JIJEL UNE VILLE SACRIFIEE

Portrait de Letempquipasse
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Entre temps, pour ceux qui prisent fortement la vie citadine, qu’ils s’estiment heureux de jouir encore des espaces de la ville, tout en étant proches des rives de la grande bleue, même clôturés par des murs de trois mètres de haut, empêchant la libre circulation de l’air marin.

 

 

Ville martyre au noir destin

 

 

C’est dans un mælström de sentiments contradictoires, dans lequel se mêlaient l’étonnement et la consternation, que les citoyens de Jijel avaient appris, en ce début de semaine, l’occupation subite, effectuée manu militari, du site du Grand Phare. Et comme un malheur ne vient jamais seul, c’est encore dans le saisissement le plus total, le cœur fendu et la mort dans l’âme, que les gens avaient encore appris l’affreuse nouvelle, rapportant le carnage et la tragédie qu’avait subie la couverture végétale séculaire de cet endroit. Arrachée à coups de Bulldozer.

 

Un acte sans rémission qui s’apparente à un véritable crime, commis volontairement, froidement et sans état d’âme contre la nature. Dépouillant la roche en enlevant jusqu’au moindre brin d’herbe verte de ce qui constituait la beauté de cette presqu’île. C’était comme arracher l’âme des Jwajlas, depuis toujours attachés à leur patrimoine naturel et au site du Grand Phare, devenu un acquis universel, depuis la date de sa construction.

 

Pour tous les citoyens de Jijel, cette décision, tombée comme un couperet, ne s’explique par aucune raison ayant entraîné cet ultime accaparement, que rien en apparence ne vient justifier. Cet endroit, pas plus qu’un autre d’ailleurs, s’étendant le long de la côte, ne saurait justifier son annexion par la force. Pour beaucoup, ceci est considéré de l’aveuglement. Mortifiés et morfondus, tous les Jijeliens sont demeurés affalés devant ce fait établis, se rendant à l’évidence, en sachant qu’il ne pourrait y avoir aucun recours, même entamé par les plus hardis. Hélas.

 

A la suite de cet énième acte réducteur, pérorer encore que Jijel et sa côte sont un endroit touristique, c’est vraiment se moquer à la face du monde, en retournant le couteau dans la plaie, déjà assez purulente, à la suite de tous les actes portés, tels de violents coups de boutoirs, à cet environnement qui dérange tant. Et puis, il y a lieu de savoir, qu’officiellement, Jijel n’a jamais été portée ni inscrite en qualité de région touristique. Il est tout de même de ces contradictions assez renversantes.

 

Bien auparavant, la région de Jijel avait de tout temps été convoitée par tous les conquérants étrangers. L’histoire est là pour nous en livrer tous les détails. Et ce n’est que vers 1859 que l’armée Française avait pénétrée de nouveau la région de Jijel ; non sans y avoir perpétré, à grande échelle, des massacres de civils, notamment sous la conduite du Général de Saint Arnaud dans les Babors et en petite Kabylie.

 

Ainsi donc, après des siècles et après maintes conquêtes, la dernière ayant durée cent trente deux ans, Il va de soi que, par effet d’entraînement, cette région demeurât toujours sous contrôle des forces armées. Car la configuration des contreforts de la chaîne de montagnes, aux pieds du littoral, est considérée, bien plus à tort qu’à raison, constituer une région stratégique et, par endroits, sa baie en demi lune permettant un certain avantage dans une situation conventionnelle de conflit armé.

 

Aussi, il n’est guère étonnant que tout le front de mer soit constitué d’une façade marine s’étendant sur un certain nombre de kilomètres. Que le site du Grand Phare ait été jugé à son tour d’une quelconque utilité stratégique et soit occupé manu militari, ce n’est que la suite logique de l’histoire, en attendant que se produise autre chose ailleurs.

 

En conséquence de quoi, il serait vain de considérer la région de Jijel comme une région ordinaire, encore moins touristique, c’est plutôt devenue une place forte dans laquelle la population civile n’a pas sa raison d’être en principe. Que dans la ville de Jijel habitent et circulent des citoyens civils, la chose est à considérer un accident de l’histoire, généré par la présence colonialiste. Que ces habitants là soient un jour relégués dans les montagnes environnantes d’où tout le monde est issu, demeure une possibilité à envisager

 

L’autre question à se poser judicieusement, est de savoir ce que peut bien représenter encore cette ZET, et à qui il est  destiné d’en profiter. Aussi, dans tous les cas de figure, il n’y a pas lieu de verser des larmes de crocodile ni se lamenter sur le lait versé. Tout se passe de manière chronologique et se déroule dans l’ordre des choses prévues.

 

Entre temps, pour ceux qui prisent fortement la vie citadine, qu’ils s’estiment heureux de jouir encore des espaces de la ville, tout en étant proches des rives de la grande bleue, même clôturés par des murs de trois mètres empêchant la libre circulation de l’air marin. Tôt ou tard, au rythme à travers lequel semble évoluer la situation, c'est-à-dire l’envahissement anarchique, forcené et tous azimuts de cette ville, il est bien plus préférable de s’aménager d’ores et déjà un petit coin en montagne, avant  que celle-çi ne soit également envahie à son tour. Afin de laisser la ville à ceux qui s’y complaisent le plus. Du fait qu’elle est devenue franchement invivable pour toute personne modeste et jouissant d’un semblant de sagesse. Dont les idées et les intentions ne s’apparentent pas à la folie des grandeurs.

 

Et, en tant que «Rifitadins» sur le retour, nous permettre d’écouler des jours paisibles à garder les chèvres en jouant du jawak, pendant que les blés mûrissent, loin de toute administration et ses tracas biométriques. Philosophiquement parlant, et considération faite du contexte social général actuel dans lequel évolue le citoyen, n’est-ce pas à cette finalité terre-à-terre que tout renvoie en définitive ? Ibn Khaldoun l’avait pourtant bien défini, voila déjà plus de 600 ans, que nous serons toujours réfractaires à toute forme de civilisation et d’organisation. Avait-il eu tord ? Ce n’est pourtant pas faute non plus, un peu pour tous, d’avoir essayé un tant soit peu.

 

A.L

 

 

Jijel.info

Commentaires

"....il est bien plus préférable de s’aménager d’ores et déjà un petit coin en montagne, avant  que celle-çi ne soit également envahie à son tour."

C'est déjà fait!!

Je suis natif d'alger et originaire d'une dechra sur les hauteurs de Cavallo. En 1970 déjà, mon père a réhabilité la maison de mon grand père (détruite par l'armée coloniale) pour les vacances d'été et autres occasions. On marchaient partout en toute liberté. Le coin le plus beau et le plus préféré est occupé depuis  des décennies ... zone interdite. Le coin s'appelle KARN, le point culminant (au moins) de la commune de Cavallo.. on peut y voir Bejaia.

Monsieur AL  que puis je écrire,à part: Votre lucidité, ne doit pas courir les rues actuellement chez les pseudos défendeurs de jijel

Jijel est une ville magnifique,et je me souviens encore de beaucoup de jijeliens et des vrais que je laisserais anonymes,mais qui m'ont tous laissé le meilleur souvenir ,d'un pasé qui hélas des arrivistes ont vouluy éffacer

Bien à vous Monsieur AL pour cet article et au plaisir de vous relire