Le temps d’une valse…

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En tant que lecteur assidu de Jijel info j'estime que la vraie chose culturelle manque cruellement à l'information quotidienne que vous proposiez à vos lecteurs. Comme la perception de la culture en Algérie est stéréotypée à certaines pratiques folkloriques quand on évoque la danse, à de pseudo-pièces viscéralement idéologisées mettant perpétuellement en scène l'algérien en martyr quand le théâtre s'invite, et à l'occasion du festival d'Avignon du spectacle vivant,
je vous propose un article paru sur le site troiscoups.com au sujet de la nouvelle œuvre de Elie-Georges Berrebey. Dans l'Aire Falguière à Paris se joue cette pièce si envoutante si subtile et ingénieuse d'un amour interdit bravant tous les clichés de la période 1954-1962, une valse algérienne.

Ça va vous changer de tous ces pseudo-festivals qui se tiennent ici et là en Algérie et qui restent l'expression d'un état à jamais obnubilé par la pensée unique qu'il a toujours imposée à son peuple, regardons ce que les autres pensent de notre histoire commune. Balladius. Les blessures des pieds-noirs pourront-elles un jour se refermer ? Les plaies suintent encore et les larmes ne sèchent pas. Mais ici, pas de récit moralisateur. Pas de plaintes non plus, ni de parti pris. Juste un texte, « Une valse algérienne », d’une grande sensibilité, pour un spectacle mené avec beaucoup d’humilité. C’est en ce moment à L’Aire Falguière et c’est mis en scène par sa directrice, Geneviève Rozental.

La guerre d’Algérie. Le théâtre peut-il encore nous en apprendre quelque chose ? Les livres d’histoire le font déjà très bien et n’ont pas besoin d’acteurs. Ils témoignent des massacres et des tortures perpétrés par l’armée française. Ils parlent aussi de ces « colons » qui exploitaient sans vergogne la population algérienne. Mais qu’en est-il des autres ? De ces familles qui habitaient sur le territoire depuis des centaines d’années ? De ces hommes qui ont abandonné leurs morts, enterrés sur plusieurs générations ? De ces femmes qui ont quitté, sans rien emporter, leur maison, leurs meubles, leur vie ? Les livres d’histoire disent-ils leur souffrance ? Hurlent-ils le désespoir de ces centaines de milliers d’âmes qui sont arrivées en France totalement démunies et désÅ“uvrées ? Les récits sont nombreux. Mais ils deviennent rares quand ils adoptent le regard d’un pied-noir qui a le courage de revenir à Alger un an après la proclamation de l’indépendance. Ce que raconte l’auteur, Élie-Georges Berreby, dans sa pièce a, en partie, été vécu. Le témoignage est précieux, le texte criant de vérité.

 

La parole est brimée, les écrits censurés

Comme tous les membres de sa famille, Joël a dû quitter en 1962 l’Algérie. Un an après, c’est en tant que journaliste pour un « quotidien français toléré » qu’il décide d’y revenir. Pendant la guerre, il a été accusé de collaborer avec les Algériens alors qu’il ne faisait qu’aider son ami Mouloud. Cependant, sa position sur le sol arabe ne sera pas plus enviable : la parole est brimée, les écrits censurés. Il ne reconnaît d’ailleurs plus ce pays qu’il a tant aimé. Dans cette pièce à trois personnages, Dinah, une Algérienne musulmane, est sa rédactrice en chef. Elle revendique l’indépendance, mais subit les attaques des intégristes. Quelle place reste-t-il à la femme ? Partagée entre ses convictions et son amour pour Joël, elle n’aura d’autre choix que de se taire. Les codes de la famille doivent être respectés et les écarts ne peuvent être tolérés.

Sur la toute petite scène de L’Aire Falguière, il n’est pas question de multiplier les décors ni de les rendre pompeux. La scénographe Sabine Algan mise sur un vidéoprojecteur et six boîtes de carton en forme de cubes. C’est à peu près tout, ou presque. Car bandes sonores et bruitages suffisent à plonger rapidement le spectateur dans l’atmosphère de la ville grouillante, incertaine et chaotique qu’est Alger. La simple odeur du thé fumant émoustille les papilles du spectateur et l’emmène loin, très loin, dans les coutumes chaleureuses du pays. Sur chaque face des six cubes, un mot, ou une couleur, est un indice. Les boîtes se superposent et se modulent au gré des changements de lieux. Le décor est vite planté, et il suffit pour suggérer les nombreuses scènes, très courtes. Et lorsque le décor est réduit à l’essentiel, la part belle est faite au jeu des comédiens.

Le ton est juste et la gestuelle précise

Mohamed Kerriche (Mouloud) d’abord. Sa parole est percutante. On est sensible à cette amitié entre « un Arabe et un pied-noir » que la guerre n’a pas ébranlée. Le ton est juste et la gestuelle précise, à aucun moment on ne tombe dans la caricature. On serait en droit de se demander jusqu’à quel point ce comédien franco-algérien est touché personnellement par le rôle. Le choix du metteur en scène quant à la distribution ne peut être anodin, et les frontières entre fiction et réalité semblent ici bien ténues.

 

Parfois Leila ben Mosbah (Dinah) n’est pas assez mesurée : le ton est un peu au-dessus et la voix forcée. Mais son jeu a du caractère. Il faut juste qu’elle fasse attention à ne pas partir trop vite dans ses duos avec Jérôme Sitruk (Joël). Les pauses et les silences, nécessaires aussi au drame à venir et à l’attente dans laquelle le couple est plongé, sont-ils toujours bien respectés ? Elle n’en demeure pas moins gracieuse. Son charme et sa jeunesse surpassent ces défauts… de jeune comédienne.

Fuir

Les scènes sont fortes, les images émouvantes. Particulièrement lorsque Joël suit Dinah chez elle. La maison dans laquelle elle habite appartenait à M. Jobert, un de ceux qui a dû partir en catastrophe. Joël sent que fouler l’entrée de cette demeure est déjà en soi un sacrilège. Il ne peut ni « oublier l’exode de [sa] communauté » ni piétiner sa mémoire. La position de ce personnage est terrible. Seule solution qui s’offre à lui : fuir. Fuir un pays qui, sous la coupe d’un Abderrahmane Farès, s’annonce très vite comme une dictature. La réalité est douloureuse. La valse amoureuse entre lui et Dinah doit prendre fin. Va-t-en et ne te retourne pas, surtout ! Jérôme Sitruk porte superbement le désarroi de son rôle. Son jeu est convaincant et chargé d’émotion.

 

 

Une valse, oui. Une valse pour dire l’amour, le rêve éveillé d’un amour qui ne sera plus. Des images destinées à rester en noir et blanc, enfouies dans la mémoire d’âmes en pleurs, saignées, à tout jamais. Mais une valse, aussi, pour raconter un monde dans lequel on tourne en rond, on s’essouffle et où l’on meurt. Le propos est poignant, le spectacle touchant. 

 

Sheila Louinet


 

 

Jijel.info

Commentaires

Toute oeuvre est critiquable et c'est le fondement même de l'art, c'est dans la critique que les idées et les esprits s'entrechoquent pour donner forme à ce que l'on appelle "un débat".  Ce qui m'a poussé à proposer cet article est d'une part en finir avec cette actualité d'une médiocrité hallucinante (journées du monologue and co à la sauce populiste et démago) et d 'autre part permettre de voir comment "les autres" ont vécu cette séparation.  La guerre est atroce certes mais nous devrions cesser de mettre tous les oeufs dans le même panier. Avec 50 ans de recul, ne devrions-nous pas maintenant faire preuve d'objectivité historique et intellectuelle comme des adultes responsables? Chacun de nous peut appporter une pierre à l'édifice et constuire notre imaginaire historique tel que le peuple l'avait vécu et non tel qu'il est raconté avec aberrance déconcertante dans les manuels scolaires du parti unique en 2012.

50 ans de recul me paraît bien suffisant pour laisser nos sentiments derrière et regarder cet avenir commun avec un oeil d'adulte. Et pour réussir l'écriture de notre histoire telle que nous nous la voulons qu'elle soit (désolé pour cette répétition volontaire), cessons-nous de nous comporter en victime éternelle. Cette pièce est un vif témoin que les guerres humaines ne peuvent effacer les liens humains que l'on tisse dans sa vie : amitié, amour, bonheur,...gardons alors le meilleur pour nos générations futures.

Balladius

Portrait de Saladin

Hélas comme disait l’autre :

« L’exception ne fait pas la règle ! »

Il ne faut pas se leurrer et qu’on vienne nous raconter que les "Européens" sont venus en amis conquérir la terre des indigènes !!!
Deux mondes  vivaient en parallèle, l’un prospère et l’autre miséreux.
Il faut préciser que l’un était au détriment de l’autre.
A quoi d’autre fallait-il  s y attendre ?
La confrontation et confrontation fut.

Full stop.

Il n’est pas étonnant que cinquante années après,  la confrontation puissent surgir  à tout moment parce que Kadour a remplacé  Jacques…

Ya si saladin , comment oses tu douter de la volonté des colons de venir en aide aux fellah algériens pour leur apprendre la culture industrielle, la productivité, le travil de la terre et de sa mise en valeur ....

Je ne comprends pas sur quels éléments tangibles, factuels et vérifiables tu peux t'appuyer pour nous prouver le contraire, nous démontrer que c'est à cause d'une dette impayée et surtout de la famine en france qui ont fini par pousser les français à se lancer dans une aventure et des combats incertains, face à une armée turque motivée et prête à se sacrifier pour les beaux yeux des algériens dont ils pompaient les impôts sur tout ce qui avait une valeur ????

 

Non, non et non....Les occupants, qu'ils soient arabes, turcs ou français, n'avaient aucun doute sur les bienfaits de la colonisation!

Bonne nuit, et pas trop de thé vert, la fumée risque de te faire voir des éléphants roses volants....Wink

 

Nous sommes tous égaux, mais certains le sont plus que d'autres....