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Le culte de la Fraise

LA CULTURE EN SALADE

Ce pourquoi, son évènement s’est passé au hall des expositions de la maison de la culture «Omar Oussedik», juchée sur l’une des collines de l’Aâkabi. C’est à cet endroit qu’il avait été choisi de fêter et d’honorer ce fameux fruit. Pour tout le monde, c’est une manifestation somme toute naturelle, si ce n’est l’incongruité de la chose. Nous verrions très bien, dans ce hall, un alignement de tableaux exécutés par quelque artiste venant exposer, ou alors un autre alignement de tables chargées de livres. Dès lors, le spectacle n’aurait en rien déparé les lieux mais serait tout à fait à sa place.

Contrairement à l’ordinaire et à la logique des choses, c’est à un alignement de caisses chargées du fruit de la fraise, brillant de toute sa chaude couleur rouge, auquel avaient assisté toutes les personnes en visite ce jour. D’aucuns s’essuyaient même, du bout de la langue, la bave d’envie leur coulant irrépressiblement de la commissure des lèvres. A l’évidence, il y avait donc là tout un panel de personnes au bec fin. C’est dire où vous conduisent les gourmandises.
S’il est considéré que cette maison de la culture ait été construite pour des prunes, cela justifie donc que l’on se soit trompé sur sa destination, sur son utilité ainsi que sur l’usage qui doit en être fait. Il est certain que ce n’est pas là un marché aux fruits et légumes. À moins que dans la tête des gens, la culture de la fraise se confonde avec la culture de l’esprit. Si la culture, beaucoup plus terre à terre de la fraise, demeure une des activités traditionnelle de l’homme, il n’a jamais été démontré jusque là que l’agriculture, qui est, comme son nom l’indique, une autre forme de culture, soit également une activité supérieure littéraire ou musicale. Il est parfaitement concevable que l’on déguste des fraises en lisant un livre ou en écoutant de la musique, mais leur effet, à cette condition, ne saurait flatter que les papilles gustatives en meublant tout aussi bien les parois de l’estomac.
Cependant, par les temps qui courent, où partout il est fait l’amalgame en tout et de tout, et où partout il n’est que simulacres et comédies, les choses ainsi faites venant parfaitement témoigner du degré de culture que chacun posséderait ou non, il paraît donc normal de charger une maison de la culture par des caisses de fruits. Sachant qu’aujourd’hui la vraie culture, en situation de disette et battant pavillon bas, ne saurait être autre chose que celle imaginée destinée directement à nourrir le ventre. Alors ? Pourquoi donc s’étonner qu’un simple fruit, fournissant d’ailleurs d’excellentes salades de fruits, ne soit pas effectivement assimilé et comparé aussi facilement à un plat de culture que l’on dégusterait en salade… Quand aux neurones, en état d’anémie à cause des prix actuels facturés du livre et de la culture qu’il véhicule, elles devront attendre une meilleure disposition de la part des ces esprits, nourris de culture maraîchère.
Antar Lamine
