Miroirs
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La tête en bas

Le chef de cabinet du ministre - voiture climatisée, chauffeur en livrée - arriva ce matin-là comme tous les matins, à neuf heures quarante précises devant l'entrée du ministère. Plongé dans la lecture d'un dossier, il s'aperçoit soudain, avec un léger agacement, que son chauffeur s'arrête plus longuement que d'habitude devant la sentinelle qui donne le signal de l'ouverture des grilles.
Irrité, il penche la tête hors de l'automobile : " que se passe-t-il "
" Il y a de nouvelles consignes, M, le chef de cabinet, Ordre du ministre. Les voitures ne passent plus ". L'expression gênée du visage de la sentinelle fait craindre au chef de cabinet le pire. Une soudaine disgrâce ? Mais voilà une façon bien cavalière de signifier à son plus proche collaborateur qu'on se passera désormais de ses services. Il est vrai que le ministre...un homme surprenant à bien des égards...
Le chef de cabinet se ressaisit : " Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?"
" Exusez-moi, monsieur le chef de cabinet, ce n'est pas une histoire. Sauf votre respect, M. le chef de cabinet, voici la circulaire du ministre ".
Sur un papier à en-tête, dûment timbré et signé - il s'empresse de le vérifier - de la main de son ministre, le chef de cabinet lit avec un étonnement mêlé d'un profond sentiment d'irréalité les instructions suivantes : il est désormais interdit d'entrer à l'intérieur des limites du ministère autrement qu'en marchant sur les mains.
C'est une blague. Le ministre est devenu fou. Instinctivement, le chef de cabinet jette un regard sur ses mains aux ongles soignés, aux paumes adoucies par l'usage des onguents (il fréquente le même institut de beauté que tous les fonctionnaires du régime). Levant les yeux, il aperçoit, à travers le pare-brise de l'automobile, le ministre, qui déambule allègrement, la tête en bas, dans les jardins du ministère, jetant de temps à autre un regard furtif et malicieux -du moins à ce qu'il semble au chef de cabinet- dans la direction des grilles.
Le chef de cabinet qui, d'ordinaire, tout absorbé qu'il est par les soucis de sa tâche, ne regarde jamais autour de lui constate qu'une foule considérable se presse aux abords du ministère. Tout le personnel est là, des plantons aux chefs de département. Personne ne parle. L'étonnement met sur tous les visages un air de stupidité profonde. Le chef de cabinet juge alors que son rang lui impose de prendre la situation en main. "Alors..." commence-t-il, mais sa voix se brise misérablement et il s'entend gémir : " Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Déjà les plus agiles, coursiers, dactylos, jeunes prétendants à une promotion rapide -le chef de cabinet reconnaît son propre conseiller- s'exercent avec maladresse à se déplacer de la façon ordonnée par la circulaire. Certains réussissent à franchir quelques mètres en marchant sur les mains. Non sans problèmes. Dans ce brusque changement d'orientation les basques des vestes tombent sur les têtes, les poches se vident de leur contenu, clès, paquets de cigarettes, briquets, stylos, pièces de monnaie. Les cravates, détail ridicule, pendant devant les visages. On s'y prend les mains. N'importe, en persévérant, deux ou trois fonctionnaires parviennent à franchir victorieusement le portail, sous l'oeil intéressé de la sentinelle qui, même dans l'armée, n'a jamais connu pareil exercice.
Exaltés par l'exemple, d'autres prennent la bonne position en s'aidant mutuellement et esquissent quelques déplacements qui se terminent rapidement, hélas, par une chute. L'un d'eux se foule une vertèbre et reste sur le sol, hurlant de douleur, ignoré de ses collègues qui, pour le moment, ont d'autres chats à fouetter.
Le plus incroyable c'est que personne, ni ce jour-là ni plus tard, n'ait songé à mettre en doute le bien-fondé de la nouvelle directive. Le fait que quelques petits malins, plus habiles que les autres aient pu pénétrer dès les premiers moments à l'intérieur du ministère empêcha sans doute toute forme de contestation ou simplement d'interrogation. Ou peut-être faut-il attribuer la passivité des gens du ministère à leur longue habitude de courber l'échine que, pour une fois, ironie du sort, on leur ordonnait de tenir dressée.
...à suivre...
Qu’est ce qu’il ne faut pas faire pour garder ses privilèges?!!!
J’imagine que monsieur Le Ministre est quelqu’un de « sportif »
…
Il veut que tout son staff soit composé d’acrobates!!!
Enfin, non seulement des acrobates mais qui ne discutent pas les ordres.
Ce qui est bizarre, quand même, comment se fait-il que pas un employé du dit ministère n’a osé contester, la circulaire? !!!
Faut-il comprendre que tout le monde est devenu « khobziste » !!!
J'ai mis la main sur cet article, qui me semble digne d'intérêt, et c'est pour cela que je le partage avec ceux qui le veulent ( valent ?) bien!
Pour ceux ( rares?) qui ne connaîtraient pas Benjamin Stora : Il est d'origine pieds noirs, spécialiste du Maghreb, et prof à Sciences Po....pour le reste allez voir sur google....
Foughali 
Posté par mouradpreure le 31 août 2011
Titre : L’inévitable Benjamin Stora corrigé sévèrement par notre DJEHA national
Benjamin Stora se dissimule efficacement derrière la double armure de la neutralité et la haute compétence scientifique reconnue du chercheur et un amour sincère pour l'Algérie, le pays de ses origines. Fort de cette position imprenable, et de ses amitiés au sein de l'élite algérienne qu'il abuse, profitant de sa naïveté, il distille ses thèses qui toutes amoindrissent la portée de la révolution algérienne et les profondes racines historiques de la Nation algérienne vieille de plusieurs milliers d'années avec comme éminents dirigeants Massinissa, Jughurta, puis plus récemment l'Emir Abdelkader. J'avais dans un ouvrage en cours de parution noté que le péché originel des pieds-noirs est qu'ils n'ont pas aimé les gens, ils n'ont aimé que la terre d'Algérie et leurs nostalgies en deviennent non seulement suspectes mais surtout sans réelles perspectives.
A titre d'exemple, B. Stora reprend de manière apparemment scientifique deux thèses éminemment dangereuses et de portée politique suspecte : la première est que la nation algérienne est de création récente, la seconde est que le FLN a été défait militairement. Ces deux thèses sont fausses. Nous y reviendront plus tard.
Rappelons seulement que concernant la jeunesse de la Nation algérienne, lue à travers la lunette étroite du concept d'état-nation né avec la révolution industrielle, que les nations allemandes et italiennes datent du XIXème siècle, que notre Massinissa a dirigé un ensemble qui avait tous les traits d'un état, nous y reviendrons.
Concernant la défaite militaire supposée du FLN, revenons à l'éminent stratège Clausewitz qui nous explique qu'un conflit armé se conclut par la victoire d'une des parties lorsque l'autre partie considère que la poursuite des buts de la guerre n'est plus justifiée par les pertes (humaines, matérielles, politiques, économiques) qu'elle encourt. Cette partie renonce donc à la poursuite de la guerre et est déclarée perdante. (Clausewitz, De la guerre). Et la France était dans ce cas puisque l'état français a manqué d'imploser en 1958 alors que des paras français séditieux allaient être parachutés sur les Champs Elysées. On a dû faire appel à un général pour sauver l'état français, la suite on la connait. Clausewitz dit aussi que la guerre est la poursuite de la politique par d'autres moyens. Son point de départ est toujours politique tout comme sa conclusion. En l'occurrence ici, il s'agissait non d'une guerre classique de positions mais d'un conflit asymétrique, “le combat du tigre contre l'éléphant” pour reprendre l'expression d'Hô Chi Minh, et le FLN a réalisé ses objectifs politiques à savoir la réalisation de l'indépendance de la Nation algérienne. Et de fait, si la France avait gagné la guerre d'Algérie, pourquoi serait-elle donc partie en 1962 ?
Dr Mourad PREURE

“Le régime algérien fait preuve de myopie”
Le Figaro, mardi 30/08/2011 à 20:56
INTERVIEW - Pour Benjamin Stora, universitaire spécialisé sur le Maghreb, les dirigeants algériens donnent l'impression de ne pas tenir compte de la nouvelle donne géopolitique.
LE FIGARO.- Comment expliquez-vous l'ambiguïté du pouvoir algérien à l'égard du conflit libyen?
Benjamin STORA.- Elle n'est pas le produit d'une doctrine clairement définie au sommet de l'État. Elle révèle plutôt des atermoiements, des peurs dissimulées sur la conduite à suivre. Il y a aussi des raisons historiques. La matrice culturelle du régime algérien a peu changé depuis l'époque Boumediene. Le fer de lance de la diplomatie algérienne, c'est encore en grande partie l'anti-impérialisme des années 1970. Cela peut paraître difficile à croire, mais les dirigeants algériens donnent l'impression de ne pas tenir compte de la nouvelle donne géopolitique, qu'il s'agisse de la chute du mur de Berlin, de la fin de la guerre froide, de l'élection de Barack Obama… Ils analysent les relations internationales à l'aune de critères révolus, ils se veulent en quelque sorte fidèles à un monde disparu et du même coup font preuve de myopie. À cela s'ajoute la personnalité du président Bouteflika, qui a été longtemps le chef de la diplomatie de Boumediene et qui, à ce titre, a très bien connu Kadhafi. Même si les deux hommes ont eu des différends importants ces derniers temps, en particulier sur les rébellions sahariennes, ils appartiennent à la même génération de combat politique. Le deuxième facteur qui explique cette ambiguïté, c'est un nationalisme exacerbé qui rejette le principe du droit d'ingérence. Enfin, un certain nombre de responsables algériens redoutent que ce printemps arabe ne fasse le jeu d'un islam radical qu'ils ont combattu tout au long des années 1990.
Mais la chute de Ben Ali, de Moubarak, de Kadhafi et bientôt peut-être de Bachar el-Assad a de quoi ébranler les dirigeants algériens…
Il est clair que le pouvoir est divisé sur la conduite à adopter. Le courant conservateur tient la corde, mais il ne représente pas forcément l'armée. Il y a des islamo-conservateurs ou de vieux nationalistes arabes qui sont toujours au pouvoir, qui s'accrochent au passé et qui ne comprennent pas les aspirations aux changements de la jeunesse arabe, en particulier de la jeunesse berbère, nombreuse, éduquée et à l'affût des bruits du monde.
L'Algérie peut-elle échapper au printemps arabe?
Pour la plupart des Algériens, les réformes promises régulièrement par le gouvernement relèvent de l'effet d'annonce. Face à l'immobilisme du régime, il y a une aspiration très forte au changement. Mais le rythme de ce changement ne sera pas le même. Les Algériens ont déjà beaucoup donné dans le passé. La guerre d'indépendance, le printemps berbère, l'instauration du multipartisme en 1988… Le traumatisme de la guerre civile des années 1990 pèse toujours sur la société algérienne. Les Algériens savent aussi par expérience que la chute d'un chef d'État n'entraîne pas forcément la chute de l'appareil qui le soutient. C'est encore plus vrai en Algérie, où le pouvoir est beaucoup plus opaque, complexe et sophistiqué qu'ailleurs à cause notamment de la manne pétrolière, des groupes d'intérêts qui en vivent et du clientélisme qu'elle génère. Et puis l'Algérie est un grand pays, cinq fois la France, 36 millions d'habitants contre moins de 8 millions en Libye.
Un espace immense et une population hétérogène qui se compose de Sahariens, de Mozabites, de Kabyles, d'Algérois, d'Oranais qui ne marchent pas forcément du même pas. En outre, l'Algérie est un pays très riche et le pouvoir dispose de ressources financières considérables de nature à empêcher qu'un mouvement de revendications sociales ne se transforme en contestation politique. Malgré cela, les Algériens sont de plus en plus choqués par la répression en Syrie, suivent avec intérêt le processus de démocratisation en Tunisie, et craignent également un possible isolement de leur pays sur la scène internationale. Comment, dans ces conditions, ne pas croire à un changement démocratique en Algérie?
*Auteur de Le 89 arabe, réflexions sur les révolutions en cours, aux Éditions Stock
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Quelques passages remarquables de cette docte expertise. Avec le Figaro (havre bien connu de toutes les nostalgies inconsolables) pour verser autant qu’il puisse de l’huile sur le feu.
« …un nationalisme exacerbé qui rejette le principe du droit d'ingérence… ». (…)
Il est vrai aussi que nous sommes très réfractaire à l’ingérence étrangère dans nos affaires intérieures. Et cela n’a rien à voir avec le « nationalisme ». Il est encore vrai qu’il y a chez nous des intellectuels qui s’ennuient et qui phosphorent à se faire des trous dans les neurones sur la question de l’universalité à l’usage des ploucs. Il en est d’autres qui feraient mieux de changer de calculette.
Ce droit pour benêts et peuples subalternes, tu peux avec Kouchner te le caler là où je pense.
« …en Algérie, où le pouvoir est beaucoup plus opaque, complexe et sophistiqué qu'ailleurs à cause notamment de la manne pétrolière, des groupes d'intérêts qui en vivent et du clientélisme qu'elle génère. Et puis l'Algérie est un grand pays, cinq fois la France, 36 millions d'habitants contre moins de 8 millions en Libye. Un espace immense et une population hétérogène qui se compose de Sahariens, de Mozabites, de Kabyles, d'Algérois, d'Oranais… »
Ce « spécialiste émérite de l’histoire algérienne » reçu en grandes pompes ici et là (surtout là, devinez par qui ?), s’adresse sans doute aux hordes anachroniques qui sont tentés de nous rejouer des coups de Jarnac post-colombiens et méditent de rééditer le même qu’en Libye.
Chiche !!!
Tu sais ce qu’elle te dit la « population hétérogène » et surtout les « Sahariens » ?…
Nous connaissons la myopie de nos dirigeants et la primitive voracité des clans qui se partagent le gâteau. Mais ces tares sont nôtres. Ce sera à nous de décider de la manière qui nous convient de les administrer et de nettoyer les écuries d’Augias. Et si certains voudraient s’en mêler (espérant remonter le cours de l’histoire et plonger le doigt –et le reste- dans le pot de miel) ce sera à leurs risques et périls.
Quand on a des « amis » de ce genre, on n’a plus besoin d’ennemis.
Djeha
Mardi 30 août 2011
Les flûtes de Tayani
Il était devenu fou d'un seul coup. Plusieurs témoins avaient assisté à ce changement d'état. Mais le plus curieux pour tout le monde c'est qu'i y avait eu absence de signes précurseurs comme c'était souvent le cas en pareil déréglement. Cela rendit l'affaire doublement troublante.
Comment s'interrogeait-on, un homme de sens rassis, pouvait-il du jour au lendemain -et en l'occurence, toujours d'après les témoins oculaires, en l'espace d'un instant - passer de la raison à la déraison, sans qu'au préalable le moindre drame ne soit venu bouleverser sa vie ?
Ce premier mystère s'était épaissi au fur et à mesure que s'accumulaient les signes visibles de sa folie. D'après l'entendement le plus courant un fou gesticule, hurle ou pleure, ou alors reste prostré ne sortant de sa torpeur que pour promener sur le monde un regard vide ou dévider un long chapelet de paroles intelligibles. Et puis qu'est-ce un fou qui ne vous inspire ni crainte ni compassion...
On ne s'était pas tout de suite aperçu que le monde avait une fois de plus perdu un de ses frêles roseaux pensants.
L'affaire en début ressemblait à un épisode cocasse, destiné selon toute vraisemblance à faire partie de cette catégorie de souvenirs qu'une petite ville chérit et dont elle transmet les péripéties comme un de ses legs intimes. Puis deux, puis trois, et enfin de pleines brassées de faits insolites vinrent étayer le soupçon insidieux que quelques impatients commençaient déjà à distiller. Alors bientôt, il apparut à tous que l'acte fondateur, celui qui les avait tantôt fait rire aux éclats, ne pouvait, ne saurait être rangé dans ce qu'il convient de considérer comme normal.
Oh ! la stupeur avait été grande avant qu'elle ne cède le pas à l'hilarité. Pourtant au fond de chaque rire, une larme d'angoisse perlait, imperceptible mais confusément présente. Derrière la franche lumière du jour l'ombre se profilait.
Mesloub s'apprêtait à monter dans sa voiture. Un pied déjà sur le plancher, il esquissait la souple reptation qui l'assoierait face au volant, quand on le vit s'arrêter net son mouvement et émerger, un sourire encore plus large à la bouche. Plus tard, les témoins racontèrent qu'ils crurent sur le moment que Mesloub avait envie de poursuivre une de ses fameuses et hilarantes digressions. Ils avaient plaisanté un peu ensemble, sur pas grand-chose, qui pourrait dire sur quoi, juste quelques mots pour faire comme toujours, peut-on habiter une même petite ville, se voir à chaque tournant et se croiser comme si l'on s'était vu pour la première fois.
Au moment précis où Mesloub se penchait sur sa portière, éclatait venant du café d'en face une de ces musiques bédouines qui sont aujourd'hui reléguées dans l'enfer des archives et, depuis longtemps noyées par des modes successives qui brillent à la façon des lucioles. Il devenait rarissime désormais d'ouïr pareilles mélopées à de tels décibels sur le haut du pavé. L'air cependant était de toute beauté. Les flûtes et les bendirs semblaient bondir par-delà les trottoirs vides. C'était l'heure de la sieste et dans la petite bourgade côtière, la tradition avait encore ses servants.
Mesloub s'était redressé en souriant, d'un sourire qui sera plus tard qualifié de surhumain. Puis lentement, descendant du trottoir, il se mit à esquisser quelques pas de danse, en gloussant d'aise, la tête baissée sur ce qui semblait un grand contentement. Lui qui avait été un peu boute-en-train dans sa jeunesse, fit croire aux autres à un regain soudain quoiqu'un peu osé de ses facéties d'antan. On se mit à rire par respect pour lui et, sans doute, plus obscurément, afin d'annihiler les effleuves de cette attitude vaguement scandaleuse.
à suivre...
Un homme de sa naissance, de son âge, honorablement connu et même craint parfois, pouvait-il se laisser aller ainsi comme le premier poivrot venu ? Les hommes continuèrent à faire semblant d'apprécier une farce qu'ils croyaient leur être destinée.
Combien de temps Mesloub dansa-t-il ? Courbé pendant les premiers pas, il s'était bientôt redressé et il dansa jusqu'à la fin la tête relevée, les yeux fixant une chose qu'il était seul à voir, les bras écartés en une posture de défi, libérant la poitrine gonflée d'extase. Par moment il piaffait comme un cheval, à d'autres il tournoyait semblable à ces feuilles mortes dont la parabole n'augure en rien de la chute. Mesloub ne tomba pas. Il marcha vers sa voiture dans une sorte de gloire et repartit accompagné d'un silence respectueux.
Peu de ragots furent colportés sur cette première incartade. Oh, ce ne fut pas faute d'envie ! D'abord la relation en était ardue et puis comme on hésitait sur la signification à lui donner, les mots eux aussi venaient à manquer pour le décrire. On raconta seulement que Mesloub s'était soudainement mis à danser au beau milieu de la route, à l'heure de la sieste, sans raison apparente.
Tayani était peuplée de paysans qui à l'occasion taquinaient le poisson, mais ces courtes sorties en mer ne parvenaient pas à leur faire l'esprit aventureux. Ils n'aimaient guère ce qui tanguait. Pour eux, il n'y avait de chose sûre qu'enracinée. Comme tant d'autres paysans dans leur cas, ils se contentaient de reproduire les gestes parfaits que des miliions de devanciers avaient peaufinés à travers des siècles de labeur, penchés sur la terre comme sur une bouche de vérité. Et celle-ci ne les avaient jamais déroutés, exhalant au moindre souffle les germinations qui les faisaient vivre et espérer.
Ils vivaient dans un monde de certitudes réglées sur les cycles des saisons, sourds à toute fantaisie, ouvert au surnaturel s'il fait partie de l'héritage transmis. Ils aimaient les entailles bien nettes et tout ce qui rendait un son franc. Et malheur à la bête qui s'écarte du troupeau, et sus à l'intrus, à l'étranger, à l'empêcheur de semer en rond. Ils furent d'autant plus choqués que Mesloub était resté entièrement des leurs, au contraire des autres jouvenceaux qui s'en étaient revenus de la grande ville tout coquetant de leur savoir. Lui n'avait rien oublié des choses de la terre et même, faisait montre d'une adresse et d'une science que les plus anciens accueillirent avec respect.
Bien avant sa danse au soleil, Mesloub avait donné quelques motifs d'étonnement. Ainsi on répétait à l'émoi que sur ses terres les serpents pouvaient en toute quiétude dérouler leurs anneaux et qu'à part les rats il ne tuait pas grand-chose. On avait beaucoup ri de ses haies d'aubépines et on lui avait patiemment expliqué que les oiseaux et les mîlots, sans parler des belettes et des hérissons auraient tôt fait de les coloniser. On raconta cette chose incroyable, que quelques jours avant sa fameuse danse on le vit verser une larme sur une hulotte blessée par balle et qui était venue mourir sur son perron. Pleurer un oiseau de la mort, un messager des ténèbres, pour sûr que déjà dans son crâne l'araignée tissait sa toile.
Hélas, les derniers doutes se dissipèrent bientôt comme brouillard au soleil. L'automne s'était installé sur la campagne faisant roussir les platanes. Les cultures d'hiver attendaient les premières ondées et les larges feuilles bleutées des choux-fleurs s'élevaient comme des prières. La soudaine alacrité de l'air posait les bornes des premiers froids. De grands vents déferlèrent sur la terre venant du fin fond de la mer.
Par : Ahmed Kasbadji.
La vengeance des mots
Lorsque le droit à la parole fut sévérement limité, quelques-uns s'en approprièrent la jouissance et tombèrent dans les pires excés. Sans doute n'avaient-ils pas d'intentions malveillantes ou de desseins à long terme. C'étaient des hommes comme les autres.
Les hasards de l'histoire leur avaient mis entre les mains l'arme à double tranchant du pouvoir et, naïvement, ils se trouvèrent pris à leurs propres pièges.
Pauvres apprentis sorciers, ils se mirent à jouer avec les mots comme s'il se fût agi d'objets ou d'une matière inerte. Ils les manipulèrent, les démembrèrent, les disloquèrent, les affublèrent d'oripeaux de cirque, les alignèrent comme des soldats à la parade. Nous vivions alors dans le langage comme dans une tour de Babel. L'écho nous renvoyait nos propres phrases vidées de leur sens. Voyageurs perdus, nous cherchions notre chemin dans une forêt de signes indéchiffrables.
Certains furent saisis par la logorrhée. En serviteurs zélés, ils devançaient les désirs de leurs maitres dont ils s'attiraient en retour le mépris. D'autres devinrent carrément muet. D'autres encore sombrèrent dans une sorte de folie. J'ai connu un linguiste qui passa toute une vie à confectionner un étrange dictionnaire. Il prenait systématiquement le contre-pied de chaque vocable.
- Démocratie : dictature
- Liberté : répression
- Permis : interdit
- Lumière : ombre
- Abondance ; pénurie
- Joie : tristesse.
Aucun éditeur n'accepta de publier son oeuvre.
Aujourd'hui, on discute à perte de vue sur le fait de savoir où résidait alors le courage. Rester assoifés dans le désert du langage ou partir ailleurs à la recherche de sources vives. " Ne croyez pas, nous disent les exilés, que ce fut facile. Nous avons dû nous imposer à la force du poignet, dans un milieu souvent hostile " . A la vérité, ce ne fut facile pour personne. Ni pour ceux qui partirent, ni pour ceux qui restèrent.
Selon certaines informations, il semble que les mots nous ont été rendus. Nous n'osons trop y croire. D'ailleurs ils se vengent de cet absolu de silence où ils ont été si logtemps relégués. ça et là nous les voyons réapparaître. Il nous faudra beaucoup d'attention, beaucoup de patience pour les apprivoiser, pour les convaincre que nous parlons vrai et que leur souveraineté n'est plus menacée.
Par : Josie Fanon.
L'arthrite
Il a refusé de faire ses papiers d'ancien moudjahid. Pourtant, lui Otchimine, comme son épouse Dhaouia, était très actif pendant les années de guerre contre le colonialisme. Ils ne veulent même pas en parler.
Et quand le sujet s'invite dans une discussion, ils préfèrent dire " on a fait notre devoir d'Algériens, notre seul but était de voir les enfants libres dans un pays indépendant ". Il a travaillé comme veilleur de nuit dans une société nationale, jusqu'à sa retraite. Il a sa pension comme chaque ancien trimeur. Oui 14.000 dinars par mois. C'est pas rien. " c'est plus, dit-il chaque fois en rigolant, c'est trois fois rien ".
Ce qui fait qu'une fois retraité il s'est transformé en veilleur de jour, pour attendre les liquidités qui ne sont presque jamais disponibles au bureau de poste le jour où il doit percevoir "latrite" et veilleur de nuit car tenu éveillé par l'arthrite qui le ronge.
Il fait du cumul le Otchimine sans fiche de paix. Son épouse, qu'il refuse d'appeler "ma femme" ne peut plus lui donner un coup de main car abîmée par tous les petits travaux qu'elle prenait à domicile. Tantôt elle était machine à laver, tantôt machine à rouler le couscous, tantôt transformant ses deux pièces en crèche. Le Otchimine ne se plaint jamais. Mais il refuse d'accepter que le Smig, prenne l'allure d'une revendication sociale. C'est une nécessité elle est vitale yal khaoua, qu'il dit à ses compagnons de fortune. Elle doit être systématiquement recalculée et revue à la hausse dès que les chiffres de l'inflation sont à la hausse. On nous la présente comme un cadeau, un service qu'on rend aux crève-la faim, depuis le début.
Les patrons de l'Algérie, c'est-à-dire les syndicats devenus syndicats par on ne sait quel casting, le gouvernement et n'est pas au gouvernement qui veut, les patrons privés grâce à l'argent public, ceux-là mêmes qui décident de l'augmentation des prix et prestations, ceux-là décideront après, de l'augmentation du salaire minimum, cela s'appelle du tmaskhir. Je ne connais pas la racine de ce mot, mais sûrement que pour une racine elle doit s'alimenter dans les eaux usées d'une langue morte, tuée par le ridicule.
Par El-Guellil
(Le quotidien d'Oran)


El Ghorba n'est plus ce qu'elle était
El Ghorba n'est plus ce qu'elle était. Naguère phénomène temporaire par excellence, elle s'est mue peu à peu en fait socio-économique dominant intérieur au pays d'immigration au point de perdre jusqu'à son nom et, à la limite, ses symboles.
Vieillir ou ne pas vieillir en France ? Le fait même que cette question se pose en dit long sur l'ampleur des mutations subies par l'émigration algérienne depuis les années vingt qui ont enregistré les premiers flux significatifs de travailleurs algériens vers la France. C'était dans la quasi majorité des cas le fait de travailleurs isolés, contraints par le chômage et la misère à s'expatrier en France où leur extrême mobilité sociale et professionnelle en faisait une main d'oeuvre appréciée et recherchée.
Jamais, à l'époque, il n'y a eu d'insertion de ces travailleurs, qui vivaient en marge de la société française au point de constituer un monde à part qui se limitait au chantier ou à l'usine et au foyer-hôtel, lieu de dénuement, de rêves nostalgiques pour le pays, le village, la famille, les amis. C'était l'époque des mandats envoyés chaque mois à la famille. C'était l'époque où le retour au pays, rêve parmi les rêves, constituait l'unique et puissante aspiration.
Depuis, les choses ont bien changé. L'émigration de travail, l'isolement, l'exil, la nostalgie lancinante du pays, bref tout ce qui personnifiait " El Ghorba " ont fait place à une communauté structurée et stable dont l'établissement dans le pays de résidence n'a plus rien de temporaire.
C'est que l'émigration algérienne a subi de profondes mutations. Les travailleurs isolés ont fait place à l'émigration familiale qui a donné naissance au phénomène de la seconde génération.
Les mutations enregistrées n'ont pas, à ce jour, fini de faire sentir leurs conséquences mais on peut d'ores et déjà faire le constat suivant : la nature des liens que les émigrés ont entretenus avec le pays jusqu'aux années 60 grosso modo s'est considérablement modifiée. Le changement a d'abord touché les rapports économiques, parce que l'établissement sur place de la famille a considérablement tari les flux financiers. Ceci en raison de cela, le travailleur algérien aspire moins au retour au pays, ayant déjà les siens auprès de lui. On constate enfin une volonté d'insertion dans la société d'accueil liée à l'émigration familiale, absente et pour cause chez les premiers immigrés.
Tout ceci ne veut pas dire bien entendu qu'on se dirige tout droit vers une rupture totale des liens avec le pays. Il existe en effet chez les Algériens émigrés un puissant sentiment d'identification au pays et à ses valeurs, ce qui se traduit notamment par une recherche constante d'une algérianité que chacun considère ici comme son bien lec plus précieux.
Dès lors, quel que soit le choix des émigrés quant à leur établissement définitif en France, une chose paraît certaine : l'aspiration au maintien des liens avec le pays car chacun sait qu'un " homme privé de ses racines est comme un homme amputé ".
Par : A.C (Actualité de l'émigration).
Ca va bien

Khelli el bir avec son couvercle. Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre. Mais, s'il vous plaît, essayons quand même. On sait qu'en cette période "le champ", comme à un téléphone portable, peut vous manquer. Mais, s'il vous plaît, essayons quand même de nous mettre au diapason. Nous allons éviter de parler de nos problèmes. Nos machakil, qui ne dépendant pas de nous, laissons-les de côté. Pour un moment, disons que tout va bien. L'école ça va. C'est la classe. Les enseignants "va qu'à taire". Les grèves, ils ont raison. Les enfants ça passe après. La bouffe ça va, el-hamdou lillah. On mange juste pour ne pas crever. El-ma, il y en a à gogo, mais comme on n'est pas des gens sales, on se douche rarement. L'électricité ce n'est pas ce qui manque dans l'air. La Palestine ? Demandez à Obama et au Qatar ce qu'ils en pensent. Abou Dhabi veut remplacer Hollywood et ce n'est pas du cinéma. Les Arabes sont tous ça va. Ils n'arrêtent pas d'acheter des armes. Les plus sophistiquées. Pour devenir de vrais mouchahidine. Saddam n'est plus. Il n'y a plus de dik tâteur pour déranger les poulaillers. Il "reste Kaddafi", c'est le nouveau Ben Laden, et je parle qu'à la veille de la présidentielle française, on va le trouver et le juger. En attendant la Libye ça va, il reste quelques hôpitaux pour recevoir les mourants. Le programme télévision c'est très bon, ils nous font rire. Les émissions se suivent et se ressemblent. Surtout quand on sait que ce sont toujours les mêmes qui se partagent le budget de production. Mais tant que ça fait rire, maâlich. Les cancéreux ça va. La grippe ça va...venir pour l'instant elle n'est pas là et les vaccins ça peut attendre...Nos ministres vont se faire soigner à l'étranger, eux et leur entourage. Donc ça va. A leur retour, ils seront ministres de sinistres. Puisque nous autres, on sera chez moulana en train de les attendre. Alors là, ça va plus. On ne pardonnera pas. On ne pardonnera jamais à ceux qui ont géré leur carrière au lieu de gérer le pays.
Ghadoua el aïd

La Tunisie vote. Khadhafi n'est plus l'alibi en Libye. Le Yémen n'a qu'à bien se tenir. L'Arabie Saoudite a perdu son prince héritier, le Conseil de famille va choisir son successeur à vote secret. C'est-à-dire au sein d'un beau palais pas laid du tout. C'est la démocratie. On ne sait pas si les femmes auront le droit de vote, sachant que ce sont elles qui font et défont les royaumes des mille et une nuits. La Syrie rit jaune et rouge . En Palestine se passe un troc politique exprimé par l'échange de prisonniers. En Egypte le sphinx n'a toujours pas retrouvé son nez. Le Bahreïn joue à huits clos.
La Turquie tue qui, c'est le séisme. Des humanitaires ont été enlevés au Sahara Occidental, bien entendu on veut coller ça au terrorisme du Sahel, comme si le royaume était, lui, sahel. L'Europe veut injecter beaucoup de milliards pour sauver sa graisse. Mais la Grèce va devoir faire une cure d'amaigrissement.
L'Espagne veut interdire la tauromachie, pendant qu'en France Sarko veut battre Hollande et les Français battent en retraite. Les Russes ce n'est pas du gâteau, ils l'ont fait savoir après avoir mis leur veto sur les mille feuilles du Conseil de sécurité.
Et nous et nous et nous un seul leitmotiv : Kebch el aïd.
A quel prix va-t-il être proposé par les maquignons en ces moments d'inflation ? En ces moments où le Conseil économique et social doit rendre son rapport sur toutes les rencontres qu'il a faites avec la société civile constituée de sectes, saktine toute l'année et qui se mettent à bouger à la veille de la distribution des subventions. Des associations où le président est le fondateur de l'association, l'épouse la chargée de communication et les enfants responsables de l'organique. C'est des fondateurs de familles qui sont les premiers à revendiquer la démocratie en haut lieu. Mais qui se taisent dès qu'ils sont en ces lieux. Ghadoua el aïd neddebhou Aïcha oua Saïd, c'est pas gentil ça comme slogan ?
Par El-Guelil " Le Quotidien d'Oran"
La pétaudière
Depuis un moment, pétaudière est un vocable qui traverse souvent mon esprit. Je ne comprends pas pourquoi, Mon humour préjuge-t-elle de la situation du moment ?
Mes lectures actuelles m'imposent-elles un vocabulaire ? J'ai relu Albert Camus. Je feuillette Roger Garaudy. Et je compte, dès demain, entamer le dernier Goncourt. Pétaudière revient à mon esprit comme l'air d'une chanson aimée et mise de côté par le quotidien, sans volonté. Il remonte du fond de ma situation. Je fredonne cet air à niveau des oreilles, pour me rappeler " Regarde bien petit, regarde bien...sur la plaine là-bas...A hauteur des roseaux...y a un hom...". Air d'une chanson triste où la solitude tombe comme un couperet.
Pétaudière revient à la charge, je n'en dessine pas le sens. C'est une clé de mots croisés. Ce vocable s'affirme au-delà de toute réalité politique. Il entame son périple dès la seizième lettre de l'alphabet. Il n'est plus question d'échapper ni au moment présent ni aux sens de mes lectures. Je cogite, tout seul, dans mon coin. Attitude stérile : élucider une grille de mots croisés. Rien ne transparaît de l'écheveau du moment. Ni à l'horizontale, ni à la verticle.
Le poète, arpenteur du désert, avouait la torture de la syntaxe. Il en assume les risques. Les mots ne sont pas une matière inerte. Ils ont une conscience dont l'homme est, parfois, incapable. Ils s'imposent, s'exposent et se limitent. La peur en fait partie. La censure itou. Le poète assure sa métaphore loin des représailles. Air d'une chanson . Lancinance de la mémoire.
Les mots ont mal à leur pluriel. Les mots ont de ces maux. Stupidité d'un cliché ou recherche de l'article littéraire. Pourquoi le sens caché ? Je n'assume rien. J'actionne une mémoire possible. Je cautionne la philosophie de l'absurde. La réalité, dès lors, ne m'instruit pas. Elle ne découle d'aucune règle. Elle prend l'apparence d'une pétaudière. Me voilà au gué de l'expression !
Pétaudière procéde de la confusion et de la cacophonie. Tout s'entremêle dans ma tête. I y a une sorte d'échelle des valeurs. Le décibel a sa résistance auditive. Mais l'agression continue en diminue la capacité. Je continue de croire à la vertu du dialogue. Je crois donc en la force des mots. Ceux-ci régentent le monde. Ils régentent, ma vie, c'est une question de sens et d'entendement. Ecrivez amour : vous verrez que le sens varie d'un homme à un autre homme, d'un système à un autre système, d'un parti à un autre parti. Pourtant, chacun part d'une seule et même définition possible. Réunissons tout ce beau monde : nous aurons une pétaudière. C'est le propre d'une réunion. Je veux m'en convaincre et n'y arrive pas.
A suivre...
Il y a des sens propres, des sens vrais, des sens figurés, des sens possibles...Il n'y a aucune limite à l'intelligence . Je voudrais me situer dans tout cela. Le mot se dilate, au gré de divers paramètres, jusqu'à se blanchir. Le mot s'arrache à sa paisible retraite et à son apparente neutralité. Il va de classe en classe. Il donne raison à toutes les interprétations. Le reste est une querelle partisanes. Cela ne fait que commencer chez nous.
L'héritage de la Cour du roi Pétaud se mesure à l'ingéniosité de ses mendiants. La dérision fut poussée à son extrême. Pour s'entendre, il ne suffisait plus de crier. Il fallait se laisser aller et suivre le courant.
C'est peut-être cela la démocratie. Il y a du génie dans cette combinaison lexicale. Tout le monde parle. Tout le monde écoute. Chacun participe à la prise du pouvoir. A la confection de la décision. C'est un problème de choix. J'avoue ne pas faire de lien entre la démocratie et la pétaudière. J'ai peur de m'y risquer. A moins que ce ne soit la pile ou la face de la même pièce. Ah , la mythologie des mots qui charrient des situations aussi complexes que merveilleuses...Je ne conclue pas. Je me permets de citer Paulin Joachim qui écrit dans son Testament.
" Ce n'est pas encore l'insomnie de l'âge et ce n'est pas non plus le séisme dans les plis de ma plaine désolée puisque voilà l'héridité spasmodique, ma parole qui continue plus fort à s'animer à l'embouchure du sang ".
Source : Par Youcef MERAHI.
Guerre de formes

L'un n'aime pas l'autre, l'autre n'aime pas l'un, les deux ne sont pas d'accord avec le troisième, le quatrième les tolère à peine, mais tous tentent de composer hypocritement et font semblant de pouvoir dépasser le futile au bénéfice de l'essentiel. Je t'aime moi non plus. On s'embrasse à couteaux tirés. Et ça organise des réunions, des colloques et des sommets pour mieux connaître l'avis de l'autre, afin de mieux le détruire.!
En attendant que l'intolérance sorte ses casques et ses bottes pour écraser l'autre.
C'est valable à l'intérieur de tous les pays du monde et entre tous les Etats du globe. En Occident c'est la droite, la gauche qui s'entretuent pour gagner les voix du centre commercial. En Orient, c'est un peu plus compliqué, la sunna, la chiâa. Les frères musulmans et les salafistes. Bon on ne va pas faire de politique c'est mauvais pour le morale. Car la politique est fille de la diplomatie et de l'escroquerie courtoise. C'est aussi l'art de supprimer les mécontentements. Tout un programme quoi. A géométrie variable. C'est d'ailleurs pour cette raison que le Triangle est très triste. Car au pays de la géométrie, les triangles sont mal aimés.
Les ronds malgré la fermeture des cercles disent que les triangles ont trop de côté, les carrés, qu'ils n'en ont pas assez, et les losanges les traitent de demi-portion.
Alors un jour, monsieur Triangle trouve que ce n'est pas juste et décide de réagir ! Avec ses amis triangles, il fait brûler toute forme de différence, ils pendent les ronds, lynchent les carrés et massacrent les losanges ! Et bientôt, bonheur, il ne reste plus que des triangles.
Monsieur Triangle est content. Mais quand même. Il n'apprécie pas beaucoup monsieur Triangle Rectangle avec son air supérieur. Sentant leur mort prochaine, les triangles rectangles se constituent en cercle pour défendre leur carré, un cercle formé par des triangles , pourquoi pas ?
Par El-Guellil " Tranche de Vie" (Le quotidien d'Oran)
Clochard

Avec les froids nocturnes, les sans abris réaparaissent sur les bouches d'air des boulangeries à la recherche d'un peu de chaleur. Hypocritement, on les appelle "sans domicile fixe", alors que de domicile, ils n'en ont point, fixe ou pas.
Ce soir, un ami me faisait remarquer qu'il y avait une personne qui dormait dans l'entrée de l'immeuble à côté du sien, toutes les nuits, quelle que soit la saison, depuis des années ; une sorte de fixe sans domicile
Dans mon enfance, on les nommait "clochards", personnes qui, en règle générale, avaient choisi de se mettre en dehors de la société, de se tenir à l'écart de leurs semblables et vivotaient de ci de là, souvent la bouteille de vin à portée de la main
Aujourd'hui, nous rencontrons beaucoup plus souvent une clochardisation subie, une société rejetant certains de ses constituants dans une non-vie incertaine
Mais, ceci dit, savez-vous pourquoi on appelle ces exclus des clochards ? Il se trouve qu'au Moyen-Âge, à la fin des marchès, on sonnait la cloche qui était le signal pour les pauvres qu'ils pouvaient venir glaner les invendus, les fruits plus très frais, les légumes flétris. Ceux qui répondaient à ce signal étaient, de manière méprisante, appelés des clochards.
Finalement, peu de chose a changé depuis
Hier avant le passage du camion de ramassage des ordures dans cette rue-marché quotidien, une meute d'enfants et de femmes, courbés nez sur l'asphalte dégueulasse, s'arrachaient les légumes pourris et les fruits piqués par les "légumiers" en fin de journée.
Alors clochard ? Non, ce sont des pauvres. Ceux qui ont honte de tendre la main. Mais qu'on courtise lors des élections.
Par El-Guellil
Confusion

Quoi que tu fasses tu es dans la bouse. Tu ne sais plus sur quel pied danser. Ton attitude, ton comportement, tes gestes, ta situation sociale, tout est décrypté, lu, interprété, chacun y va de sa langue-loupe qui ne loupe rien. Te voilà donc traité de débile si tu te tais, de fier si tu te sapes bien. Normalement habillé, on te considère comme mendiant. Gentil, tu es animal, turbulent, tu es mal éduqué. Machi matrabi. Pauvre, tu es misérable. Riche, tu dois naviguer dans l'argent sale. Instruit, khanez culture. Tu caches ta connaissance, c'est que tu n'es sûrement pas un être humain. Tu évites les gens, metkabbar, il se prend pour une m...(hachakoum). Tu parles avec tout le monde en toute modestie, te voilà mechtak maarifa. Tu dors, on te réveille. Tu te réveilles, on te fatigue. Tu es fatigué, on te rend malade. Tu es malade, c'est bien fait pour toi, tu mérites pire, rabbi ykhallas. C'est de la folie furieuse. Alors quand la vie te présente mille raisons de pleurer, montre-lui que tu as mille raisons pour sourire.
Un jour, un sage a vu un scorpion se noyer et décida de le tirer de l'eau, et lorsqu'il le fit, le scorpion le piqua. Par l'effet de la douleur, le maître lâcha l'animal qui de nouveau tomba à l'eau en train de se noyer. Le sage tenta de le tirer nouvellement et l'animal le piqua encore.
Quelqu'un qui était en train d'observer se rapprocha et lui dit :
- Exusez-moi, mais vous êtes têtu ! Ne comprenez-vous pas que à chaque fois que vous tenterez de le tirer de l'eau, il va vous piquer ?
Le sage répondit :
La nature du scorpion est de piquer, et cela ne va pas changer la mienne qui est d'aider.
Alors, à l'aide d'une feuille, le maître tira le scorpion de l'eau et sauva sa vie et continua.
Ne change pas ta nature si quelqu'un te fait de mal, prends à peine des précautions. Les uns poursuivent le bonheur, les autres le créent.
Par El-Guellil (Quotidien d'oran)
Agression

Un matin de décembre, une journée qui commence. Une journée ouvrable, où tout est fermé. Mais lui travaille. Il sort de son chez-lui. Il franchit le seuil de son domicile en engageant sa jambe droite, car la gauche porterait malheur - c'est ce qui se dit " Dir enniya ". C'est ce qu'il fait . Ses yeux sont agressés par un sac poubelle déposé sur la première marche de l'escalier qu'il s'apprête à emprunter. C'est sûrement un enfant qui a eu la flemme de le mettre là où il faut. ça peut arriver. Il se tient à la rampe pour accompagner la descente de son corps que ses jambes n'arrivent plus à porter. Il sent un liquide sur sa main gauche. Khkh. C'est un crachat. Deuxième agression. Il retourne chez lui se laver " les outils gifleurs ". Désinfecté. Il refait la même chose. La jambe droite d'abord. La rampe jamais, quitte à se casser la gueule. Il arrive au bas de l'immeuble, un groupe matinal est là rassemblé. Ils attendent que cesse la pluie pour pouvoir reprendre leur chemin. Agression. Il s'excuse, lançant un " Sbah el khir ". Seul un jeune homme se racle la gorge avant de lui cracher un " salam " en plein tympan, et bouger pour lui laisser le passage. En retard, il hèle un taxi, déjà plein qui le dépose à quelque cent mètres de son boulot. Agression. Tant mâle que mâle, il prend son mal en patience, il n'en est pas à une agression près.
Sa journée de travail est malmenée par la " journée de présence au travail " de certains. Mais celle-là c'est une autre forme d'agression dont il est habitué. Fin de journée. Il rentre chez lui par ses propres moyens car le chauffeur de l'entreprise à été faire sa prière à la mosquée. Allah yakbal. Agression. Il rentre chez lui. La douche c'est pas possible. L'eau boude le robinet. C'est l'agression historique. Il fait ses ablutions. Rattrape ses prières de la journée. Il s'installe devant la télé. "pas de signal". Il dine, el eucha, puis el Icha. Aîcha bonne nuit je m'en vais dormir. Il tente de trouver le sommeil qui le trouve...quand une sirène-alarme déchire l'air. Il est cinq "heurts" d'un autre matin qui commence par une autre agression. La sirène-alarme réveille les coqs, qui se mettent à chanter, les pattes dans la m (hachakoum) dans ce quartier résidentiel, une coquophonie : " wahran wahran rohti khsara ".
Par El-Guellil " Le quotidien-d'Oran"
Bonheur

Une vie tranquille. Bien réglée. Droite. Sans surprise. Du jour au lendemain, elle peut tourner au cauchemar. Sans préavis. Sans aucun avis préalable. Aucune palabre pour négocier le retour à la vie d'avant. D'avant les grands tourments.
Le bonheur se mérite. C'est pourtant vrai comme axiome. On n'est heureux que si on en manifeste l'envie. N'est pas enthousiaste qui veut. Alors braves gens, écoutez les conseils des bienheureux. En général, ce sont des gens simples qui enchantent le moindre fait - même le plus anodin - , comme écouter le chant d'un oiseau. Admirer les paysages que Dieu a faits. Sentir les odeurs d'une nature naissante. Rencontrer un visage ami. Sourire au passant inconnu qui vous le rend bien. Rire de bon coeur. Tirer le meilleur de ce qui nous arrive. Etre attentif au monde qu'on reconnaît comme une chance de vie infinie. Vivre plein et pleinement.
Aimer aussi de manière sincère n'est pas un acte simple. La joie est plus difficile à cultiver et à communiquer que la tristesse. Sort des moins courageux. Le courage, c'est la volonté de bâtir le bonheur ; la volonté, c'est de le conserver quoi qu'il arrive ou quoi qu'il n'arrive pas. L'état de grâce est le résultat d'une attitude souveraine.
Pareil que l'an passé, mes meilleurs voeux pour que sorte bladi de cette phase d'incertitude. Puisse la nouvelle année souligner la vieillesse de la classe politique et remettre le bled, géré pendant un demi-siècle par les mêmes, entre les mains des 75% de jeunes et que s'accélère le divorce sociologique.
Nos voeux pour que s'aperçoivent ceux qui ont eu le mérite de libérer le bled, de leur incapacité à le construire. Qu'ils reconnaissent que, pour eux, le pouvoir n'est pas un moyen de servir un quelconque projet, mais une finalité. Qu'ils n'ont ni programme ni vision. Qu'ils ont passé leur demi-siècle aux commandes de ce bled à se méfier de tout et de tous. A régler des comptes à tout et à tous. De faire appel à l'Histoire pour nous raconter des histoires. A dire une chose et son contraire.
Puisse la nouvelle année mettre à nu l'incohérence qui règne actuellement et faire aboutir au moins une réforme : la réforme du personnel politique. Mes voeux pour que s'arrête la répression systématique de l'opposition, des syndicats autonomes, de la presse, de la justice.
Mes souhaits, pour le Nouvel An, seraient que l'on n'utilise plus la justice et le fisc comme instruments de répression. Que la corruption, institutionnalisée depuis des lustres, soit un mauvais souvenir. Que l'arbitraire politique, qui a tout le temps gangrené la gestion économique, In Chaallah, n'ait plus droit de cité.
Meilleurs voeux pour les travailleurs qui l'ont compris, qui relèvent les défis et qui, avec les moyens du bord, à défaut de mise à niveau, préfèrent parler de "mise à nif-haut".
Par El-Guellil
Rien qu'à toi

Ta voix si chaude, si douce qui exhale comme un exquis parfum. Elle a porté ma jeunesse, elle porte le soleil, les étoiles, toute la lumière du monde. Elle porte des vagues qui cognent et recognent dans mes oreilles et éveillent en moi une si irrésistible envie de t'étreindre dans mon coeur. ô toi première femme de ma vie. Oui je l'ai toujours en moi ton visage, je vois tous les jours à travers ton regard, les stigmates de la souffrance et les rides creusés par le travail. Les nuits sans sommeil où, sur le balcon tu attendais que je sois là. Et ton visage buriné par le temps prenait une splendeur que seule la beauté de l'amour peut donner. " C'est maintenant que tu arrives ? Tu sais très bien que je ne dors pas tant que tu n'es pas rentré." . Sur la pointe des pieds, je me dirigeais vers la cuisine pour digérer ma soirée et avaler tes remontrances ponctuées du sourire bruyant que je sentais vibrer sur ma nuque. Tu es la première femme que j'ai aimée. Toi qui te réveillais avant tous, pour t'assurer que je ne serais pas en retard. " Noud noud, me chuchotais-tu, posant tes mains sur mon visage. Tes mains, ces mains qui ont passé leur vie à servir, à bercer, à caresser, à essuyer les larmes. Ces mains marquées par le travail sont d'une beauté extraordinnaire. Toi la première femme que j'ai aimée. J'écartais mes paupières et je voyais ton sourire. Tu resplendissais d'amour, de paix et de bonté...
Ces matins-là. Par delà la vie, ta beauté resplendit dans mon coeur...Toi la première femme que j'ai aimée. Ton amour infini, inconditionnel continue à vivre en moi, à me rendre meilleur chaque jour...
C'est grâce à toi que j'ai pu vivre loin de toi. Quant à mes mots coléreux, pour un rien, malheureux, ils me dépitaient. Chaque fois, je les regrettais et, sans te le dire, je quêtais ton pardon. Chaque fois que tu me le donnais. Aujourd'hui, c'est moi qui te demande pardon pour tout, à toi, la première femme que j'ai aimée. La première femme de ma vie. Ma mère.
Par El-Guellil.
" Sidi Silence "

Galou comme quoi que les Algériens, c'est-à-dire nous autres, avons peur de dénoncer la corruption. Voilà une conclusion qui va nous aider à comprendre qu'ils n'ont rien compris. Ou bien qu'ils ont tout compris ! Ils ont compris que nous avons compris qu'il n'y a rien à comprendre. La seule chose dont nous sommes certains est que le poisson pourrit par la tête. C'est ainsi qu'il perd un "S" pour se transformer en poison. Et ce "S", nous autres, qui n'avons rien à comprendre, on l'utilise pour mettre une majuscule à Silence. Soukout. Samte. Le "S" majuscule devient rempart pour notre Sécurité.
Il ne s'agit pas de dénoncer le fonctionnaire corrompu. Mais celui qui l'a installé à ce poste. Il s'agit de dénoncer les cooptations. Les recrutements de complaisance et la "slala". Ce n'est que lorsque la compétence deviendra le seul critère d'embauche, que se dessinera l'ébauche d'une lutte en amont contre la corruption.
Au lieu de dépenser du fric pour des sondages, utilisons cet argent pour une autre enquête. Prenons au hasard une société nationale, ce qu'on appelle communément une entreprise publique, et tentons de remonter l'arbre généalogique ou l'arbre "gé(né)ographique" du personnel en poste. Se dessinerait alors certainement une image inquiétante qui permettrait de décrypter le mal qui ronge la société. Et l'état et les tares du secteur de d'Etat. Le cousinage et le cuisinage à l'origine de la corruption.
Arrêtons de faire semblant de voir. Il n'y a qu'à regarder autour de nous ces bâtisses qui poussent et se demander à qui elles appartiennent et comment elles ont été construites, avec quel argent, pour remonter les filières de l'architecture de la corruption. Pourquoi voulez-vous qu'un guellil dénonce un zaouali qui a reçu cent dinars pour activer le retrait d'un extrait de naissance quand, à côté, des marchés non Silence ! Sidi Silence est notre ouali protecteur !
Par El-Guellil
Dodo, bébé

Les bébés, même s'ils saluent leur arrivée parmi nous par un pleur, communiquent par le rire avant même de prononcer leur premier mot. Ce qui déclenche le rire, différent peut-être d'un individu à l'autre, mais les bienfaits qu'il prononce sont, eux, universels. En voici un aperçu compilé juste pour vous.
Le rire est l'un des remèdes les plus faciles, économiques et efficaces contre le stress. Il amène l'hypothalamus (situé à la base du cerveau) à sécréter des endorphines, aussi appelées "hormones du bonheur". Les endorphines apaisent le corps et apportent un bien-être en réduisant les excès d'adrénaline et de cortisol (hormone en jeu dans le stress). Le rire permet aussi de relâcher les muscles tendus et de libérer l'esprit de ses préoccupations.
Le rire diminue le taux de cortisol, hormone qui inhibe l'activité du système immunitaire dans le corps. Il contribue ainsi à accroître la production d'anticorps capables de protéger l'organisme contre les virus et les bactéries.
Des expériences ont démontré qu'une séance de 10 minutes de rire a pour effet de réduire la pression artérielle. De plus, le rire améliore la circulation sanguine et l'oxygénation du muscle cardiaque, ce qui diminue le risque de formation d'un caillot sanguin.
Le rire favorise la sécrétion d'endorphines dans le corps, hormones qui contribuent à atténuer la douleur.
Le rire stimule la digestion. Le "massage des organes internes" provoqué par le rire stimulerait la sécrétion des sucs pancréatiques, ce qui aurait pour effet de régulariser la digestion et de freiner l'acidité de l'estomac.
Ecouter une comédie ou se raconter des blagues avant d'aller au lit est une bonne idée, car le rire prépare au sommeil en relâchant les tensions internes. Après avoir ri, nos muscles sont dans un état de relaxation qui facilite le dodo. Vous comprenez pourquoi toutes ces réformes politiques sont là pour nous faire rire et nous permettre de dormir sur nos deux oreilles.
Par El-Guellil
Les idéaux !

Que sont-ils devenus, nos idéaux de compassion, de partage, de solidarité ? Des voeux pieux ! La vertu n'est plus qu'un vain mot. Notre nature s'est réfugiée dans les souterrains de l'accumulation de biens. Même pas le mal.
Trop de gens se contentent et avalent en lapant ce que leur concoctent en images les chefs sédentaires. Le Grand Mensonge, ce " on " gouverne par l'assemblée des " autres " : les détenteurs et garants de la " norme ". Ils nous ont inventé des choses aussi étranges que familières. La propriété, le pouvoir, les guerres, les nations, les marchés financiers, l'internet, le couple, l'automobile, l'avion, les vacances, la haute couture, les diplômes, la solitude, le crédit, l'individu, les riches Ouzid ouzid.
En devenant sédentaires, nous avons appris à manipuler le pouvoir des uns sur des autres. Notre nature originelle, celle de l'homme libre, debout, cheminant avec ses frères vers de nouveaux horizons à découvrir, s'est diluée dans des valeurs agressives, compétitives, possessives des hommes enracinés, jaloux de leurs territoires, installés, immobiles et même capables d'envahir économiquement, culturellement, voire militairement l'espace des plus modestes pour agrandir davantage et encore davantage leurs champs de possessions, de pouvoir et des risibles vanités, les princes et valets du mensonge.
Alors on tente de se protéger. On met des masques. On les installe et, bien qu'ils soient à notre effigie, ils ne sont que des portraits plus ou moins réussis de notre " moi " formé, éduqué, dressé par la myriade des autres qui nous entourent depuis notre venue au monde : parents, famille, école, copains et j'en passe.
Souvent, l'ange derrière le masque est un inconnu que nous ne ressentons que dans de rares moments. Là où nous frôlons sa présence, son sourire, son étreinte...Là où nous recevons quelques coups !
Par El-Guellil.
Coulitouna

On la joue d'abord socialiste spécifique. Plus avant-gardiste que tahadi, plus pro-prolétariat que Lénine et on se la coule douce. Koulou, mais restez cool !
Ensuite, fédéré aux modérés. On parle de réformes et de mutations. On accuse tout le monde, les amis et les ennemis. On se met à défendre une constitution fuyante, quelques élections bruyantes et le tour est joué et on se la coule douce. Koulou, mais restez cool !
Méllaprès, on joue au démocrate. On est dans l'urne de verre plus transparente que le fer rouillé. Dans une opposition subventionnée, préfabriquée. On perd. On crie à la triche, on se tire, on tire sa cravate et la chasse derrière et on claque la porte en s'essuyant les mains et on se la coule douce. Koulou, mais restez cool !
Ensuite, on chante le capital plus fort que les capitalistes et on brandit le libéralisme plus haut que les libéralistes. On reproche au socialisme d'avoir fait des socialistes, au marxisme d'avoir fait Marx, aux islamistes d'avoir mélé l'Islam à la politique. On reproche à l'Etat d'avoir joué le rôle de l'Etat. On lui prend le monopole pour se le partager pour l'euro-vision. On monte les syndicats, on les descend, on les remonte et on attend. On s'essuie les mains, on ôte la cravate avant de claquer la porte et on se la coule douce. Koulou, mais restez cool !
Aujourd'hui, ils abandonnent les théories et deviennent manuels. Applaudisseurs de printemps, des printemps arables, se laissent pousser des poils en guise de bourgeons "bougeons ! " qu'ils disent, tout en s'assurant qu'ils ont leur passeport et visa longue durée se demandant comment l'appétit de certains peut défier l'âge et le temps. Comment est-ce possible qu'ils mangent toujours autant ? Et on se la coule douce. Koulou ! Coulitou el bled !
Par El-Guellil.
Nif khoroto
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Nez droit, nez aquilin, busqué ou crochu. Nez en bec d'aigle, pointu en lame de couteau, écrasé ou épaté, nez en pied de marmite, en patate. Nez retroussé, en trompette, installé entre le front et la lèvre supérieure, avec ça vous "pava...nez"...morveux ! C'est cet organe où s'installe le plus aisément la bêtise (comme disait Proust), c'est ce nez que nous avons choisi pour symboliser ce qu'il y a de plus cher chez l'homme : l'honneur, Ennif.
A vue de nez, nous avons tous été "me-nez" par le bout. Ils nous ont caressés dans le sens du poil, si longtemps, sans que l'on puisse sentir quoi que ce soit. Nous avons été les premiers à discourir au sein de l'ONU, dans la langue de l'Anif (lire alif, car je suis enrhumé). Ce même nif nous a fait sortir dans les rues, soutenant haut et fort l'Irak et la science d'El Khaouarizmi. Que de manifs. A ce moment, d'autres appartenant à la même civilisation de l'Anif, refusant de se prendre pour Nifer, ce noyau de la terre, ont su se faire discrets, pour voir leur dette extérieure effacée...Entre El Khaouarizmi et Khaoua...ils ont préféré Errezma...Ils s'en sont sortis le nez en l'air, et nous...le nif indemne et l'économie à plat, en train de nous bouffer le nez..." malme...nez" dans une situation à laquelle la "nez-ologie" n'a pas encore trouvé de nom.
Au vu de tous, la liste "nez-crologique" ne cesse de s'allonger...snif...snif. Pêle-mêle sont inscrits dans des "ai-nez", des "nouveaux-nez"...Nez-vrose partout. Sauf là où tout se "nez-gocie". Dieu merci tout n'est pas "nez-gatif". Confrontés à la dure réalité, nous avons compris que la société devait prendre en charge ses "desti-nez". Une prise de conscience est "nez", des partis aussi, même s'ils sont "parrai-nez" par quelques-uns qui ont froissé la page d'histoire...il y a un début à tout...Commençons donc par le début, faisons ce pourquoi on est payé, mouchons-nous...L'histoire risque de nous passer sous le nez.
Par El-Guellil.
Ragoût et dégoût
L'orchestre des ustensiles de cuisine a démarré très tôt dans la cuisine. La veille, sa femme a noté la recette présentée à la télé. A même essayer de prendre en photo numérique depuis son poste de TV, le résultat final. Elle a aussitôt déclaré à son mari : c'est ça que tu vas manger demain inchallah. Il en a marre de toutes ses nouveautés.
De nouveaux goûts à la mode, lui explique son épouse. Lui, il ne comprend rien à cette mode. Il voudrait retrouver les vrais plats d'antan. L'odeur. Le goût vrai des plats de son enfance. Les gâteaux exhibent des couleurs pastel de colorants industriels.

L'autre jour, il a même vu chez le pâtissier des gâteaux couleurs argent ou or. Avec des paillettes.

Il s'est dit que jamais il n'oserait les porter à sa bouche. Il aurait l'impression de manger un bout de la robe de cérémonie de sa femme. Ecoeurant, Beurk ! Wine raki ya mma ?.
Aujourd'hui, grâce à toutes les facilités offertes à nos femmes, celles-ci se paient le luxe de garder des mains fines et gracieuses. Douces. Qui s'en plaindraient ? Que nos femmes s'usent moins à la tâche, c'est plutôt une avancée sociale notable.
C'est le reste qui préoccupe. En effet, les plats préparés font de plus en plus leur apparition chez nous. Distancés par des fast-foods qui se répandent tels des champignons. On connaît le résultat de toutes ces facilités alimentaires dans d'autres pays. L'obésité. Notre cuisine traditionnelle en fabriquait aussi. Mais elle était plus seine et ne démarrait que plus tard dans la vie. Celle des pays occidentaux touche des enfants dès leur premier âge. Sauve qui peut nos pauvres estomacs qui ne comprennent rien au progrès.
Nos portes-monnaies, eux, se retrouvent amaigris par des dépenses poussées par une réclame sans cesse clamant des nouveautés culinaires. Monstres marketing. Reprenons nos valeurs de table - simples et accessibles - celles qui nous donnaient du bonheur et non de la frustation. Wine raki ya douara


el felfel,

el batata à toutes les sauces ?

Dans nos assiettes un oeuf dur mayonnaise chichement décoré pour tromper le palais et s'installer dans le royaume de nos habitudes alimentaires. Soldats, garde fous...heu enzime garde-à-vous. 

Par El-Guellil
Ragoût et dégoût
L'orchestre des ustensiles de cuisine a démarré très tôt dans la cuisine. La veille, sa femme a noté la recette présentée à la télé. A même essayer de prendre en photo numérique depuis son poste de TV, le résultat final. Elle a aussitôt déclaré à son mari : c'est ça que tu vas manger demain inchallah. Il en a marre de toutes ses nouveautés.
De nouveaux goûts à la mode, lui explique son épouse. Lui, il ne comprend rien à cette mode. Il voudrait retrouver les vrais plats d'antan. L'odeur. Le goût vrai des plats de son enfance. Les gâteaux exhibent des couleurs pastel de colorants industriels.

L'autre jour, il a même vu chez le pâtissier des gâteaux couleurs argent ou or. Avec des paillettes.

Il s'est dit que jamais il n'oserait les porter à sa bouche. Il aurait l'impression de manger un bout de la robe de cérémonie de sa femme. Ecoeurant, Beurk ! Wine raki ya mma ?.
Aujourd'hui, grâce à toutes les facilités offertes à nos femmes, celles-ci se paient le luxe de garder des mains fines et gracieuses. Douces. Qui s'en plaindraient ? Que nos femmes s'usent moins à la tâche, c'est plutôt une avancée sociale notable.
C'est le reste qui préoccupe. En effet, les plats préparés font de plus en plus leur apparition chez nous. Distancés par des fast-foods qui se répandent tels des champignons. On connaît le résultat de toutes ces facilités alimentaires dans d'autres pays. L'obésité. Notre cuisine traditionnelle en fabriquait aussi. Mais elle était plus seine et ne démarrait que plus tard dans la vie. Celle des pays occidentaux touche des enfants dès leur premier âge. Sauve qui peut nos pauvres estomacs qui ne comprennent rien au progrès.
Nos portes-monnaies, eux, se retrouvent amaigris par des dépenses poussées par une réclame sans cesse clamant des nouveautés culinaires. Monstres marketing. Reprenons nos valeurs de table - simples et accessibles - celles qui nous donnaient du bonheur et non de la frustation. Wine raki ya douara


el felfel,

el batata à toutes les sauces ?

Dans nos assiettes un oeuf dur mayonnaise chichement décoré pour tromper le palais et s'installer dans le royaume de nos habitudes alimentaires. Soldats, garde fous...heu enzime garde-à-vous. 

Par El-Guellil
Ca avale

Ceux qui sont en voie de perdre leurs dents ont déjà entendu parler du Ku Klux Klan, pour les autres, il serait bon de leur rappeler que c'est une société secrète fondée dans le sud des Etats-Unis au lendemain de la guerre de Sécession, en 1866. Le Ku Klux Klan avait comme objectif la lutte contre les Noirs, que venait d'émanciper la Constitution de " La mérique ". Voilà pour l'histoire du Ku Klux Klan.
Mais le CousCousClan, le connaissez-vous ? C'est une société, qui distille, qui exsude naturellement tout ce qui se dit dans la cité. Le vrai, le faux et la rumeur. Il n'est pas facile d'adhérer au CousCousClan. Il faut être libre toute la journée, tous les jours de l'année. Il est composé généralement de retaités dorés, de rentiers décorés et d'ex-élus égarés. Ils s'appellent quotidiennement, mettent à jour leurs infos et se rancardent.
Si ce n'est pas l'enterrement du voisin du voisin d'un ami bien placé, dont la date de péremption est arrivée à terme, c'est la "fatha" du fils de Siflène, avec la fille de Siflènebis. C'est en attendant le couscous que le CousCousClan fait son travail. Ils infiltrent chacun un groupe, et vas-y l'intox, ou le soutien ! ça dépend où est leur intérêt commun. Entre deux cuillères, ils te lanceront : " Ce n'est pas un ouali ce type, s'il croit régler les problèmes de la ville en décorant les trottoirs...". Ou alors : " celui-là au moins, même s'il mange, il travaille ". Ils peuvent te détruire ou te construire (rarement ) quelqu'un fi ramcha.
Il leur arrive de faire trois à quatre couscous par jour. C'est que ça avale le CousCousClan. Et il peut te faire avaler toutes les couleuvres. Argumentaires à l'appui : " Saddaqni, c'est le chef de gou...lui-même qui l'a dit lors de la circoncision de oueld nsibou, mon ami" . Le temps de leur prouver la nullité de ce qu'ils disent, adieu la viande et le couscous ! Ils ont tout raflé. Tout raflé. Toute la ville.
Par El-Guellil
La Correction

Il y a 2.453 ans déjà, Platon disait : lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant la grossièreté de leurs élèves et préfèrent les flatter...amal tzaguett.
Il est des fois où je parais grossier. Mais, croyez-le, ce n'est nullement un problème de limite du vocabulaire. Comme ceux qui sont obligés de vivre grâce à leurs écrits, il m'arrive de faire de jolies phrases, avec des jolis mots, qui caressent l'oreille et humidifient les yeux. Des accords en accord avec l'air du temps et des métaphores bien senties. Ma grossièreté s'exprime quand la correction et la politesse disparaissent de mon paysage. Là je pète un fusible. Pas toujours ni en toutes circonstances, mais quand je tiens une porte, pour laisser passer une femme ou un vieil homme, je n'aime pas qu'on m'ignore. Un "merci" n'a jamais tué personne.
Quand je pose une question, j'aime bien qu'on me réponde. Par oui ou par...
Quand je m'arrête en voiture en stoppant le flot automobile derrière moi pour laisser traverser un piéton, ne serait-ce qu'un simple regard de ce piéton vers moi, ne me semble pas superflu, alors, quand il fait merci de la main ou encore mieux, qu'il sourit, c'est carrément la fête !... Quand je fais remarquer à un préposé au guichet qu'on n'a pas été correct ou poli, je trouve aussi assez ridicule la réponse "j'te parle ki nabghi". Pourquoi je cause de tout ça ? Parce que je trouve que, quand même, ça devient une denrée rare, les gens corrects, juste corrects...
Par exemple, lorsqu'on double un automobiliste, celui-ci, au lieu de ralentir légèrement, accélère, comme si se faire doubler était un déshonneur, un outrage qu'il fallait laver dans le sang, ce qui, d'ailleurs, arrive parfois. Incorrection qui mène à la violence. On n'a pas idée d'insulter, comme chez nous, un malheureux confrère qui aurait l'honnêteté de respecter les limitations de vitesse et de ralentir ainsi légitimement la circulation. Appels de phares, coups de klaxon, poings rageurs, intimidation font partie de la panoplie du parfait petit chauffard, c'est un plaisir et c'est un jeu. Il n'est rien de plus exquis au volant que d'impressionner l'autre, sinon de lui faire peur. On en revient à l'enfance. Un brin de politesse, de correction modérerait tout cela.
Les automobilistes sont des seigneurs qui n'écoutent personne. Leur voiture est leur forteresse. Les piétons aussi. Ils se sentent seuls dans leur égo et maîtres de l'univers. Alors, monsieur Platon, vous aviez déjà il y a 2.453 ans raison !
Par El-Guellil.
Kirakoum ?

Sulfureux, confus, euphorique, mdigouti, coupable, capable, méfiant, gêné, heureux, rancunier, jetable, défait, angoissé, furieux, honteux, prudent, suffisant, démoralisé, bouleversé, rêveur, esseulé, jaloux, blasé, époustouflé, anxieux, effrayé...
" Comment ça va ? Kirak khouya ? Sans attendre une réponse, il a déjà présenté son verso !
Cette expression a depuis logtemps perdu son sens initial. En fait, elle n'a lus aucun sens. On bouge les lèvres et on sort cette banalité pour faire face au regard de l'autre : faut bien dire quelque chose quand on croise un visage connu ! Une "rencontration". C'est tout. Sitauation ma tachkorche.
Par contre, il y a danger lorsqu'on dit kirak à une glu désabusé par la vie. Alors là, on a droit à tout son historique depuis presque sa naissance. C'est la bérézina assurée !
Un autre kirak, lui, laisse place à une stratégie urbaine consistant à feindre de ne pas voir l'autre pour éviter tout rapprochement, tout liant, que peut-être le " Comment ça va ? "
Il y a le "kirak", ya dra, ça va ?". Hypocrite, insidieux...C'est le tordu qui espère bien collecter quelques news croustillantes à raconter dans le quartier et au-delà. Il y a une tactique très connue qui consiste, au moment précis où l'information est entendue, à la traiter immédiatement selon ses codes intiées et la valeur du jour , et à la recracher aussitôt déformée, aggravée, appuyée et évoluée. Il suffit de lui répondre : " ça va pas, le reste khatik...!" . " Tu sais, j'ai rencontré untel. Je ne l'ai pas vu pendant des mois, il m'a fendu le coeur, il n'a rien voulu me dire, mais tu penses...J'ai tout lu sur son visage. Les problèmes qu'il a avec sa femme, ses rhumatismes, son boulot, sa voiture, ses enfants, son estomac...Khalota kbira ! " Juste s'il ne vous a pas enterré !
El Guellil
Un député égyptien ment sur son nez refait et démissionne
Le député salafiste égyptien Anwar al-Balkimy a démissionné après avoir menti sur son nez refait

Un député égyptien, Anwar al-Balkimy, a été contraint de démissionner après avoir menti sur la chirurgie esthétique qu'il a effectuée sur son nez. L'homme politique a, en effet raconté que ses bandages - dû à l'opération - étaient le résultat d'une attaque armée. Il pousse le mensonge plus loin en précisant que les auteurs de cet acte lui ont extorqué 100 000 livres égyptiennes - où 12 500 euros.

Ce sont des docteurs et du personnel médical d'un hôpital de Cheikh Zayed qui ont révélé le subterfuge. Le parti salafiste Al-Nour d'Anwar al-Balkimy a publié un communiqué de presse sur sa page facebook confirmant que cette histoire d'agression a été " inventée de toutes pièces " et le député, après discussion avec Abdel Ghafour Imad, chef du parti, a décidé de " démissionné du parti et du Parlement " et présentera " des exuses officielles aux médecins de l'hôpital, à son parti, à tous les membres du Parlement, aux médias, aux forces de sécurité et au peuple égyptien ".
Source : News Express
Noum, noum !

Ana, mnine nekbère, il ne m'arrivera sûrement pas comme mon père. Lui, il n'a pas été malin. Trop honnête, il avait toutes les possibilités pour s'enrichir et il ne l'a pas fait. J'aurais eu mes dix-huit ans, comme lui, au moment où les maisons étaient vides et les commerces désetés !... ya khi gouffa !...
- " Moi, quand je serai grand, je deviendrai banquier, je manipulerai l'argent à longueur de journée."
- " Khouk sera une grande star de raï, chanteur adulé par des milliers de fans. Les télévisions feront la chaîne pour me programmer dans leurs émissions."
L'autre, commerçant, de père en fils, voudrait devenir importateur, il ferait de l'import, de l'import et de n'importe quoi...
A ce moment-là, leur dira l'autre, " je serais douanier, toi je ne te laisserai pas passer outre-mer, tu ne chanteras que pour nous, car c'est pour nos fêtes et soirées qu'on aura besoin de toi, et le commerçant, je ne lui permettrai pas de faire rentrer des conneries, sauf si..."
" Moi, vous me donnez l'envie d'être dans la Justice et de vous attendre au tournant", fit remarquer le plus jeune.
A chacun son rêve. Lui, veut devenir pilote, koulioume fi bled. L'autre, chef de parti politique, regda outmanji.
Moins ambitieux, le jeune frère de cinq hitistes du quartier espère devenir retraité, mais pour avoir ce statut, il faut d'abord qu'il trouve un boulot. " C'est mon rêve, devenir footballeur et joueur dans une grande équipe étrangère, comme ça l'équipe nationale payera mes pieds en devises, voilà ce que je veux. Et toi, Alilou ? " Pensif, Alilou leur dit qu'il souhaitait d'abord devenir grand, puis être à la hauteur de la patrie et élever le pays à la hauteur des grandes nations.
Tous étaient écoliers au primaire, ils attendaient leur maîtresse qui, depuis une semaine, s'absentait à cause d'un problème de transport, paraît-il.
Par El-Guellil.

Tous ceux qui volent pour éviter de se mouiller. Tous ceux qui nagent dans toutes les eaux. Tous ceux qui marchent dans la combine. Le lion qu'on a leurré, le dindon de la farce, le pigean voyageur, l'oiseau de mauvais augure, le bourricot de la classe, le poulet de ferme, la vache grasse, la vache folle, les chevaux dressés pour les courses d'obstacles, les lièvres qu'on nous a posés.
Le politique, convaincu que la politique c'est cette hardiesse à demander aux autres de le porter sur leurs épaules pour en faire un coq hardi capable de transformer des vessies (Hachakoum) en lanternes. Le commerçant qui croit dur comme fer que commercer c'est surtout transformer sa bonne conscience en attestation de moeurs de bonne honorabilité à afficher sur sa vitrine, pour que les tiroirs-caisses résonnent au rythme des magouilles de l'arrière-boutique où l'on peut vendre n'importe quoi et à n'importe qui.
L'artiste beau parleur qui pense mordicus que la phraséologie est cette épée aiguisée qui planifie les parcours sur les mers pour ouvrir la voie du bonheur et de la satiété.
Les représentants d'eux-mêmes qui ne savent pas ou feignent de ne pas savoir que la représentativité est la douloureuse charge de servir les autres et que la responsabilité de faire la courte échelle à une population tout entière nécessite que l'histoire soit reconnaissante des services et des bienfaits rendus.
Tous et tout le monde faisaient tout et disaient tout sur les impératifs de changer le pays, et chacun affinait la réplique contradictoire bourrée d'arrière-pensées. L'un définissait la " hogra " , l'autre philosophait sur les imbécilités des phases, ne sachant pas que les choses ne sont que le reflet des hommes et que les hommes et les choses sont que le fidèle miroir de l'imbécilité de chacun. Un autre encore n'avait de cesse de se noyer dans les discours de la méthode ne sachant pas très bien s'il faudrait aller chercher Descartes sur les décharges publiques où se bqttent pour leur survie des gosses ou le convoquer des plus lointaines " kheïmates " où l'on n'a pas la notion du temps.
Tous ces restes d'hier, ont fait de notre pays un grand fistin. Et aujourd'hui !
Par El-Guellil
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Toujours est-il que quarante-huit heures plus tard, tout le monde -par quel miracle d'entraînement et de persévérence ? Seules les victimes le savent - entrait fièrement au ministère, la tête en bas, marchant sur les mains. Les détails vestimentaires qui gênaient le déplacement avaient été supprimés : vestons, cravates, chaussures devenues inutiles et quelque peu grotesques à s'agiter tout en haut, sans nécessité. On en vit même par la suite faire assaut de coquetterie pour la couleur et le dessin de leurs chaussettes.
Dans les premiers jours, leurs mains délicates furent mises à rude épreuve par le contact du sol. Elles devinrent vite calleuses et des esprits ingénieux, dont l'idée fut rapidement exploitée par le commerce local, firent confectionner des gants spéciaux en cuir solide et rembourré, renforcés à l'endroit de la paume, un peu à la façon des gens de boxe. La mode était lancée.
En ville, on ne sut pas tout de suite qu'une nouvelle folie s'était emparée des gens du ministère. Ces messieurs ont rarement l'occasion de se montrer dans les rues de la capitale. De plus, il ne se déplacent jamais sans leur voiture.
Mais chez nous, rien ne reste longtemps secret.
Dans les premiers temps, craignant les moqueries ou que quelque agent mal informé ne les arrêtat pour scandale sur la voie publique, les fonctionnaires observèrent une certaine discrétion. Mais très vite, ils en arrivèrent à justifier leur nouvelle façon de se déplacer et l'adptèrent désormais en dehors des heures de service. Ils ne la justifièrent pas par des raisons hygiéniques. De ce point de vue, marcher sur les mains offre des désagréments évidents. Le sang monte à la tête empêchant, comme après un bon repas , d'avoir les idées claires.
Ils finirent par trouver dans la contrainte qui leur était imposée un signe distinctif de leur condition. Au premier coup d'oeil, on savait désormais que tel ou tel était " du ministère ". Plus de confusion blessante avec le citoyen moyen. Les portes s'ouvraient sans qu'il fût nécessaire de donner une explication ou de montrer un laisser-passer. On vit bientôt se manifester des usurpateurs. Des gens qui n'avaient jamais approché le ministère de près ou de loin se mirent à marcher sur les mains. On eut vite fait de les démasquer et de les traduire en justice. L'un d'eux, professeur d'éducation physique et qui avait profité de ses aptitudes pour se faire attribuer une villa, fut condamné à mort et fusillé.
Les femmes des employés du ministère, un peu surprises et incommodées au début par la nouvelle manie de leur époux, y trouvent maintenant un sujet d'orgueil. Sous l'impulsion de la femme du chef de cabinet -le ministre est célibataire- elles fondé un club où, tous les jours, de cinq à sept, elles s'entraînent à marcher sur les mains.
Le peuple s'en fout. Occupé à calculer le prix de la viande, à guetter sur le marché l'apparition de tel ou tel produit, à chercher du travail et à ne pas le perdre quand il l'a trouvé, il ne sourit même pas devant la folie déambulatoire des messieurs du ministère. A tout prendre ça ne lui paraît guère plus étrange que de rouler en ......ou de boire chaque soir une bouteille de w.....
On n'a jamais su ce qui avait pu inspirer cette idée au ministre. Volonté de se singulariser ? Ses collègues en conçoivent d'ailleurs de la jalousie. Ordre venu " de plus haut ? " Quelqu'un de son entourage est persuadé qu'il a lu la recette dans un magazine japonais (ou américain ?) où l'on assurait que marcher sur les mains développe les facultés intellectuelles.
Source : (par Josie Fanon )