Le théâtre algérien
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Le théâtre

Le théâtre constitue un moyen vivant exprimant l'espoir d'un peuple, il est considéré également comme un moyen qui favorise et active le mouvement de la renaissance culturelle. Il éveille l'esprit du peuple en montrant les actes criminels du colonialisme sous une forme différente, afin que le colonisé ne sente plus que ce théâtre est fait dans un pays qui est encore sous la domination coloniale.
Le théâtre algérien est apparu en 1919 et il est resté dans cette forme primaire jusqu'en 1926 où il a commencé par former des hommes convaincus du rôle et du message qu'ils ont a transmettre au peuple, et ainsi d'acquérir une certaine popularité au sein de ce peuple par le biais des pièces théâtrales données.
Après la période de 1929, le théâtre algérien a pris une nouvelle forme car il avait son propre public et ses propres pièces inspirés de l'histoire musulmane et de la renaissance arabo-musulmane outre les sketchs tendancieux. Ainsi, de nombreuses troupes théâtrales sont apparues dans les grandes villes algériennes plus particulièrement à Alger où se ressemblait l'élite.
Ces troupes théâtrales ne donnaient pas des représentations dans leurs régions uniquement mais elles faisaient des tournées sur l'ensemble du territoire national.
Le thème de l'ensemble de ces pièces théâtrales portait sur les conquêtes de l'Islam et le rôle des dirigeants musulmans dans ces conquêtes tels que Okba Ibnou Nafa, Khaled Ibnou El-Walid, Tarek Ibnou Ziad, etc...
A suivre...
Malgré tous ces obstacles et ces embûches, le théâtre algérien a continué de transmettre son message national avec l'aide du Mouvement National représenté par le Parti du Peuple Algérien et ensuite par le Mouvement pour le triomphe des libertés Démocratiques (MTLD), qui a encouragé ses dirigeants à continuer le travail jusqu'au déclenchement de la lutte de libération nationale où le théâtre prend un nouvel aspect aussi important que le précédent.
Le Front de Libération Nationale considère le rôle efficace que peut jouer le théâtre algérien mais cette fois à l'étranger pour sensibiliser le monde autour de la question algérienne, et pour montrer à l'opinion internationale l'existence de la personnalité algérienne indépendante ayant ses origines, son histoire, sa civilisation et sa culture arabo-musulmane et pour mettre fin aux calomnies coloniales qui disaient que l'Algérie est une partie de la France.
En effet, la tournée de la troupe théâtrale du Front de Libération Nationale a eu de nombreux résultats positifs sur la révolution par le biais des chansons folkloriques que chantaient la troupe ainsi que les chants patriotiques et les pièces théâtrales qui reflétaient la situation générale en Algérie et la politique qui suivait le colonialisme pour exterminer le peuple algérien révolutionnaire, elle a été un message à toutes les nations du monde, principalement celles qui étaient libres et indépendantes.
La troupe Artistique Algérienne (1958-1962)
" Pour nous, le théâtre est notre forme de lutte. Le théâtre est engagé. Il est au coeur de la révolution. Nous sommes le théâtre d'un peuple en guerre. Il est anormal pour nous, artistes de raisonner et d'agir comme des militants ".
Entretien de la Troupe Artistique Algérienne , le 25 Mai 1959
A la fin...
A suivre...
A la finde l'année 1957, la direction politique de la Révolution prend la décision de créer une Troupe Artistique qui serait le porte parole dans le domaine artistique et culturel de tout un peuple en lutte.
La démarche de cette troupe serait orientée d'abord vers l'Armée de Libération Nationale et les Algériens réfugiés en Tunisie et au Maroc et vers les pays étrangers afin de les informer de la lutte que mène le peuple algérien.
Déjà en 1956 l'idée d'une plus grande participation du théâtre algérien à la lutte mûrissait tant il est vrai qu'après deux années de combat, il n'était que grand temps que le volet culturel de la lutte soit investi.
A Moscou, lors du Festival National de la Jeunesse de 1957 la troupe " El Mesrah El Djazaïri " complétée par des étudiants de la délégation algérienne présente déjà un spectacle "L'Algérie en marche " , une large fresque représentant la quasi-totalité des régions du pays sur le plan de la danse, du chant, de la musique, des costumes. Bref, une fresque où tout infirmait le mot : " La France de Dunkerque à Tamanrasset ".
En Novembre 1957, un responsable de la Fédération de France Si Abdelkader, contacte Mustapha Kateb et le charge de réunir tous les éléments artistes en vue de la création d'une troupe artistique. Après des contacts en France, en Suisse, au Maroc, Kateb arrive à Tunis, lieu de rassemblement de tous les éléments contactés.
Mustapha Kateb

En Mars 1958 a lieu la première réunion de trente cinq comédiens, chanteurs, musiciens, danseurs, techniciens venus les uns de France, de Suisse, les autres du Maroc, de Tunisie et du Maquis. La troupe est scindée en deux entités : dramatique et lyrique. D'autres encore rejoindront la troupe plus tard.
La Troupe Artistique Algérienne est née. Son premier spectacle : " Vers la lumière " , version plus élaborée que celle présentée à Moscou en 1957, sera présentée le 24 Mai 1958 au Théâtre Municipal de Tunis.
Théâtre Municipal de Tunis

C'est une immense fresque de toute l'Algérie avec les spécificités et les caractères de chaque région. Un jeune fidaï, torturé à une vision qui a les traits de sa mère. Elle l'invite à voyager dans ses souvenirs : sa propre circoncision, le mariage de son frère, les voyages entrepris pour rendre visite et renouer avec des parents éloignés. Il revoit tous ces trésors gardés par la mère : poésie, musiques, chants, danses. Une douleur le rappelle à la réalité : pour illustrer le retour il y a une projection sur écran géant d'une reproduction de Guernica. Reprenant conscience, le jeune fidaï refuse le génocide de son peuple et la fresque se termine sur l'écho de " Min Djibalina " que renvoient les monts et pitons de l'Algérie au jeune fidaï.
La troupe...
A suivre...
La troupe entame en Juin et en Juillet de la même année une tournée en Tunisie, Bizerte, Sahel et dans plusieurs centres du pays. Dans les régions rurales où il n'était pas possible de monter le décor, la troupe présentait un spéctacle de variétés comportant un ou deux tableaux de la fresque, des danses, des chants et une petite pièce de Mohamed Zinet " Le dernier goumier ".
Mohamed Zinet

En Juillet et Septembre 1958 : la troupe prépare et monte une pièce théâtrale : " Montserrat " et donne des spectacles autour de Tunis.
Une tournée est entreprise en Lybie où la troupe présente " Vers la lumière " et " Montserrat " en Octobre et Novembre 1958.
Une autre tournée de 20 jours les mènera ensuite en Yougoslavie où la troupe donne des représentations dans plusieurs républiques : Croatie, Serbie , Macédoine , Bosnie, Vojvodine , (Décembre 1958).
De retour à Tunis le 6 Janvier 1959, la Troupe Artistique Algériénne commence à préparer la pièce " Les Enfants de la Casbah ", écrite par Abdelhamid Raïs et traite de la lutte dans les villes. Le décor : la Casbah, pas seulement celle d'Alger, mais celles de toutes les villes du pays. Une maison : intérieur Algérois, la cour, la fontaine, les arcades, le couloir à angle droit.
La Casbah

Autour de la maison, les cris, les bruits, les perquisitions, , les rafales de la rue, de la ville.

A l'intérieur de ce décor se meut une famille : Hamdane et Yamina, le père, la mère et les enfants : Tewfiq, Omar, Hamid et Meriem la femme de Tewfik. Tewfiq est agent de police mais aussi Hichem le responsable FLN, Omar est un " buveur " et militant, Hamid lui devient fidai.
La vie quotidienne d'une famille prise dans la guerre, sa participation à la lutte de libération.
A suivre...
Elle est aussi et surtout un hommage à la femme algérienne et à sa lutte pour l'indépendance.
En Fevrier - Mars 1959, la troupe entame une tournée en Tunisie qui la mènera jusqu'à Derna, à la frontière de l'Algérie où elle jouera plusieurs représentations pour les djounouds.
La première représentation de la pièce " Les Enfants de la Casbah " a lieu le 10 Mai 1959 au Théâtre Municipal de Tunis où elle remporte un grand succès et un impact très important sur le public aussi bien algérien que tunisien à tel point qu'elle déclenche une crise d'hystérie, des femmes s'évanouisset sont évacués hors de la salle et on dût empêcher par la force un spectateur de se jeter du deuxième balcon.
La pièce est traitée sur un mode réaliste, "très loin du mélodrame" parce que les situations mises en scène étaient des scènes vécues et non pas imaginées et agencées de façon à éveiller les sentiments d'une manière artificielle. Les personnages correspondaient à des personnes réelles, exemple : Mimi, le jeune agent de liaison c'était Djamila Bouhired et tous les personnages correspondaient à des personnes connues par l'auteur de la pièce. Les situations aussi ont été vécues soit par l'auteur ou des membres de son entourage.

Ce réalisme dans l'écriture des productions théâtrales de la Troupe Artistique Algérienne est une constante.
" Notre rôle est d'exprimer ce qui se passe. L'actualité c'est la lutte, la révolution. En exprimant au théâtre la réalité algérienne d'aujourd'hui, nous portons une lourde responsabilité vis-à -vis des publics étrangers qui seront amenés à mieux connaître, à mieux comprendre l'action de l'Algérie par notre action " (El-Moudjahid N° 63 Avril 1960 ). Pendant une tournée dans une zone opérationnelle, la troupe a joué un soir devant près de 2000 djoundis qui devaient la nuit même traverser la ligne Morice

Connaissant l'impact de la pièce et particulièrement la scène du v....(pourtant présentée très pudiquement) le directeur de la troupe dût prendre ses précautions et demander à l'officier commandant de décharger les armes des djounoud afin d'éviter tout accident.
Le troisième spectacle monté par la troupe, " Les immortels " répond à une demande pressante du public, qui après " Les enfants de la Casbah " relatant la lutte dans les villes voulait une pièce sur la lutte au maquis.
Dans la première partie de cette pièce, nous assistons à la prise de conscience progressive de Kaddour qui finira par rejoindre le maquis.
L'action se déplace ensuite au maquis où les comédiens nous dressent le portrait d'un P.C.zonal à travers le portrait de son chef, à travers la vie quotidienne de ce P.C, de ses hommes, de leur lutte.
La première représentation d' "El Khalidoun " au lieu le 12 Avril 1960 au théâtre Municipal de Tunis.
Quelques mois après, en Septembre, la Troupe Artistique Algérienne entame une grande tournée qui la mènera jusqu'en Chine où elle séjournera durant 45 jours à l'invitation de l'association des amitiés Sino-Africaines.
Elle donnera plusieurs représentations dont la première à Pékin en présence du Premier Ministre Chinois Chou En Laï

et de la délégation du G.P.R.A, présidée par Mr Ferhat Abbas

ainsi que les délégations participantes. D'autres représentations furent données à Nankin (Changaï), Woukhang et Von Sin.
A suivre...
Le 5 Décembre 1960, la troupe arrive en U.R.S.S, où elle est invitée aux fètes du 43ème Anniversaire de la Révolution d'Octobre et au défilé traditionnel de la place Rouge.
A Léningrad, elle présente " Vers la lumière ". D'autres présentations sont aussi données à Moscou à des ouvriers et aux étudiants.
La plus grande soirée fut donnée au prestigieux Moli-Théâtre d'où le spectacle fut filmé et diffusé à 4 millions de télespectateurs. A l'occasion de la journée de l'Algérie et de l'Afrique, la troupe donnera des concerts.
De retour à Tunis, la Troupe Artistique Algérienne commence la préparation et le montage de la pièce " Le sang des libres ". Les faits relatés dans cette pièce ont eu lieu après Mars 1959 c'est à dire au cours du Plan Challe. A ce moment la révolution a déjà dépassé l'étape de la lutte contre les forces coloniales pour l'appui du peuple, qui, dans son ensemble, s'est déjà rallié à la révolution. L'action tourne autour d'un jeune appelé algérien au sein de l'armée française, cette dernière tente d'utiliser ces appelés contre la révolution qui essaie, elle, de les gagner à la cause de libération national. Et la lutte véritable se déroule dans la tête de l'appelé. Répondra-t-il ou ne répondra-t-il pas à l'appel du sang de ses ancêtres qui appelle à la lutte, à la résistance ?
La première représentation du " Sang des libres " a lieu le 29 Décembre 1961 au Théâtre Municipal de Tunis.
A suivre...
En Juin et Juillet 1961, la troupe se déplace au Maroc auprès des djounoud, à Marrakèche, Casablanca, Rabat, Meknès, Tétouan et du Maroc la troupe prend le départ pour l'Irak où elle séjourne 3 semaines.
A travers ses tournées dans les pays frères et amis, la Troupe Artistique Algérienne dans ses représentations a permis à tous ces publics d'entendre la langue de l'Algérie, de connaître le mode de vie algérien, les costumes, les chants, les rythmes, les accents typiquement algérien, en un mot l'âme d'un peuple à part entière qui lutte et consent à tous les sacrifices pour son indépendance et sa liberté. Et ce n'est pas un moindre mérite.
Que de fois des spectateurs ne se sont-ils pas écriés envers les membres de la troupe : " Mais vous n'êtes pas français, vous ne parlez pas français, vous ne chantez pas comme les français, vous ne vous habillez pas comme des français !"
Combien de spectateurs croyant que l'Algérie faisait partie de la France, que les "évènements" d'Algérie étaient le fait de "terroristes", de "bandits", conditionnés qu'ils étaient par la propagande colonialiste sont ressortis avec une toute autre idée de l'Algérie !
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Le but de ces pièces était d'éveiller la conscience du peuple et de renforcer son esprit patriotique et de faire rappeler aux musulmans l'épopée de leurs ancêtres dans leurs batailles contre les non-croyants.
Nous citons, à titre d'exemple les pièces suivantes :
- " Pour la Patrie " , jouée en 1922.
- " La conquête de l'Andalousie " en 1923,
- " La Tunisie et l'Algérie " en 1929,
- " Rassi Oua Rassou " en 1932,
- " Fakou " qui fut jouée dans 27 écoles et villages entre la fin du mois de septembre jusqu'au 6 Décembre 1934.
Du 2 au 14 Avril 1935, le théâtre algérien a effectué une tournée en France où de nombreuses comédies furent jouées dans les régions fréquentées par l'émigration algérienne telle que Paris (Salle du Petit Journal ), Lyon, Toulouse, Saint-Etienne, Marseille, etc...
Du 20 Mai à la fin du mois de Juin 1936, le théâtre a effectué une tournée au Maroc où il a donné des représentations dans de nombreuses villes telles que Fès, Dar-El-Beida, Meknes, Marrakech, etc...
Ainsi le théâtre algérien a continué de transmettre son message de sensibilisation, aux côtés du mouvement réformiste dirigé par l'Association des Oulémas Musulmans Algériens et le Mouvement National dirigé par le Parti du Peuple Algérien, considérant le théâtre comme étant une lettre d'information destiné au public. Mais l'autorité coloniale contrôlait tout, le mouvement des troupes théâtrales et les textes de leurs pièces. De ce fait, de nombreux artistes furent arrêtés dans le but de les intimider. De plus l'autorité coloniale a établi des lois et des décisions pour dissoudre les troupes théâtrales au simple doute dans le contenu d'une pièce, ou lorsque les artistes prononçaient une parole contre les agissements du colonialisme ainsi la troupe se verra dissoute et ses membres emprisonnés.
Malgré...
A suivre...