ont pratiqué ce trou ont dû les dévorer !
L'autre ne dit rien et s'en alla.
En cours de route, il rencontra le fils de son voisin agé d'à peine une dizaine d'années et l'enleva. Il l'emmena chez lui, le ligota et le baillona.
Ne voyant pas son fils rentrer, le père se mit à sa recherche. Il passa toute la région, au peigne fin mais sans résultat. Plusieurs personnes se joignirent à lui pour mener de longues investigations mais qui s'avérèrent inutiles.
Trois jours plus tard, alors que le malheureux désepérait de retrouver son fils, le hadj vint le voir.
- J'ai été témoin de la disparition de ton fils !
La scène à laquelle j'ai assistée était si horrible que j'ai eu du mal à m'en remettre !
- La scène ? Quelle scène ? Parle vite ! tu sais ce qu'il est arrivé à mon fils ?
- Hélas ! Oui, il a été enlevé par un faucon !
- enlevé par un faucon ? Tu me prends pour un imbécile ?
Comment un faucon peut-il soulever un gosse d'une dizaine d'années ?
- Ben, de la même manière que des souris avalent des pièces d'or !
L'autre avait compris. Il restitua l'or et récupéra son fils.
On dit que c'est depuis que cette histoire a eu lieu que les pélerins qui se rendent à la Mecque se confient plus leurs biens à leurs amis et voisins. Ils préfèrent les enterrer quelque part jusqu'à leur retour - s'il leur arrive de mourir durant leur voyage, quelqu'un les trouvera par hasard.
Vous n'avez jamais entendu parler de paysan découvrant des trésors en bêchant dans leur champ ?
Le repas du 12 Janvier
Le 12 janvier de chaque année, vous verrez, aussi bien dans les campagnes que dans les quartiers populaires des grandes villes, des mères de famille se diriger vers les magasins de confiseries d'où elle ressortent avec des sachets de friandises (dragées, amandes, cacahuètes, noix, figues sèches, etc).
Lorsque vous leur demandez pourquoi elles font ces achats, elles vous adressent un regard teinté de surprise et vous donnent une réponse hésitante qu'elles sont les premières à savoir peu convaincante : " C'est la fête de " Nayer " ; " C'est le jour de l'an " (Ras El-am) etc. Vous aurez beau demander de plus amples précisions, vous n'aurez droit qu'à des explications évasives ponctuées parfois de haussements d'épaules : " ça a toujours été ainsi " , " les ancêtres de nos ancêtres ont toujours fêté ce jour qui annonce la venue du nouvel an et de Nayer ! ".
Comment fête-t-on ce jour ? Les femmes interrogées disent qu'à midi, on doit manger comme d'habitude mais le soir, le repas doit être spécial.
Ce repas spécial se compose traditionnellement de couscous et de poulets égorgés le jour même. Avant le dîner, la maison doit sentir la nourriture et l'opulence. C'est la raison pour laquelle toute l'après-midi on cuira des beignets, des crêpes, des galettes, etc. Après le repas du soir, on servira du thé ou du café avec les friandises achetées durant la journée.
D'ou vient cette fête du 12 janvier et d'où vient cette appellation de " Nayer " ?
La réponse est à chercher dans le passé lointain de l'Algérie. " Nayer " dérive du latin " Jenuarinus " et représente le premier des douze mois du calendrier romain que l'astronome grec Sosigène avait conçu sur la demande de l'empereur Jules César, d'où le nom du calendrier Julien (1). Or, il se trouve que ce calendrier a 13 jours de retard sur l'actuel !
En occupant l'Afrique du Nord durant cinq siècles, les Romains n'ont manqué d'influencer nos ancêtres qui avaient entre autres adopté leur calendrier.
Plusieurs siècles plus tard, les Algériens ont recouvré leur personnalité, mais il subsiste encore dans leur mémoire collective quelques bribes d'une influence séculaire (2). Des bribes se traduisant par des comportements tenaces mais très souvent inexplicables. C'est le cas du repas de " Ras El-am ". ou de " Nayer ".
Note
- (1) - Ce calendrier sera réformé au XVI ème siècle et prendra la forme que nous lui connaissons actuellement.
- (2) - A titre d'exemples : dans les montagnes ont dit " Roumi ", pour désigner les Français. Et " Roumi " dérive en réalité de " Romain ". Et quel est le vieux commerçant qui ignore l'usage de la balance romaine qu'ils appellent d'ailleurs " Roummana " ou " Taroment " , selon les régions ?
Source : Recueils de contes.
La vieille bergère de la montagne
Les vieux montagnards d'Algérie ne consultent jamais le calendrier et ignorent l'usage de l'horloge ou du bracelet-montre. Ce sont deux outils qu'ils considèrent inutiles. Pour connaître l'heure, il leur suffit de regarder la situation du soleil dans le ciel ou la longueur des ombres et leur position par rapport à tel ou tel obstacle physique. Pour connaître les mois, il leur suffit d'observer la nature et ses différentes transformations. Bien qu'ils connaissent les douze mois de l'année, ils les utilisent rarement dans leur langage. Ils préfèrent parler de périodes ; la période des figues, par exemple, pour septembre, la période des olives pour Octobre, la période des fèves et des petits pois pour mars et avril, la période des cerises pour le mois d'avril seul, etc...
La connaissance du temps et des mois est si poussée que même les vieilles femmes savent que Fourar (le mois de février) est le plus court mois de l'année. Interrogée sur l'origine de ce phénomène, une vieille femme raconte le mythe suivant :
Tout le monde dans les montagnes à peur de Nayer, car c'est la période de l'hiver la plus sévère et la plus rigoureuse. La neige y est si abondante qu'elle bloque les portes et empêche les gens de sortir. La pluie aussi y est si torrentielle qu'elle se transforme vite en plusieurs rivières tumultueuses dont la colère emporte aussi bien les hommes que les bêtes. Or, il y eut une fois une année où ce mois se montra étonnamment clément ; il n'y eut ni neige, ni pluie. Il ne restait plus qu'une journée à Nayer. Fourar s'apprêtait à s'installer. La transition aurait pu se dérouler sans problème, mais il y avait une vieille bergère qui leva les yeux vers le ciel et tint à Nayer des propos pleins de mépris et de dédain : " Voilà que tu t'en vas Nayer sans que tu n'aies sévi ! Les gens avaient peur de toi et s'étaient cloîtrés chez eux, mais moi, convaincue que ta réputation n'était que leurre et tromperie, j'ai mené, chaque jour, mon troupeau de chèvres à travers les montagnes sans jamais me soucier de tes nuages qui, par moment, avaient assombri le paysage. Tu n'es finalement qu'un pauvre mois doux et inoffensif ! "..Blessé dans son amour-propre, Nayer alla trouver Fourar et le supplia de lui prêter une journée afin de châtier la vieille insolente. Celui-ci accepta et Nayer déclencha alors une tempête de neige et de pluie si violente qu'elle emporta et tua la vieille femme et son troupeau de chèvres !
La légende dit que c'est depuis que Fourar a prêté une journée à Nayer qu'il est devenu le plus court mois de l'année !
Une tare avilissante
On racontait autrefois qu'un jeune homme était atteint de lèpre. Il avait consulté un nombre impressionnant de guérisseurs mais aucun n'avait pu lui venir en aide. Les herbes et les potions végétales obtenues à l'aide de diverses mixtures ne purent rien contre la terrible maladie s'étalant, chaque jour d'avantage, sur le corps, rongeant inexorablement pieds, bras, ventre, visage et tout le reste.
Ayant écarté de son esprit toute chance de guérison, le jeune homme se rendait tous les jours au bord d'un fleuve pour se regarder dans l'eau et y verser des larmes de douleur et de désespoir.
Un matin, alors qu'il hurlait au bord du fleuve en cognant sa tête contre le sol parsemé de cailloux et de galets, il entendit une voix douce et mélodieuse l'interpeller. Il leva la tête, regarda du côté d'où la voix semblait venir et vit un poisson émergeant de l'eau. Il était si grand et si beau qu'il semblait irréel :
" Je suis l'esprit de ce fleuve, lui dit le poisson, je t'ai souvent entendu pleurer ; ton malheur et ta souffrance m'ont beaucoup peiné, aussi ai-je décidé de te venir en aide !"
Le poisson demanda au lépreux de se baigner dans le fleuve. Celui-ci lui obéit et quand il fut sorti de l'eau, il s'aperçut que son corps s'était débarassé de toutes ses plaies infectées pour devenir aussi frais et aussi lisse que celui d'un nouveau-né. Le jeune homme, devenu beau et resplendissant était si heureux qu'il s'était mis à sauter et à courir dans tous les sens comme un fou. Ce n'est qu'au bout de quelques instants de folle liesse qu'il songea à remercier son bienfaiteur, mais celui-ci parla avant qu'il n'eût le temps de prononcer le moindre mot de reconnaissance :
" Je t'ai aidé parce que tu ne mérites pas ce que tu as enduré mais aussi dans l'espoir que ta mère, qui vient souvent pêcher dans les environs, m'épargne au cas où les mailles de son filet m'emprisonnent ! "
Le jeune homme rentra à la maison, trouva sa mère, lui montra la métamorphose que son corps avait subie et lui expliqua comment le miracle s'était produit. La mère fut si heureuse qu'elle décida de faire cuire pour le diner des poissons dont elle était très friande. Elle prit son filet et alla au bord du fleuve. Quand elle remonta son filet, elle fut émerveillée par un des poissons qu'elle avait ramenés à la surface ; il était très beau et différent de tous ceux qu'elle avait vu jusque-là. Elle le prit entre ses mains et fut saisie de stupeur lorsqu'elle l'entendit parler d'une voix aussi douce que celle d'une nymphe :
" Remets-moi dans le fleuve, femme ! C'est moi qui ait guéri ton fils de la lèpre ! "
La mère qui aimait trop les poissons, ne tint pas compte de ce que lui avait révélé l'esprit du fleuve. Elle n'écoutait que son gros estomac brûlant d'envie et désirant connaître à tout prix le goût qu'avait un poisson hors du commun et, qui plus est, parlait comme un être humain !
Et craignant que son fils ne l'oblige à le remettre dans le fleuve, elle le fit cuire sur place et le mangea ! Rassasiée, elle allait rentrer avec les autres poissons lorsqu'elle sentit une terrible soif brûler sa gorge et ses entrailles. Elle se pencha dans le fleuve et but une bonne gorgée d'eau. Mais au lieu de s'atténuer, la soif devint plus insupportable encore. Plus elle buvait et plus elle souffrait, et à la longue, elle avait tellement bu que son estomac et son ventre éclatèrent comme une vulgaire outre de chèvre, permettant ainsi au poisson-magique de recouvrer sa liberté et de retourner dans son royaume aquatique.
La mère du jeune homme était morte, mais qui regretterait la goinfre qui, n'écoutant que son estomac et sa gourmandise, s'était montrée cruelle et ingrate à l'égard de l'être qui avait redonné la vie à son fils !
La gourmandise, disent les anciens, est une bien honteuse tare qui avilit les gens et les entraîne sur le chemin des pires ignominies.
Source : Sagesse africaine.
L'éléphant et la foumi

Tous les sages d'Afrique conseillent d'être modeste, courtois et avenant. On a beau être grand et puissant, affirment-ils, il vient toujours un temps où l'on devient faible et fragile. Notre grandeur, alors, s'avère n'être qu'un leurre, une illusion que l'être le plus insignifiant peut anéantir. Pour appuyer leurs dires, ils rappellent une vieille histoire dont la savane africaine avait été témoin autrefois.
On raconte que l'éléphant était un animal très craint en raison de sa gigantesque stature. Il était tout simplement le maître de la savane; c'était à lui que revenaient les plus grosses parts de gibier ainsi que les plus gros fruits. Et lorsqu'il s'approchait du fleuve pour se désaltérer, les autres animaux avaient tout intérêt à s'effacer devant lui s'ils ne voulaient pas le courroucer et par conséquent encourir son châtiment que l'on disait d'une cruauté sans égal.
Mais un jour, il se produisit un événement qui stupéfia toutes les créatures vivant aussi bien dans la savane que dans la forêt et le fleuve.
Ce grand pachyderme avait un jour, par inadvertance piétiné une fourmilière et tué des centaines et des centaines de fourmis rouges. L'une d'entre elles, au lieu de s'enfuir ou se mettre à l'abri, décida de se venger. Elle grimpa sur l'une de ses énormes pattes et rampa jusqu'à sa trompe dans laquelle elle s'introduisit. Dès qu'elle en avait atteint les parties sensibles, elle se mit à chatouiller l'éléphant qui réagit aussitôt en barrissant et en éternuant sans discontinuer. Cela dura plusieus jours. De longs jours durant lesquels il ne peut ni boire, ni manger, ni dormir. Il ne faisait que barrir, éternuer et courir dans tous les sens comme si quelque génie malfaisant avait pris possession de son énorme corps. A la longue, il finit par mourir. Lorsqu'il eut rendu le dernier soupir, les animaux s'approchèrent de lui et virent la miniscule fourmi rouge sortir de sa trompe ! Ils comprirent alors que les grands animaux ont tort de se montrer arrogants et pleins de suffisance car, en réalité, ils sont vulnérables. Plus vulnérables qu'on ne l'imagine !
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, pourtant c'est sur mes lèvres.
Merci Nassiba. Ainsi frappe la justice...
Fuis le mal et le mal te fuira car le mal s'empresse vers ceux qui font le mal...
(Sagesse arabe)