JIJEL D'AUJOURD'HUI
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La mortification des uns, l’égarement des autres.
De la ville de Jijel, aujourd’hui, il est inutile d’en parler en évoquant son passé. Ce serait s’infliger une douleur extrême, identique à celle ressentie après avoir répandu du sel sur une blessure ouverte. N’importe quel citoyen longtemps émigré à l’étranger, venu pour une visite impromptue, ne manquerait pas constater qu’il est là n’importe quoi sauf une ville. Il verrait partout du monde évoluer dans une totale anarchie. Les trottoirs partout encombrés, à la fois d’êtres et de marchandises, au point que l’espace réservé aux passants se réduit à quelques centimètres à peine. Les gens slaloment entre les vêtements accrochés, faisant attention à ne pas se prendre le pied sur le bord d’une caisse de légumes ou tout autre objet hétéroclite étalé sur le chemin. Mordre sur la route, c’est risquer un accident aux conséquences inconnues.
De chaque côté des routes ou avenues de la ville, les voitures et même des camions et camionnettes bâchées stationnent pare-choc contre pare-choc ; rétrécissant ainsi la largeur de la chaussée. A cela, s’ajoute le nombre de véhicules circulant péniblement dans les deux sens. Le nombre de taxis bus en présence ajoute davantage à cette confusion. Tous les conducteurs essayent de se frayer un passage pour se dégager des encombrements devenus permanents. Aucun système de feux électroniques régulant la circulation n’est mis en place. Aux carrefours de la ville, il y a bien des policiers, mais leurs gesticulations demeurent vaines, en ce sens qu’elles n’apportent aucune amélioration à la situation. A ce niveau, et pour cet aspect des choses, on peut d’ores et déjà estimer que c’est franchement le chaos. Demain les vacances d’été, il s’installera un autre genre de cauchemar.
Les îlots de terre diminuent également comme une peau de chagrin. Il n’y a pas un seul nouvel espace public qui ait été aménagé ; que ce soit un jardin publique ou tout autre placette. Tout est construit. C’est l’étouffement suite à une strangulation. Au centre ville, de plus en plus, et par la force des choses, le vieux bâti est détruit pour laisser place à de nouvelles constructions. Encore heureux ; certaines demeures tombent franchement en ruines. Les toits en tuile disparaissent les uns après les autres pour laisser place à des constructions cossues, s’achevant en terrasse. A l’autre bout de la ville, du côté Nord, il n’est plus nécessaire de nourrir la prétention d’admirer la mer ; la vue de celle-ci a simplement disparue, à tout jamais, derrière des murs et toute sorte d’élévations. Il n’est même plus ces odeurs salines. C’est là une véritable mortification pour un Jijli qui se respecte.
De ville côtière aérée et agréable, toute en fleurs et propre, Jijel est devenue un espace confiné, où l’humidité et l’aridité de la chaleur ravagent aussi bien les êtres que les choses. Parler d’arbres et d’espaces verts, c’est non seulement verser dans un délire, mais c’est également vouloir s’infliger d’indésirables battements de cœur. Le cauchemar est partout, s’étendant à ciel ouvert. Se rendre au Camp Chevalier, c’est prendre le risque d’attraper une apoplexie. A cet endroit, la catastrophe, édifiée par étapes sur une durée de trente années, est démultipliée à travers tous les aspects de ce qui est censé figurer un espace social. Aussi loin que porte la vue, il se profile ce qui ressemble au Yémen, auquel ajouter l’Afghanistan. Il est partout des habitations inachevées s’élevant sur plusieurs étages ; ce ne sont que des entassements de briques rouges au bout desquelles pointent des barres de fer, parfois agrémentées de pneus. Les ouvertures dans les cloisons, figurant portes et fenêtres, sont béantes et noires. Le tout de ce sinistre décor donne cette pénible impression de se trouver face à quelque citée issue du moyen âge.
A travers l’étendue de cet imbroglio, dans lequel s’entassent, se pressent et s’empressent les gens, qui semble devenu une espèce de dechra ou un ensemble de douars s’enchaînant les uns aux autres, tout le monde paraît s’en accommoder joyeusement. Les trottoirs, et aussi bien les rues, sont noirs de monde ; ça déambule en tous sens et en toute quiétude, dans l’insouciance totale de l’anarchie, de la saleté et du bruit. Chacune de ces nuisances sciant les nerfs et blessant la vue est sciemment produite par tous, avec un malin plaisir. Toutes les voies et les espaces ne désemplissent pas de ces femmes, qui n’ont d’yeux que pour les vitrines, achetant tout par le souhait, à travers des regards d’envie, et très peu en monnaie sonnante et trébuchante ; détresse sociale oblige.
Toutes les administrations, où que vous alliez, sont littéralement prises d’assaut, tous les jeunes tiennent à déposer un dossier pour s’inscrire à quelque avantage consenti récemment. Les bureaux de poste ne sont pas moins sollicités et envahis ; et pour cause : il n’y a pas de liquidités, passez et repassez Messieurs dames, les caisses son vides pour toute la durée de la semaine…, attendez que sorte le billet de 2 000 Da et on verra bien. Encore que tout de cet affligeant tableau, rassemblant les êtres et les choses, est loin d’être dépeint de manière exhaustive. Il n’est là cité et décris que le visible et le perceptible.
Les cafés affichent complets, les pâtisseries et les pizzerias grouillent de monde. Ca mange sans discontinuer et à n’en plus pouvoir ; sans doute pour tromper bien des angoisses. Rares sont ceux à savoir meubler leur journée de manière profitable. Pour le reste, la vie s’écoule dans toute sa morosité et ses mortels ennuis. Chaque jour chassant l’autre avec à peine des nuances. Ainsi, tout au long de l’année, lorsque le jour se lève, on prend tout son temps pour se décoller du lit, et dès que tombe la nuit, on se motive par bien des raisons pour remettre à des heures indues l’envie d’aller dormir.
Et vogue la galère.
Antar Lamine
on ne peut rien ajouter,tout a été dit.
merci ltqp...de remuer le couteau dans la plaie
merci ltqp...de remuer le couteau dans la plaie
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"Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur"
C'est pour permettre à la douleur de rendre les gens plus grands

J'avais également pensé qu'en modifiant le titre cela briserait le lien qu'il y a entre la fenêre de l'Edito sur le portail et celle-çi sur le forum.
Pourquoi sont-elle reliées, telle est la question. C'est à l'usage qu'on apprend les choses.
Merci au correcteur
Les cafés affichent complets
En Algérie, c'est le baromètre économique... 
allez ..il faut positiver pour se remonter le moral
http://www.corbusmilchasse.com/forum/viewtopic.php?f=11&t=4740
attendez que sorte le billet de 2 000 Da et on verra bienComme plus personne ne fait confiance aux banques algériennes,les billets de 2000 DA serviront au moins à réduire le volume des
chkarates ou à gagner de la place dans les placards où les commerçants en rupture
d'amouravec le trésor public (ou allergiques aux impôts), entassent le capital, le bénéfice etautre monnaie pour accessoires divers ...Est-il possible de nous coller une grande photo de ce nouveau billet s'il est déjà sorti,qu'on voit un peu le fruit de la réflexion anti-falsification...??
merci vous avez tout dit ,en apprend des choses des gens de valeur ,qui se soucie est remarque de tout se qui se passe dans leurs patelin.
Rares sont ceux à savoir meubler leur journée de manière profitable.
Ce passage décrit la situation contemporaine exacte de l'actuelle Jijel. C'est tellement triste d'y vivre et de ne pouvoir rien faire pour en changer. Merci pour ce joli texte qui fait oublier un peu les douleurs et offre le plaisir de lire un bout de culture.
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d'un beau gâchis
Merci LTQP