La Piraterie Européenne en Méditerranée au moyen âge
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Le mythe du " Barbaresque pirate " a été fabriqué de toutes pièces pour les besoins de la cause coloniale au XVIIIème et XIXème siècles. Depuis, amplifié par des milliers d'auteurs et de livres, ce mythe s'est presque imposé comme une vérité historique indiscutable, au point que même parmi nos compatriotes, nombreux sont ceux, de tous âges et de toutes conditions (y compris les intellectuels), qui y ajoutent foi. La réalité historique est tout autre. Le Maghrébin n'a pas à rougir de son histoire, sur le chapitre de la piraterie encore moins que sur aucun autre !
La piraterie, cette forme si atroce de la barbarie absolue, a été introduite en Méditerranée par les marins européens. Elle fut pratiquée presque exclusivement par des Européens pendant tout le Moyen Age, du XIIème à la fin du XVème siècle. A partir du XVIème siècle, la piraterie disparaît pratiquement de la Méditerranée (pour se transporter en Atlantique et dans l'océan Indien) : elle cède le pas à la guerre de course, qui devait mettre aux prises les marines maghrébines et européennes (et européennes entre elles). C'est en jouant sur les mots que l'on a pu, par la suite, fabriquer le mythe évoqué ci-dessus.
Il faut savoir, en effet, que le droit maritime international fait une distinction de nature extrémement précise entre guerre de course (ou course tout court) et piraterie, et cela depuis près d'un millénaire.
La course, exercée par des corsaires agissant sur ordre et au nom de l'Etat ou d'un souverain reconnu dont ils aboraient le pavillon (la " marque" selon l'ancien langage), était un acte de guerre entre nations belligérantes. " Les faits de course, soulignait le comte de Mas Latrie, (un érudit français du siècle dernier dont nous reparlerons plus loin), à quelque excès qu'ils aient été portés, peuvent passer dans l'ancien état de la société pour inévitables et légitimes. Les progrès du droit international n'ont pu encore faire disparaître de nos guerres maritimes tout ce qu'il y reste d'injustice et d'inutilement barbare contre la propriété privée". La guerre de course, donc, reconnue inévitable et légitime, ne disparut pas au XIXème siècle.
Pendant la seconde guerre mondiale, dès juin 1940, le grand amiral allemand Reeder lâchait dans l'Atlantique une " meute" de six navires corsaires, préparés à cet effet depuis plusieurs années. C'étaient des cargos, en apparence de paisibles bâtiments civils, mais habilement transformés, maquillés et armés (canons, lance-torpilles, mitrailleuses,etc). Agissant toujours par surprise, ces corsaires firent de grands ravages dans les flottes alliées, tant et si bien que les Britaniques, à leur tour, lancèrent dans la guerre des navires de même nature. Or, personne ne s'indigna de ce type d'activité guerrière sur mer, preuve s'il en était besoin de sa " légitimité".
La piraterie, en revanche, relève du véritable brigandage. Les pirates, constitués en bandes hors toute loi, n'obéissent à aucune autorié autre que leurs instincts. Ils s'attaquent indifféremment à tous marchands et à tous pays, amis ou ennemis, nationaux ou étrangers. Hostiles à tout pouvoir, ils sont, en principe, condamnés par tous les Etats. Mais les gouvernements faibles, tels notamment ceux de l'Europe féodale, peuvent avoir intérêt à les tolérer, voire à les utiliser parfois.
Il n'est pas indifférent, maintenant, de noter que :
1°) Les "pirates barbaresques" n'apparaissent dans les récits européens qu'à partir du XVI ème siècle, soit grosso modo après l'entrée en lice de la marine ottomane
2°) Ces mêmes récits sont remarquablement sobres et silencieux sur les activités maritimes "irrégulières" en Méditerranée antérieurement au XVIème siècle.
Nous avons dit que la piraterie avait pratiquement disparu en Méditerranée à partir du XVIème siècle, et cela s'explique très simplement. Pour naître, se développer, prospérer, la piraterie doit rencontrer un certain nombre de conditions favorables :
a) La libre disposition de bases terrestres sûres, échappant à l'autorité d'un pouvoir central, ce qui suppose la faiblesse militaire de ce dernier;
b) L'absence de marines nationales puissantes et dissuasives;
c) Un espace maritime suffisamment vaste pour échapper aux nombreux et inévitables ennemis ou adversaires.
Ces conditions étaient effectivement réunies au Moyen Age. Mais à partir de la fin du XVème siècle, le monde méditerranéen fut profondément remodelé. Désormais, de puissants pouvoirs centraux contrôlaient les rivages et les îles de la Méditerranée sur toute leur étendue : il n'y avait plus un seul kilomètre sur lequel aurait pu s'installer impunément une bande de pirates. Les Etats se dotèrent, tous, de flottes de guerre redoutables.
Enfin les progrès techniques accomplis dans la construction navale et l'armement des navires transformèrent la Méditerranée en mer " fermée", en ce sens que la rapidité des vaisseaux avait considérablement raccourci les distances (un peu comme aujourd'hui les avions supersoniques ont "réduit" les dimensions de la planète). Pour toutes ces raisons, les candidats à la piraterie furent contraints d'aller accomplir leurs forfaits sur des océans et des rivages plus vastes, peu connus et donc moins contrôlés, où ils savaient pouvoir trouver l'impunité.
Ainsi la Méditerranée se trouva débarassée du fléau de la piraterie.
Source : Amar Hamdani
à suivre...
On ne doit pas se cacher derrière la misère d'un peuple opprimé par ses dirigeants pour passer l'éponge sur des actes hors la loi......
Les pauvres marins qui se font prendre en otage par des voyous n'ont rien fait de mal, ils travaillent pour nourrir leurs familles!
La piraterie de nos jours est une atteinte à la liberté individuelle et au droit du travail. Je ne pense pas que la situation soit si simple pour se résumer à ce que vous écrivez......
AMEN
P.S. : Des plaisanciers ont été jetés par dessus bord, et on a volé leur bateau....Est ce normal ????
ils n'ont qu'a pecher dans leurs pays.quand les espagnols se sont essayés de pecher dans les eaux françaises on leur a tiré dessus.
et quand ces braves marins européens quand ils trouvent des clandestins dans leurs cales qu'est ce qu'ils leur font.?
A partir de 15 heures, et pendant 20 minutes, un remorqueur français de haute mer tente d'accoster le chalutier "Valle de Achondo" qui se dérobe en faisant de larges lacets. A 15 heures 35 l'aviso informe les chalutiers qu'il va ouvrir à nouveau le feu. Il tire deux coups de semonce à l'avant du "Valle de Achondo" avec des obus non explosifs de 100 millimètres. Les chalutiers continuent à fuir.
- Dix minutes après, les chalutiers n'ayant toujours pas stoppé, deux nouveaux coups sont tirés, le premier en mer. Le second obus inerte ricoche sur un portique à l'arrière du navire. Les éclats de bois et d'acier provoquent les blessures. Les deux chalutiers stoppent, plus de trois heures après la première interpellation.
....c'est le cas de plusieurs Pays, les acheteurs sont souvent des asiatiques ( pour la pêche et en particulier les chinois et japonnais ).
Ces gros bateaux usines ne pillent pas l'afrique, car ils ont acheté des concessions et l'argent va droit dans les poches des autorités ( corrompues) et des dirigeants des Pays!
C'est vrai qu'en suite, les petits pêcheurs ne peuvent plus lutter et finissent par crever.....Mais, est ce la faute des asiatiques, je ne le pense pas....c'est les dirigeants de ces Pays qu'il faut blâmer. Les pêcheurs européens savent à quoi ils s'exposent quand ils s'aventurent hors des eaux territoriales...Non seulement ils ont la marine nationale du Pays lésé sur le dos, mais aussi leur gouvernement et la communauté européenne....certains finissent par se faire saisir le bateau avec interdiction de pratiquer la pêche en europe.....
On ne rigole pas avec les lois!!!!
J'espère que tu peux comprendre qu'il y a des règles et des lois internationales, et qu'elles sont faites pour être appliquées et respectées.....Et qu'on est plus au 16 ème siècle !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
non.il y a de tout meme des bretons .et ils viennent piller.il n'y a plus d'autorités dans cette partie du monde.
c'est le voleur qui crie au voleur.
c'est des gens qui sont dans la misere et il est legitime de les enfoncer encre plus ?
Cependant, ces bouleversements n'enttrainèrent pas la fin de l'état de guerre entre les diverses nations méditerranéennes, bien au contraire. Dans un premier temps, stratèges navals chrétiens et musulmans s'imaginèrent que la maitrise de la Méditerranée, but ultime des uns et des autres, pouvait se décider à l'issue d'une formidable et unique confrontation de leurs marines : on chercherait, en quelque sorte, le K.O.Mais ils devaient rapidement changer d'avis devant les faits : en 1538, la flotte chrétienne de Charles-Quint fut écrasée à la bataille de Préverza (en grande partie grâce à Kheireddine " Barberousse "); trente-deux ans plus tard, en 1570, ce fut au tour de la flotte musulmane ottomane de subir la grande défaite de Lépante. Ces combats de géants - un millier de navires engagés à chaque fois - coûtèrent un prix énorme aux deux camps, en hommes et en matériels, sans apporter à l'un ni à l'autre la "victoire finale" escomptée. Dès lors, on renonça à ce type de guerre. De part et d'autre, on s'engagea dans la guerre de course, ne nécessitant que quelques unités navales : en cas de défaite, les pertes seraient, du moins, relativement supportables.
Les corsaires européens et maghrébins menèrent cette guerre avec une égale rigueur, et parfois une certaine sauvagerie, il faut le dire. Pourtant, pour des activités en tous points identiques, les marins du Maghreb se virent décerner le titre infâment de " pirates"...tandis que leurs homologues européens étaient auréolés de la gloire de défenseurs de la Foi ou de la Patrie.
Ainsi, en fait de "pirates barbaresques", il n'y avait que des corsaires, c'est-à -dire des hommes de mer au service de leur pays. Des hommes aussi "respectables" ou "méprisables" que les marins chrétiens, leurs adversaires et contemporains, ou même que les marins de Raeder et de Churchill. Les seuls "pirates barbaresques" qui sévirent en Méditerranée du XVIème au XVIIIème siècles sont donc le produit d'un détournement de langage délibéré et d'une falsification de l'histoire dont les chroniqueurs et les historiens occidentaux ont été les auteurs, dans un but évident. Mais, antérieurement au XVIème siècle, y eut-il du moins des pirates maghrébins ?
Nous avons souligné plus haut, la remarquable discrétion des auteurs européens sur les éventuelles activités "irrégulières" des marins de toutes nationalités en Méditerranée au Moyen Age. On peut être assuré que si des musulmans s'en étaient rendus coupables sur une échelle notable, nous en aurions largement retrouvé l'écho dans les innombrables chroniques et histoires de ces temps. Faut-il alors croire que la "mer intérieure" connut une paix exceptionnelle pendant des siècles avant le XVIème ? Rien n'est moins établi !
Pour bien comprendre le fil des événements, il nous faut remonter brièvement assez loin dans le temps, au milieu du VIIème siècle précisément. Les armées arabes venaient de conquérir par voie terrestre une bonne partie du Proche-Orient. Bientôt, le besoin de posséder une flotte se fit sentir. Ce fut Mouawiya, le fondateur de la dynastie omeyyade, qui, le premier, comprit l'importance stratégique d'une flotte et d'expéditions navales pour l'expansion de l'Islam et sa défense contre l'empire byzantin.
Mais les Arabes de la Péninsule n'avaient pas de tradition maritime. Ce fut toute une affaire que de convaincre le calife de la nécessité de créer une marine, comme l'a raconté le chroniqueur Tabari : " Au commencement de l'an 28 (650 de J.C), écrivait-il, Mouawyia demanda à Othmane l'autorisation de faire une expédition par mer. Omar (le précédent calife) n'avait jamais permis aux Musulmans de s'aventurer en mer. Mouawyia présenta aux yeux de Othmane la chose comme facile et ajouta que les villes de Roum (Byzance) étaient si rapprochées de celles de Syrie que le cri d'un oiseau s'entendait des unes aux autres et qu'elles n'étaient séparées que par la mer". Grâce à ce subterfuge, Mouawyia parvint à emporter la décision.
Mais l'épisode est révélateur de l'état d'esprit des Arabo-Musulmans vis-à -vis des choses de la mer.
Leur méfiance instinctive s'est toujours traduite par une volonté inflexible des souverains d'exercer un contrôle très strict sur les activités maritimes en général, celles des flottes de guerre en particulier.
Au demeurant, treize siècles après Mouawyia, il reste encore quelque chose de cette circonpection à l'égard de la Marine : toutes les flottes arabes contemporaines sont notoirement indigentes (ce que nous déplorons pour notre part). Cela n'a évidemment pas entravé le dynamisme maritime, là où, dans le vaste domaine arabo-musulman, préexistait une tradition navale, essentiellement commerciale d'ailleurs. Les marins-marchands musulmans furent extrêmement actifs dans l'Océan Indien, pour les besoins du commerce avec l'Extrême-Orient et l'Inde.
Les innovations technologiques, capitales en matière de navigation, produites par la civilisation arabo-islamique au Moyen Age sont toutes à porter au crédit de la marine marchande. En comparaison, les arsenaux nationaux furent d'un étonnant conservatisme.
Bien souvent, des améliorations techniques, imaginées et mises au point par des navigateurs "civils" arabes, ne furent adoptées par les flottes de guerre musulmanes que plusieurs années, voire décennies après leur adoption par les flottes chrétiennes ! Que dire de l' "évasion des compétences" arabes vers le monde européen ! Contentons-nous de rappeler le cas le plus exemplaire : ne fut-ce pas des pilotes arabes qui ouvrirent à Vasco de Gama la route des Indes...avec les conséquences irrémédiables que cela entraîna pour tout le monde islamique !
à suivre...
Quoi qu'il en fût, force est de constater la modestie de la contribution de l'arme navale dans l'expansion et le développement du monde arabo-musulman. Ainsi quand Tariq passa avec son armée en Espagne, ce le fut à bord d'embarcations de pêche louées ! Du VIIIème au Xème siècle, il y eut certes quelques "descentes" des flottes arabes sur le littoral provençal et italien. Mais ce furent des coups de main, sans lendemain. Du milieu du Xème jusqu'à la fin du XIème siècles, la Méditerranée connut une période de paix remarquable ; le commerce entre le Nord et le Sud ne fut jamais aussi prospère.
On était à l'apogée de la puissance arabo-musulmane. Pourtant, aucun des souverains islamiques n'eut l'idée de profiter de la situation pour construire une puissante flotte et s'assurer la maîtrise de la mer.
Au contraire, les relations entre les Etats musulmans et les principautés chrétiennes se renforcèrent dans un esprit de coopération et de respect mutuel d'une singulière modernité ! En témoigne le document que l'on va lire. Il s'agit d'une lettre écrite par le pape Grégoire VII au souverain de Bougie, le hammadite Nacer. Datée de l'an 1076 , soit une vingtaine d'années avant le départ de la première croisade, cette missive nous révèle des rapports islamo-chrétiens dont, aujourd'hui encore, près d'un millènaire après, on envie l'harmonie et la tolérance !
" Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à Anzir (Nacer), roi de la Mauritanie, de la province Sitifienne, en Afrique, salut et bénédiction apostolique.
" Votre Noblesse nous a écrit cette année pour nous prier de consacrer évêque , suivant les constitutions chrétiennes, le prêtre Servand, ce que nous nous sommes empressé de faire, parce que votre demande était juste. Vous nous avez en même temps envoyé des présents ; vous avez, par déférence pour le bienheureux Pierre, prince des Apôtres, et par amour pour nous, racheté les Chrétiens qui étaient captifs (de guerre) chez vous et promis de racheter ceux que l'on trouverait encore. Dieu, le créateur de toutes choses, sans lequel nous ne pouvons absolument rien, vous a évidemment inspiré cette bonté et a disposé votre coeur à cet acte généreux. Le Dieu tout-puissant, qui veut que tous les hommes soient sauvés et qu'aucun ne périsse, n'approuve en effet rien davantage chez nous que l'amour de nos semblables, après l'amour que nous lui devons, et que l'observation de ce précepte : faites aux autres ce que vous voudriez qui vous fût fait. Nous devons plus particulièrement que les autres peuples pratiquer cette vertu de la charité, vous et nous, qui, sous de formes différentes, adorons le même Dieu unique, et qui chaque jour louons et vénérons en lui le créateur des siècles et le maître du monde.
à suivre...
" Les nobles de la ville de Rome ayant appris par nous l'acte que Dieu vous a inspiré, admirent l'élévation de votre coeur et publient vos louanges. Deux d'entre eux, nos commensaux les plus habituels, Albéric et Censius, élevés avec nous dès leur adolescence dans le palais de Rome, désireraient vivement se lier d'amitié et de services réciproques avec vous. Ils seraient heureux de pouvoir vous être agréables dans ce pays. Ils vous envoient quelques uns de leurs hommes, qui vous diront combien leurs maîtres ont de l'estime pour votre expérience et votre grandeur, et combien ils seront satisfaits de vous servir ici. Nous les recommandons à Votre Magnificence, et nous vous demandons pour eux cet amour et ce dévouement que nous aurons toujours pour vous et pour tout ce qui vous concerne. Dieu sait que l'honneur du Dieu tout-puissant inspire l'amitié que nous vous avons nouée, et combien nous souhaitons votre salut et votre gloire dans cette vie et dans l'autre. Nous le prions du fond du coeur de vous recevoir, après une longue vie, dans le sein de la béatitude du très-saint patriarche Abraham ".
Cette lettre si émouvante marque, a posteriori, la fin d'une époque. En effet, un quart de siècle après, ce sera le début des croisades, avec leur cortège de sang et d'horreurs. Les guerres, toutes les guerres, sont haissables, assurèment. Mais i y a pire : la piraterie. Or du XIIème au XVème siècles, dans la mouvance des croisades et de la guerre dite de "reconquête" en Espagne, la Méditerranée fut ravagée par des pirates presque exclusivement européens. C'est ce qu'ont voulu taire chroniqueurs et historiens occidentaux, mais heureusement pas tous.
Ainsi, le comte de Mas Latrie, déjà cité, écrivait au siècle dernier dans un ouvrage fort rare, il est vrai : " Les actes de piraterie sont seuls de vrais de vrais brigandages (au contraire des actes de course). Mais ici se présente la question de savoir quelle part de responsabilité incomberait aux Chrétiens et quelle autre aux Musulmans, durant la période qui succèda aux grandes invasions sarrasines, qu'on pourrait appeler la période de la paix et du commerce. Nous croyons que la statistique des forfaits dont la Méditerranée a été le théâtre du onzième au seizième siècle, s'il était possible de la dresser, mettrait à la charge des Chrétiens une part très considérable dans l'ensemble des pillages et des dévastations maritimes que nous rejetons trop facilement au compte de barbares. Si les Chrétiens nous paraissent avoir plus souffert de la piraterie musulmane, c'est qu'ils avaient un commerce plus considérable , des côtes moins faciles à défendre, et que leur histoire générale nous est mieux connue que celle des Arabes. Les témoignages des Chrétiens accusent eux-mêmes tout le mal qu'ont dû faire leurs propres pirates (...)
à suivre...
" La supériorité de la marine européenne donnait même un certain avantage aux navigateurs et aux corsaires chrétiens, dont les rôles et les actes se confondaient trop souvent. Beaucoup d'armateurs catalans, gênois, pisans, ou provençaux, ne craignaient pas de faire entrer la course (en fait la piraterie) dans les chances de leur industrie et leurs expéditions commerciales. (...) Les flibustiers chrétiens s'attaquaient probablement de préférence aux terres et aux galères musulmanes; mais à l'occasion tout leur était de bonne prise, et nul prétexte de nationalité ou de guerre de croisade ne saurait être invoqué pour leur exuse..."
Plus près de nous, un autre historien, le Belge Verlinden, auteur d'un remarquable travail sur l'esclavage en Europe au Moyen Age, porte un jugement aussi catégorique : " La guerre de course et la piraterie, écrit--il, suivent une évolution parralèle à la traite (des esclaves). Plus le commerce se développe, plus il y a - même et surtout en pays chrétien - des pirates pour s'emparer des cargaisons et pour razzier les pays d'où elles proviennent. Ce sont surtout les vaisseaux des Etats musulmans ou orthodoxes qui sont leurs proies habituelles. Ce sont aussi les côtes de ces mêmes pays qu'ils pillent le plus volontiers..."
Les causes du développement de la piraterie européenne à partir du XIIème siècle ont été évoquées plus haut : outre l'absence, pour les raisons brièvement exposées, d'une flotte de guerre musulmane capable d'inspirer le respect et la crainte, surtout en Méditerranée occidentale, il y eut l'extension du commerce maritime dû aux croisades qui servirent de prétexte aux pirates, la faiblesse des pouvoirs centraux européens, souvent démunis de marine.etc.
Quoi qu'il en soit, le phénomène prit une ampleur telle qu'il devint une véritable obsession pour tous les souverains du Maghreb pendant quatre siècles. La lecture des traités conclus entre les Etats maghrébins et les Etats Européens est particulièrement révélatrice à cet égard : " Il n'est pas un des peuples en rapport avec le Maghreb à qui les sultans n'aient demandé et qui n'aient été dans la nécessité d'édicter contre les excès de leurs propres corsaires (en réalité pirates) les mesures les plus rigoureuses. Il n'est presque pas de traité qui, directement ou indirectement, ne concerne la piraterie ou l'une de ses suites les plus déplorables et les plus habituelles, la capture et le commerce des prisonniers". Chose remarquable : les clauses anti-piraterie concernent presque toujours les chrétiens; ces clauses étaient insérées dans les traités à la demande expresse des contractants musulmans, jamais à la demande de la partie chretienne. Pour la simple raison que les pirates étant chrétiens, ils s'attaquaient la plupart du temps à des musulmans.
Vues exemples doici quelqe ces traités :
- Traité conclu en 1186 entre le souverain du Maroc et Pise : "Si un homme considérable de Pise ou des pays soumis au gouvernement de Pise prend la mer pour voler ou attaquer les Musulmans, ou leur nuire de quelque manière que ce soit, les Pisans sont obligés de poursuivre et de punir le coupable comme s'il eût méfait contre ses propres concitoyens".
...Ã suivre...
- Traité de 1236 entre le Royaume de Tunis et Gênes : " Si un Génois, ou un chrétien réputé Gênois, prend la mer pour attaquer les Sarrasins, que sans tarder les Gênois le saisissent, le mettent à mort et remettent ses biens aux Sarassins. Si on ne peut s'emparer de sa personne, que ses biens soient confisqués et remis aux Musulmans. Si les Sarrasins arment contre le malfaiteur, que les Gênois arment aussi et agissent contre lui de concert avec les Musulmans"
- Traité de 1339 entre Abou al-Hassan, et Jacques II de Majorque : " Il est notifié à tous les corsaires sujets des rois (signataires) qu'ils ne doivent faire aucun tort aux sujets desdits seigneurs rois. Si, malgré ces défenses, un corsaire attaquait un sujet de l'un des deux Etats, ou lui occasionnait un dommage, que les seigneurs rois exigent une indemnité du malfaiteur et fassent justice de sa personne..."
- Traité de 1445 entre Tunis et Florence et Pise : " Que nul Pisan ne se permette de naviguer sur un navire qui fasse la course contre Sa Majesté le roi de Tunis; que les sujets dudit roi soient à l'abri de toute attaque de la part des Pisans, à Pise ou ailleurs."
On pourrait encore citer des dizaines d'autres traités semblables. Mais l'essentiel n'est pas dans la quantité. L'essentiel réside dans l'absence très surprenante de réciprocité en ce qui concerne les clauses anti-piraterie : en effet, peut-être à une ou deux exceptions près, aucun de ces traités ne mentionne que la partie contractante chrétienne exige de la partie musulmane un traitement identique contre ses propres pirates. Cela signifie que les Etats européens ne redoutaient pas les pirates maghrébins...parce qu'il n'y en avait pas ! Il n'y avait donc aucune raison de demander la réciprocité sur ce point précis -alors que la réciprocité était de rigueur pour tous les autres objets des traités.
Nous voyons donc que les souverains du Maghreb avaient fait de la lutte contre la piraterie un souci permanent de leur politique étrangère, comme l'attestent tant de documents diplomatiques. Du côté européen, certes, il y eut des tentatives pour réprimer les forbans de la mer, tentatives qui se firent plus efficacement à partir de la fin du XIVème siècle. Cependant, le plus fréquemment, les Etats toléraient les activités des pirates, au moins pendant un certain temps. Mais un Etat, la république de Gênes, alla beaucoup plus loin.
Il s'agit d'un fait extrêmement grave, demeuré pratiquement inconnu. Il est vrai que, à l'exception d'un seul témoin, tous les chroniqueurs n'ont jamais évoqué ce fait. On douta de sa véracité jusque dans les années 1890 où, par une chance extraordinnaire, l'archiviste officiel de la Banque Saint-Georges de Gênes découvrit une inscription gravée dans le marbre confirmant notre unique témoignage.
Ce témoignage est celui d'un frère donincain, nommé Guillaum Adam, qui, vers 1328, dénonçait violemment les activités d'un Officium Robarie, institué à Gênes depuis la fin du XIIIème siècle. Officium Robarie peut se traduire par Office ou Bureau de la Piraterie. Il fonctionnait dans une pièce du palais occupé par la Banque Sant-Georges. L'inscription confirmant l'existence de cette institution unique en son genre dans les annales de l'histoire, a été précisément retrouvée dans la pièce du palais en question par l'archiviste. Elle portait : " Capsiata de Robariio que appellatur Salvatera". Une exégèse de l'inscription a montré que par Salvaterra " il faut entendre non pas sauvegarde, mais garantie, avec l'acception et la valeur du mot moderne d'assurance".
Le dominicain Guillaume Adam nous a laissé une description du fonctionnement de l'Office de la piraterie : "On avait disposé dans une salle du palais, écrivait-il, un coffre à trois serrures. Trois agents ou commissaires étaient préposés à sa garde. Tout homme lésé en mer par les Gênois en un pays quelconque pouvait être certain d'obtenir réparation, qu'il soit chrétien, juif ou sarrasin, sous la seule condition que son pays ne fût pas en guerre avec Gênes. Pour obtenir cette réparation, la seule formalité à remplir était d'introduire dans le coffre, par un orifice prévu à cet effet, en public ou même en cachette, un billet contenant la réclamation et le nom du ou des spoliateurs. A certaines époques de l'année, les commissaires ouvraient, sous la foi du serment, le coffre et prenaient connaissance des billets (dénonciateurs). Ils convoquaient immédiatement devant eux les spoliateurs cités. Si ces derniers refusaient de comparaître, les commis faisaient saisir leurs biens et indemnisaient avec le produit de leur vente les victimes reconnues légitimes (...) Cet office, se plaignait le domonicain, est si fortement réglementé, ses décisions sont si rigoureusement obligatoires que nul prétexte ne peut en empêcher l'exécution. Aussi aucun navigateur n'ose visiter les navires se rendant à Alexandrie dans la crainte de s'attirer le mécontentement de la commune (république) de Gênes..."
à suivre...
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mais en somalie actuellement qui est le plus pirate ? les bateaux usines qui viennent ecumer les cotes ? ou les somaliens qui essaient de survivre dans une région ou tous les "grands pays" jouent a la guerre par l'intermediaire de milices aux ordres ?
en tout cas j'ai vu un reportage ou les pauvres somaliens sont tout contents de revoir leurs filets chargés de poissons.parceque depuis de nombreuses années les chalutiers usines ne leur laissaient que le rebut.