Mohamed Arkoun

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Nassiba
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Il a éclairé le chemin de l'Islam

 

 

Le grand penseur et spécialiste de la pensée islamique, l'Algérien Mohamed Arkoun, est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 82 ans. L'islamologie a perdu en sa personne un Islam en quête de relecture.

Nombreuses réactions à travers le monde.

 

C'est un grand monsieur qui s'en est allé, tout doucement, dans la discrétion qui l'a toujours caractérisé. Mohamed Arkoun, professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle et chercheur sur le fait religieux et l'histoire de la pensée islamique, est mort mardi à l'âge de 82 ans. " Sa lumière va nous manquer, dans cette nuit obscurantiste et xénophobe qui submerge notre pauvre monde !", comme le souligne à juste titre un de ses proches amis, George Morin, le président de l'association Coup de Soleil. De certaines de ses conférences, nous proposons ces extraits d'articles publiés par El Watan et que les lecteurs intéressés pourrons retrouver dans leur intégralité en consultant nos archives.

 

La présentation du roman de Jacques Attali, La Confrérie des éveillés (éditions fayard), mercredi 30 mars 2005 (lire El Watan du 04 avril 2005) au centre culturel algérien avait permis un excellent échange entre l'auteur et Mohamed Arkoun. Au centre de cet échange, le rapport entre la religion et les sciences, la religion et la liberté de pensée, le contrôle du pouvoir politique et religieux sur l'épanouissement d'une pensée critique.


"Pourquoi l'Islam, plus que les autres religions a-t-il développé la science aux Xe, XIe et XIIe siècles et qu'on ne retrouve pas dans nos livres d'histoire ?", s'était demandé Jacques Attali. Son livre, Jacques Attali l'avait conçu aussi comme "une réponse à ceux qui disent que l'Europe n'a pas de dimension musulmane". " Des hommes ont assuré cette charnière : Ibn Rochd le musulman, Maimonide le juif, un siècle plus tard, Thomas d'Aquin le chrétien" qui va déboucher sur le droit de penser libre, avait-il ajouté. "La science ne va pas contredire le fait de croire.

Dieu est une abstraction, l'univers est infini, proclame Ibn Rochd".


 

"Maimonide et Ibn Rochd pensent que la science est compatible avec la religion, Maimonide va inscrire un courant rationaliste dans le judaisme. Il a eu des disciples." Mohamed Arkoun, avec la précision de l'historien, avait souligné que l'espace méditerranéen va être parcouru par une pensée d'expression arabe, la langue arabe étant la langue officielle commune à tous les intellectuels qu'ils fussent juifs, chrétiens, perses...L'espace méditerranéen, que Mohamed Arkoun définit comme un espace géo-historique et géo-culturel, s'étend de l'Iran jusqu'à l'Atlantique en incluant tout le sud de l'Europe. "Historiquement, sociologiquement, culturellement, l'espace méditerranéen est un ensemble cosmopolite avec la coexistence de plusieurs groupes ethniques, religieux..."

 

L'historien soulignait que "le XIIe siècle marque la fin d'une page d'histoire comme une page humaniste de la pensée d'expression arabe alimentée par des intellectuels iraniens, berbères, arabes, une philosophie inscrite dans une marche continue depuis la Grèce hellénique", Cordue, malgré son rôle éminement important, dépendait de sa source pour toutes choses de Baghdad, avait rappelé Mohamed Arkoun. Le problème de communication entre l'Andalousie musulmane et le Proche-Orient était tel que les fouqaha de l'école malékite prennent le pouvoir à Cordue. " Ce sont eux qui sont responsables de tout ce qu'ont fait les Almoravides en Andalousie et au Maghreb. Cette classe socioidéologique va faire barrage à beaucoup d'écoles de pensée musulmane qui s'étaient épanouies en Iran, en Irak..."

 

Source : Journal El Watan

             du 16/09/2010/ par : Nadjia Bouzeghrane.

 

à suivre...


 

 

 

Nassiba
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...la suite...

 

Les juristes malékites contrôlent toute émergence d'écoles de pensée religieuse. Le philosophe Ibn Rochd appartenait à une grande famille de juristes, il était lui-même grand cadi de Cordoue. " En tant que juriste, il était sous contrôle de ses collègues malékites. Même lui n'a pas pu influer sur l'évolution du droit au Maghreb." " Cette lutte entre la religion et la science était une lutte politique, une lutte de classes et qui se couvrait du prétexte de la religion. C'est parce qu'il y a eu cette opposition constante que la philosophie a vécu dans la marge. Après la mort d'Ibn Rochd, il n'y a eu personne, c'est la sociologie de l'échec d'Ibn Rochd dans le contexte islamique et sa réussite dans le contexte chrétien." Mohamed Arkoun observait que dans la période contemporaine, depuis les indépendances, l'Andalousie est utilisée comme "référence apologétique de soi. Cela a fait des ravages chez les jeunes". Et de signaler qu'aucun historien n'a expliqué la précarité de la pensée musulmane. " Au Maghreb, la philosophie est tenue à distance." Selon Mohamed Arkoun, "la place de la théologie dans la pensée islamique est un débat impossible aujourd'hui car il n'y a plus de pensée théologique dans les pays musulmans, on fait des fetwas.

 

Aujourd'hui dans tout le Maghreb, il n'y a qu'une seule école, l'école malékite". "Pour Jacques Attali, l'équilibre entre la liberté de penser et l'impératif de ne pas sortir de la communauté chez les juifs est fait par la  jurisprudence, ce qui explique que "le judaisme est prêt à entrer dans la modernité". Mohamed Arkoun répliquait que "jusqu'aux XVe et XVIe siècles, ni en, Chrétienté, ni en Islam, ni dans le Judaisme, on ne peut parler de liberté de penser.Au temps de Maimonide, c'est un anachronisme, Maimonide reste au régime commun de la vérité aux trois religions monothéistes". "Le régime de la vérité est que la raison est serve de la parole révélée, la modernité c'est de dire que la religion relève du privé."  "La modernité, c'est le regard de la raison sur la raison. La modernité, c'est la rupture proclamée par la raison..."

 

En Europe, du sang a coulé pour que cette rupture se réalise. "Pour les musulmans, le Moyen âge continue..." Mohamed Arkoun précisait que pour les juifs, c'est plus aisé parce que jusqu'à la création de l'état d'israel, il n'y a pas de puissance d'Etat, de pouvoir politique pour exercer de contrôle sur la pensée religieuse, la philosophie, d'où un espace de liberté de penser,  "Dans le parcours de la pensée juive, son caractère de minorité sans Etat représentait un avantage qui permettait le développement d'une pensée critique".  " Les musulmans ont pris du retard pour connaître leur passé, ils sont dans le mythe, même à l'université."

Dans une autre conférence qu'il avait animéé fin janvier 2006 (El Watan du 30 janvier 2006) au Centre d'accueil de la presse étrangère de Paris, à l'invitation de la presse arabe, Mohamed Arkoun s'était attaché à expliquer pourquoi l'attitude humaniste a disparu dès le XIIIe siècle en Islam et plus récemment en Europe, et à examiner les conséquences de cette disparition dans la pratique politique et la vie des sociétés, notamment depuis 1945.  "Il faut comprendre la corrélation historique entre la montée des idéologies radicales de combat et la généralisation de la pensée jetable dans toutes les sociétés contemporaines ", avait-il précisé.

 

" La philosophie, c'est l'autonomie de la raison..."

 

Mohamed Arkoun avait commencé sa conférence par un appel au secours des intellectuels arabes isolés et dont les travaux ne sont pas répercutés par les médias. " Je suis déçu par l'attitude des journalistes occidentaux, et encore plus par celle des journalistes arabes. Combien d'entre vous ont connaissance de ce livre ", en montrant son dernier ouvrage Humanisme et Islam. Combats et propositions (éditions Vrin,2005) . " Tous les Arabes se plaignent de ne pas avoir d'intellectuels, il faut se donner le temps de savoir qu'il y en a et qu'il faut les lire. C'est une situation grave. Je suis un chercheur engagé, je parle au monde arabe, comment vais-je l'atteindre ?".

Il avait ajouté que son livre n'est pas traduit, parce qu'il n'y a pas de traducteurs. Et encore : " Les Libraires doivent s'abonner aux éditions spécialisées. Ce sont les libraires qui se chargent de trouver des traducteurs. Voilà ce que j'appelle la solidarité, celle de tous les métiers du livre."  Et de dire ensuite qu' "il faut que la langue arabe soit dynamique. Ce n'est pas encore une langue de recherche en sciences sociales. Les outils de la réflexion évoluent constamment, comme les outils du chirurgien".

 

à suivre...

 

Gigeri
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" Tous les Arabes se

" Tous les Arabes se plaignent de ne pas avoir d'intellectuels, il faut se donner le temps de savoir qu'il y en a et qu'il faut les lire. C'est une situation grave. Je suis un chercheur engagé, je parle au monde arabe, comment vais-je l'atteindre ?".

Il avait ajouté que son livre n'est pas traduit, parce qu'il n'y a pas de traducteurs. Et encore : " Les Libraires doivent s'abonner aux éditions spécialisées. Ce sont les libraires qui se chargent de trouver des traducteurs. Voilà ce que j'appelle la solidarité, celle de tous les métiers du livre."  Et de dire ensuite qu' "il faut que la langue arabe soit dynamique. Ce n'est pas encore une langue de recherche en sciences sociales. Les outils de la réflexion évoluent constamment, comme les outils du chirurgien".

 

Il  met le doigt là où ça fait très mal,  le monde Arabe s’est isolé culturellement du reste du monde à cause de l’absence de traduction des grandes œuvres. 

Et dire que ce penseur est inconnu dans son  pays d’origine.

Il reste avec Malek Bennabi l’un des rares intellectuels algériens d’expression francophone, à pouvoir mener un débat en langue arabe.

-- (العدل أساس الملك -- (ابن خلدون --

Gigeri
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Arkoun Malek Bennabi

Arkoun

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As de Coeur
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C'était un grand homme...

Allah Yrahmou...

Je l'avais écouté Dimanche matin encore sur la 2...

Les musulmans perdent beaucoup avec sa disparition...

Fuis le mal et le mal te fuira car le mal s'empresse vers ceux qui font le mal...
(Sagesse arabe)

AMAROUCHE
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Je ne pense pas que ARKOUN et

Je ne pense pas que ARKOUN et BENNABI avaient le même systéme de pensée.La pensée du premier se rapproche de celle de IBN ROCHD elle est beaucoup plus profonde en raison de la formation de base de ARKOUN (La Phlosophie). Alors que celle de BENNABI reste d'ordre sociologique sachant que BENNABI était Ingénieur Eléctricien.

A mon avis pour comprendre la pensée de ARKOUN et lui rendre hommage,ce poste doit lui être réservé exclusivement et ne lui associé aucun autre penseur...

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pourquoi ce serait insultant

pourquoi ce serait insultant pour bennabi ?

Foughali
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Nul n'est prophète .....

....dans son pays et encore moins de son vivant. On le vérifie une fois de plus !

Quel dommage....

La presse algérienne a publié quelques articles après son décès, allah yarhmou.

 

 

Traduction : On trouve toujours des traducteurs, mais c'est plus pour les livres du type roman à succès, surtout si la demande vient d'un éditeur!

 

 

 

Why did you do that thing to me ?

AMAROUCHE
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Nouveau Membre:"Pourquoi ce

Nouveau Membre:"Pourquoi ce serait insultant pour bennabi ?"

Ce ne serait pas insultant pour BENNABI mais plutôt occultant injustement l'oeuvre de ARKOUN, à ce jour méconnue dans son pays.Sachez aussi que si BENNABI est souvent cité dans la propagande islamiste modérée,ARKOUN ne sera jamais cité comme référence par les islamistes.L'oeuvre de ARKOUN est plus universelle et remet en cause l'irrationnalité de la pensée islamique actuelle.ARKOUN était capable de discussions philosophiques de trés grand niveau avec les ténors de la pensée juive contemporaine,je ne pense pas que BENNABI avait le niveau necessaire pour un tel débat d'idées

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oui il serait et il était en

oui il serait et il était en bonne compagnie avec les tenors juifs...finkie par exemple.

c'est quand meme quelqu'un qui a fait toute sa carriere a  paris et il ne s'était pas particulierement fait remarquer dans les années 50 , 60 dans la lutte nationale a l heure ou d'autres juifs  comme henri alleg ou jean paul sartre  prenaient fait et cause pour l'indepedance.il a continué tranquillement sa petite carriere et ne se sentait pas vraiment concerné par le combat national.il a toujours été fidele a cette ligne.ce qui explique la tiedeur a son égard

corto
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j'ai eu l'occasion de

j'ai eu l'occasion de l'ecouter debattre sur le monde arabe a l'IMA   lors de la premiere attaque de l'irak par le pere Bush , en compagnie de bruno etienne  et de l'ex ministre francais des AE qui avait demissionné (zut j'ai oublié son nom ,fondateur du mouvement des citoyens ); j'ai beaucoup d'admiration pour son oeuve critique de haut niveau ,et je suis etonné que des gens commme lui meme ou malek bennabi ou aussi mohamed talbi soient a ce point meconnus ou  ignorés dans leur propre pays et dans le monde musulman ;

certains lui reprochaient de ne pas dire exactement tout ce qu'il pense (mohamed talbi par ex ..)

corto

Noureddine Kias
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Villepin

Dominique V.

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chevenement.et a l epoque il

chevenement.et a l epoque il était a la defense je crois.

Nassiba
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suite et fin .

 

Humanisme et Islam. Combats et propositions / Un livre essentiel

 

Le livre de Mohamed Arkoun compte six chapitres, dont trois permettent de réfléchir sur les conditions qui doivent être remplies dans les sociétés arabes sur l'humanisme tel qu'il a fonctionné au Xe siècle, souligne l'auteur. " Les Arabes comtemporains font circuler l'idée depuis les années 1950-1960 que ce qui s'est passé au Xe et XIIIe siècle peut être ressuscité. Erreur fatale, imaginaire, terrible qui tue la pensée dans nos sociétés. Tout le monde en appelle à Averroès. Cela s'appelle un anachronisme que d'appeler le lointain pour remplir des fonctions du présent."

 

Le premier de ces trois grands chapitres est relatif à l'écriture de l'histoire fondamentale de l'humanisme. " Cette histoire ne se trouve pas dans le Coran, ni dans les hadiths. Le travail de rénovation a été fait en Europe seulement. C'est grâce à la pensée grecque qu'il y a eu l'humanisme arabe au Xe siècle. Si nous nous contentons de la seule ligne religieuse de la pensée et nous nous désintéressons de la ligne philosophique, il n'ya pas d'humanisme." Le second chapitre a trait aux tâches de l'intellectuel. " Le champ de l'intellectuel arabe au Xe siècle était plus libre que le nôtre aujourd'hui", souligne Mohamed Arkoun. Le troisième chapitre traite de la critique de la connaissance juridique en Islam. " Jamais personne n'a pensé à le faire", affirme Mohamed Arkoun.

 

Dans la pensée arabe, pas un seul penseur n'a posé la question dans le cadre d'une raison autonome. " Et le problème de la légitimité du droit en Islam. C'est un point aveugle de la recherche historique." Ces trois chapitres, selon leur rédacteur et auteur, " touchent aux conditions sine qua non de l'entrée de la pensée arabe dans le renouvellement de toutes les tâches de la raison". Ce qui distingue l'histoire de la pensée arabe et l'histoire de la pensée européenne, c'est la rupture, la fissure qui s'est opérée dans la pensée arabe depuis le XIIIe siècle, explique Mohamed Arkoun. Et de constater qu'"aujourd'hui, il n'y a pas un seul traité d'éthique de langue arabe, alors que nous en avons besoin".

 

Entre le XIIIe et le XXe siècles que s'est-il passé au sujet de cette page humaniste écrite par les arabophones ?

 

C'est ce que développe Mohamed Arkoun dans Humanisme et Islam." " La rupture, je ne peux en parler, c'est trop long, sinon allez voir comment est enseignée l'histoire de la pensée arabe du XIIIe au XXe siècles et vous constaterez les retards dans lesquels nous vivons. Qu'enseigne-t-on au sujet de l'évolution ou de la régression de la pensée d'expression arabe en 1198 (Mort d'Ibn Rochd) jusqu'au XIXe siècle ? La philosophie, c'est l'autonomie de la raison.

L'homme est né pour être libre, pas pour être soumis à l'arbitraire de l'homme. C'est un chantier pour les chercheurs." Mohamed Arkoun distingue un autre chantier : l'Etat. " Qu'est-ce que l'Etat ? Comment émerge-t-il ? Comment fonctionne-t-il  vis-à-vis d'une société dont il a la charge ? Le problème est ouvert pour une discussion critique ." " Pourquoi les intellectuels arabes sont-ils isolés ? Pourquoi vivent-ils à l'extérieur ? Pour une liberté de pensée sans être honnis dans sa propre société. Ce qui existe aujourd'hui c'est le grand bruit idéologique (qui brouille la communication). Ce bruit est dans toutes les sociétés quelles qu'elles soient. Il y a des intellectuels qui aiment ce bruit. Je souhaite des majaliss de confrontation", avait conclu Mohamed Arkoun dans sa brillante conférence.

 

Source : El Watan par Nadjia Bouzeghrane.


 

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" Les Arabes comtemporains

" Les Arabes comtemporains font circuler l'idée depuis les années 1950-1960 que ce qui s'est passé au Xe et XIIIe siècle peut être ressuscité. Erreur fatale, imaginaire, terrible qui tue la pensée dans nos sociétés. Tout le monde en appelle à Averroès. Cela s'appelle un anachronisme que d'appeler le lointain pour remplir des fonctions du présent.

pourquoi n a t il pas émis ces réserves a l encontre d'israel ?


p


Nassiba
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Lechec du courant moderniste

 

Par Mustapha Chérif (Philosophe et islamologue)

 

Faire apparaître l'impensé et le refoulé

 

Selon M.Aarkoun, il est nécessaire de réfléchir sur " le pensable, l'impensable et l'impensé dans les sciences du Coran".

Par delà cet étrange vocabulaire, il sous-entend que l'Islam, sans l'anthropologie moderne, ne pouvait s'interroger sur son statut et ses conséquences, cela est déjà du scientisme.

Cette démarche, en voulant se situer à plusieurs niveaux d'analyse à la fois (structuralisme, linguistique...), finit par désorienter la recherche; le travail de l'auteur perd également, de par ce prurit scientifique, sa communicabilité, puisque les concepts qu'il utilise pour analyser la pensée islamique, " le pensable, l'impensable et l'impensé", sont, soit disant selon ses propres termes, " inconnus de la pensée islamique". Cette remarque faite, écoutons le définir sa visée : " Ces trois concepts inconnus de la pensée islamique autant que que la science orientaliste, je vise deux objectifs indissociables : enrichir l'histoire de la pensée qui met en évidence les enjeux cognitifs, intellectuels, idéologiques des tensions entre les multiples écoles de pensée; dynamiser la pensée islamique comtemporaine en fixant l'attention sur les problèmes qu'elle a refoulés, les tabous qu'elle a érigés, les frontières qu'elle a tracées, les horizons qu'elle a cessés ou interdits de regarder, tout cela au nom de ce qu'elle a progressivement imposé comme l'unique vérité".

 

Ainsi M.Arkoun se propose de connaître et faire connaître l'Islam en analysant les tabous, les refoulements et les interdits de la pensée islamique. Un tel programme ne nous semble guère suffisant pour expliquer le sens d'un message religieux, au contraire cela peut détourner du sens. A ce sujet, c'est nécessaire, croyons-nous, de distinguer sens et signification. En face d'un texte ou d'un discours, la question qui se pose : que signifie-t-il ?

 

Pour y répondre on peut faire appel aux techniques appropriées (sémantique, structuralisme...). Il semble qu'Arkoun applique au texte révélé le même traitement, comme s'il se limitait à sa signification seulement. Il s'attaque donc au contenu du texte afin d'y découvrir des structures, des corrélations, des typologies pour tenter de les déchiffrer.

 

La recherche du sens est autre. Le sens c'est ce qui ne figure pas d'emblée dans le texte, mais vers quoi le texte veut conduire à travers ce qu'il dit, ce qu'il suggère ou ce qu'il tait.

Ce n'est pas une substance immédiate. Une démarche comme la technique psychanalitique peut, par exemple, orienter vers le sens, à condition qu'elle s'en tienne à un niveau explicatif linéaire et n'utilise pas les concepts dans les acceptions opposées, voire différentes. Dans la recherche du sens il faut donc, au préalable, définir son objet d'étude, dégager sa spécificité, puis mettre en place les instruments qui permettent une vérification des hypothèses de départ. On peut constater qu'Arkoun ne dégage jamais la spécificité du texte qu'il étudie.

 

La question qui se pose avec acuité aujourd'hui pour les chercheurs est de s'ouvrir au sens du Message et d'examiner sa prétention à orienter, en tous temps et tous lieux, les hommes dans la vie concrète. Arkoun préfère critiquer l'histoire de la pensée arabe sous l'angle des tabous et des interdits.

 

En adoptant cette attitude rationaliste de type historiciste, il néglige les propositions, principes, énoncés et sens émis par le Coran lui-même. Ce genre de critique préfère s'étendre sur les contradictions et insuffisances du développement de la société musulmane plutôt que sur les fondements de cette société et les rapports qu'elle entretient avec le réel. Arkoun, et partant le courant rationaliste, tentent d'analyser l'Islam en orientant la recherche suivant des catégories de pensées et des prédicats inadéquats, voire même inopérants quand il s'agit de religieux, car ils sont ceux des sciences expérimentales.

 

à suivre...

 

Mezghena
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 On ne peut pas mettre

 

On ne peut pas mettre Akroun et Bennabi cote  a cote.  l'Un est l'antithese de l'autre.

Akroun c'est l'Islamologie coloniale, la continuite de l'oeuvre de Massignon.  Et l'ecole de Massignon c'est  la face la plus diabolique du colonialisme, comme la designait Al Bachir Al Ibrahimi.

Quand a Malek Bennabi c'est la lutte contre le colonialisme par excellence.

 Associer l'oeuvre de Massignon et de ses disciples, a celle de Malek Bennabi, c'est comme associer l'oeuvre de Massu a celle de Larbi ben Mhidi.

Nassiba
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...suite...

 

Comme il se répète souvent, dans son souci de suivre les déplacements des frontières entre conscience et inconscience, rationnel et imaginaire, donc entre pensable, impensable et impensé, Arkoun réduit tout shéma d'analyse à cette dichotomie, comme si on pouvait caractériser ainsi les multiples variations et expressions de l'humanité. L'homme n'est paq unidimensionnel et on le mutile à vouloir ignorer les aspects de sa vie que les sciences humaines étudient mais dont elle n'ont pas la clé dernière.

De plus Arkoun avance dans la plupart de ses ouvrages des hypothèses qui nous paraissent inexactes sur le plan historique, niveau où pourtant il tente de ramener la dimension religieuse, par exemple : " Pour le discours social arabe avant la révélation, tout ce qui touche au monothéisme est encore impensable ; c'est ce qui explique le caractère subversif du discours coranique". Nous serions volontier moins affirmatif au sujet du monothéisme. Certes les mecquois étaient polythéistes à l'époque du Prophète, mais l'idée d'un Dieu unique, trandcendant, donc seul digne d'adoration, était présente dans l'histoire et la politique antérieures de cette région. Le climat d'opposition à la révélation ne signifie pas que ce qu'on appelle la " Jahilia" , à l'époque de "l'ignorance" était une époque où le symbolisme excluait entièrement l'idée du Dieu unique. La présence d'hommes et de femmes "hanifs", c'est-à-dire non polythéistes ou idôlatres, mais à la recherche d'une puissance divine unique ainsi que certaines formes de poésies anté-islamiques attestent des dispositions qui (c'est du moins une hypothèse plausible) ont fait que la révélation a eu lieu à ce moment et pas à un autre.

 

Quant au "caractère subversif" du Coran, il réside principalement dans les possibilités d'accès à une vérité qui oblige tout homme à chercher à comprendre. Le message coranique est subversif, car là où s'installent des certitudes, il vient boulverser ce que l'on croit être vrai.

 

C'est à l'histoire et à la psychologie qu'il faudrait, selon Arkoun, demander le sens du message révélé :"La structure même du discours coranique reflète la configuration des forces socio-politiques en présence..."Il n'est donc plus ici question de la foi et/ou de la vérité humaine, mais du primat donné à une technique du langage et à ses présupposés.

 

Arkoun croit découvrir dans le discours coranique non pas une parole vivante (ou morte), objective (ou subjective) sur le sens de la vie et de la mort, mais un mécanisme discursif élaboré; nous sommes en plein scientisme : "Ce que nous découvrons ainsi dans le discours coranique, c'est une maîtrise si possédé de ces mécanismes que les effets de sens produits ont agi et continuent d'agir sur les consciences aux enracinements linguistiques et culturels les plus variés". Ce qu'il appelle un peu brutalement : "La stratégie islamique de "domestication".

 

à suivre...

 

 

Nassiba
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...suite...

 

Apparemment Arkoun ne fait pas du tout la part des choses entre les données observables par la raison et celles qui lui échappent pour différents motifs. Nous en relevons trois : le premier tient à la nature du fait observé (le religieux, la foi, la révélation); le second est la distance qui nous sépare du moment où le Message a été révélé; le troisième est l'attitude de l'auditeur lui-même qui, en se voulant désengagé par rapport aux énoncés et aux fondements du Message coranique s'éloigne du sens. Par souci d'objectivité, Arkoun devrait faire comme si le Coran était parole de Dieu; il fait au contraire comme si le Coran ne disait rien à ce propos.

Il se donne le droit de critiquer la mentalité du musulman avec les grilles du préjugé : " Le lecteur  musulman (est) parfois trop dominé par les shémas théologiques et la stratégie du refus propre à l'esprit dogmatique".

Mais il est permis de lui demander, en utilisant à notre tour les notions d'impensé et d'impensable : comment se fait-il que la révélation coranique comme intervention directe de Dieu relève du domaine de l'impensé et de l'impensable dans l'horizon de la pensée moderne ? De quel droit se permet-on de l'évacuer en la réduisant à un mythe ou une aliénation ou, au mieux, au statut d'une inspiration humaine, individuelle ou collective ? " Les couches sédimentées de l'imaginaire islamique", les difficultés de comprendre le sens des mots et leurs réalités n'expliquent pas que la foi en Islam, ou dans les religions monothéistes, soit frappée d'une telle négativité. Les modernistes ne pensent plus la question de la Révélation. Quand ils veulent l'expliquer, ils s'attachent à ses manifestations postérieures (positives et négatives) et aux discours qui en découlent - ceux de la tradition, de la subjectivité individuelle, de l'Etat...- selon la notion freudienne et/ou marxisante diffuse ou explique du "non-su" ou de l'inconscient. Non-su ou inconscient qu'ils prétendent dévoiler par l'entremise de disciplines dites objectives comme la sémiotique : " La sémiologie (...) discipline intellectuel (...) a (...) une grande vertu libératrice à l'égard de ce pouvoir que toute langue exerce à l'insu de son usager" écrit Arkoun, obnubilé par ce thème.

 

Sans nier la part de vérité qu'il y a dans les théories freudiennes de l'inconscient, nous nous demandons jusqu'à quand on continuera à interpréter la vie des hommes, leur foi, ce qu'ils disent et ce qu'ils font, comme des éléments qui se produisent à leur insu ? Pourquoi interpréter, à leur insu, la vie concrète et imaginaire des hommes ? On pourrait alors dire que le sens de la vie et de la foi échappe "à son insu" à un chercheur comme Arkoun.

 

En réalité, tout penseur moderne qui étudie les religions sera renvoyé un jour à poser la question : " Qu'est-ce que la Révélation ?" Car à vouloir à tout prix relativiser et humaniser les messages révélés on risque de perdre de vue le sens même de l'existence et notre rapport à la vérité.

 

Nous concédons seulement à Arkoun que les sociétés musulmanes aujourd'hui n'assurent pas encore la liberté de pensée, d'écrire et de publier convenablement et qu'il faut dépasser les rigidités de la tradition islamique en matière d'interprétation du Coran et du fait islamique, en articulant plusieurs disciplines et méthodes scientifiques modernes.

 

Par contre, nous ne pouvons le suivre quand, sans y mettre les nuances voulues, il a recours à la catégorie du mythe et du "non-su" (ce qui se passe dans l'imaginaire et dans un homme à son insu...) et qu'il applique cette catégorie à une communauté entière d'homme, pour y lire leur expérience religieuse.

 

...à suivre...

 

Nassiba
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...suite...

 

Nous ne disons pas que la Révélation échappe entièrement au champ de l'observation; certaines de ses manifestations sont observables. Mais pour des raisons épistémologiques et historiques, il semble que la nature, le sens et le statut de la Révélation échappent encore en partie à la pensée moderne, essentiellement tournée vers ce qui est démontrable.

Les différentes disciplines appliquées à la lecture d'un discours comme le Coran par exemple (linguistique, histoire, sémiotique, psychologie...) n'expliquent pas la figure totale du message qui n'apparait ni dans "son aptitude à signifier" ni dans "un sens arrêté" que la tradition propose. Et la pensée moderne, du moins telle qu'elle se déploie, a perdu apparement la compréhension du sens, dans son souci de prendre en considération le contexte. Disant cela, nous ne faisons que citer Arkoun lui-même qui, par exemple, à propos du grand commentaire de Razi, déclare qu'un tel ouvrage a principalement aujourd'hui pour nous l'intérêt de montrer "l'aptitude du Coran à signifier dans un contexte historique, social et culturel si différent de l'Arabie du 7ème siècle".

 

L'importance du contexte historique

 

La prétention d'Arkoun ou son aveu est d'étudier les textes et commentaires accumulés par les musulmans pour : "servir à une histoire de l'imaginaire et de la raison islamique, plus qu'à la captation du sens qui aurait été accessible aux générations passées."

 

Difficile de faire abstraction du contexte, certes, mais de là à opposer la compréhension de l'histoire au sens du message, il y a là une erreur scientifique fatale.

 

Il faut souligner que ce n'est parce que les générations du passé étaient proches de l'événement du Coran qu'elles avaient une compréhension plus exacte; de notre côté, quand nous étudions "l'aptitude du Coran à signifier" aujourd'hui, nous ne sommes pas mieux armés qu'eux. Dans un cas comme dans l'autre, le contexte historique peut imposer ses contraintes à l'intelligence du chercheur.

Arkoun croit pouvoir opposer à l'ensemble de la pensée "classique" (aussi bien occidentale que musulmane) la pensée moderne, dans un tableau qui ne nous paraît conforme ni à la vérité historique ni aux affirmations du Coran. A propos de "l'armature épistémiqie" de la pensée, il note : "Le sujet souverain, compétent, magistrat appuyé sur la Parole du Sujet transcendal, croyait prendre en charge tout le réel et l'exprimer dans un langage adéquat, stable, dûment articulé à la syntaxe et à la sémantique de la langue transcendantalisée par la Révélation (Cf.la théorie développée sur la langue arabe dans la Risala de Shafii). A l'ontologie stable, substantaliste, manifestée correspond une raison éternelle, souveraine, constituante de tous les ordres de vérité. Mais voici que le sujet souverain est rattaché aux contraintes linguistiques, sémiotiques, sociologiques, historiques de toute perception et de toute énonciation ; voici qu'im manipule et est manipulé", ce qui rejoint les remarques faites plus haut sur les forces qui nous déterminent "à notre insu".

 

Pour projeter un choix de société cohérent et moderne, il ne suffit pas, comme le suggère Arkoun, que la pensée islamique renonce aux discours apologétiques et prenne en compte l'étude des conditions d'émergence et d'efficience du sens dans les sociétés. L'oeuvre des modernistes comme Arkoun désoriente, car elle mélange du vrai et du faux pour arriver à un résultat inopérant.

 

Malgré les qualités d'ouverture et de critique, les modernistes comme Arkoun échouent à vouloir enrichir le monde musulman d'un nouvel apport scientifique qui prenne le contre-pied de la mentalité apologétique et figée de la tradition islamique réformiste ou fondamentaliste.

 

Pour Arkoun, l'esprit conservateur des intellectuels musulmans ne peut mener qu'à un projet de société conservatrice, alors que le but, dit-il, "dans l'effrayant désordre sémantique qui s'installe dans toutes les sociétés contemporaines" est de susciter un renouveau des études coraniques, une étude critique. La difficulté est immense, nous avons une pensée musulmane rétrograde ou extravertie face à une modernité complexe. Nous sommes dans la situation où la possibilité de penser (c'est-à-dire penser vrai) est remise en cause par le développement de la modernité et l'absence d'une vision du juste milieu. D'un côté nous avons les réformistes et les fondamentalistes effrayés par la marche du temps, et de l'autre, les modernistes avec une pensée artificielle, en désaccord avec ce qui dit le Coran lui-même et le mystère de la révélation.

 

à suivre...

 

Nassiba
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Suite et fin.

 

 

Penser la modernité

 

La position dite critique amène les modernistes à considérer que la religion a servi régulièrement, selon l'expression d'Arkoun, à légitimer des situations négatives : "Il s'agit de comprendre pourquoi ces enseignements eux-mêmes ont si régulièrement servi à légitimer les pires conduites de violences et les confiscations du sens", postulat présenté comme si cela est la règle.

 

D'un point de vue scientifique, l'intention est peut-être louable de mettre à jour les pires conduites, mais l'affirmation ne correspond pas à la totalité de la vérité historique et à la profondeur des manifestations de la foi. Et l'application des shémas modernistes, comme leur généralisation, échouent à traduire les réalités de la religion. A propos des écrits d'un autre moderniste, Abdallah Laroui, historien marocain contemporain. Louis Gardet note : "Maintes de ses analyses relèvent d'une méthode dont on aimerait parfois que les shémas marxistes fussent moins étroitement appliqués à des peuples et à une histoire qu'ils échouent à cerner". De plus Laroui, à travers ses écrits, affirme à tort que la modernité est à prendre comme un tout indivisible, ce que même les penseurs occidentaux refusent.

 

On peut affirmer que nous sommes au coeur d'une histoire moderne qui se fait sans la religion et sans nuance. C'est bien pourquoi l'Islam est au premier chef interpellé, de par ses prétentions à être de tous les temps. Les penseurs modernistes comme Arkoun, Laroui, Hicham Djait, nous les rejoignons en partie sur un point, ils veulent garder le cap sur la modernité : "La modernité, cette anti ou cette post-histoire, est bien l'universel en devenir et le devenir c'est la modernité", écrit Djait. Mais à notre avis, le problème réside dans le fait majeur que la modernité, en l'occurence l'ère industrielle, n'a pas convaincu de la qualité d'universalité que seules les civilisations ont atteinte.

 

Taha Hussein, pionnier de la modernité dans le monde culturel arabe, avait compris, dans son oeuvre : " L'avenir de la culture en Egypte" (1938) que les civilisations étaient universelles et se rattachaient entre elles de par ce caractère.

Point non encore confirmé par la modernité qui se limite au cosmopolitisme et nivelle les différences. Un mauvais procès d'intention avait été intenté contre Taha Hussein; sous prétexte qu'il rattachait la culture de l'Egypte au passé méditerranéen et grec plutôt qu'à l'Islam et à l'Arabie. Et son étude de la poésie anti-islamique, à la recherche des sources avait soulevé le tollé des passéistes.

 

Face à la modernité, le problème est plus complexe, car l'ère industrielle (et technologique) est ambivalente; elle offre les instruments qui permettent d'améliorer la condition humaine et de faciliter la production des significations; d'un autre côté, elle sucite une crise des valeurs et un processus de perte du sens et de déshumanisation. Dans ce cadre, penser devient de plus en plus difficile. Les sciences sont totalement impliquées dans ce mouvement de déséquilibre entre des éléments pérennes de la vie sociale et ceux qui dépendent d'une conjoncture donnée. Faire comme si les sciences étaient indemnes de conséquences ou même capables de garantir des résultats positifs, c'est se refuser à penser. Et penser implique qu'on prenne du recul, acte qui ne relève pas seulement des précautions d'usage.

 

Les réformistes et les fondamentalistes ignorent la pensée moderne; les modernes, eux, aux prises avec les difficultés du présent, manquent de la hauteur de vue nécessaire pour être capables de penser vraiment la modernité par rapport à la question de la révélation...

 

Source : l'echec du courrant moderniste

                par Mustapha Chérif.


 

AMAROUCHE
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Mohammed Arkoun, défenseur de

Mohammed Arkoun, défenseur de l'Islam (1re partie/El Watan du 26/12/2010)

 

La question de la réforme globale du monde musulman se trouve posée, mais non résolue depuis plus d'un siècle et demi. Quelle que soit la tendance de tel ou tel auteur, tous sont d'accord sur le retard ou, plus exactement, la crise du monde musulman.

ParYadhBenAchour
Doyen de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis

Ce dernier se trouve ankylosé par des siècles de passion dogmatique. Cela se manifeste en particulier par un attachement toujours ressuscité, au cours des siècles, à un certain nombre de positions théologiques et de doctrines juridiques invariables, malgré les bouleversements historiques et sociaux considérables. La crise du monde musulman n'est évidemment pas une crise exclusivement intellectuelle. Elle est à la fois une crise de la société et de la pensée. Crise de la société, elle se situe au niveau du développement et de l'équilibre des facteurs matériels tels que la démographie, l'économie, le développement technologique et scientifique, le développement urbain, le développement rural, etc. Crise de la pensée, elle engage un débat sur la culture, l’art, la littérature, la théologie et notre conception du droit. Cependant, les deux niveaux sont indissociables. On sait combien le travail, par exemple, dépend principalement de nos conceptions de l'autorité, de la responsabilité, et du droit. La civilisation matérielle ne peut être pensée sans l'esprit civique. La séparation des deux niveaux ne peut être justifiée que pour des raisons didactiques.


La réflexion des auteurs «musulmans» sur l’Islam varie selon l’engagement personnel de chacun. Certains auteurs, assez rares, comme Ibn Warraq(1), Rashâd Khalifa(2), Hamid Zanaz(3) ou Taslima Nasreen(4) ont fait le choix de quitter totalement le giron de l’Islam et de la charia et de se placer sur le seul terrain de la modernité et des droits modernes. Pour ceux-là, l’Islam n’est pas réformable, structurellement parlant(5). Il est par nature totalisant, refuse la liberté individuelle, prône la violence. Je n’entrerai pas dans une discussion de fond avec cette tendance d’inspiration «renanienne»(6). Pour l’instant, je me contenterais de dire à tous ses adversaires que tant que la vie ou la tranquillité de ces penseurs de la rupture seront menacés, cela constitue une preuve suffisante que leur opinion est juste. Il n’existe qu’une seule manière de prouver qu’ils ont tort : les admettre. A cette seule condition, on serait en droit de s’opposer à leurs thèses. Cela veut dire que, au niveau de la culture, le véritable enjeu d'avenir du monde musulman tourne autour de la liberté de pensée et de conscience.
D’autres ont cru et croient encore que les origines de la crise sont dues à l'abandon par les musulmans de leurs normes fondatrices et que le retour intégral à ces normes perdues garantirait, par lui-même, l'assurance d'un avenir meilleur et d'une gloire retrouvée.  
Il faut évoquer enfin les penseurs qui ont tenté de reformuler l'herméneutique coranique, c'est-à-dire de remettre en cause l'herméneutique classique pour lui substituer des interprétations nouvelles adaptées au monde moderne, par la voix de l’ijtihad. C'est le cas de Mohammed Iqbal qui, parmi les premiers, a proposé de ne pas considérer le Coran comme un code juridique étant donné que son objectif essentiel consistait à imbiber le cœur des plus hauts degrés de conscience de son rapport au créateur et à la création. La vie, précise-t-il, étant caractérisée par le mouvement, l’ijtihad constitue, en Islam, le socle de ce mouvement existentiel, vital, qui anime toute société humaine(7).


Après avoir rapporté les hadiths prophétiques qui vont dans ce sens, après avoir expliqué longuement les causes profondes d'ordre théorique et pratique qui expliquent le recul, pour ne pas dire le gel de la pensée islamique, après avoir analysé certaines tendances des mouvements réformateurs qu'il compare d'ailleurs au protestantisme en Europe, il affirme que la charia islamique est totalement ouverte aussi bien à l'évolution qu'à la création. Cela rompt cet indissoluble lien entre le texte sacré, ainsi dépouillé  de sa positivité légaliste, et le droit positif. L’idée sera reprise par Malik Fazlur Rahman.
La pensée d'Iqbal allait rejoindre tout le courant réformiste issu des ulémas musulmans. Nous pouvons citer quelques figures célèbres appartenant à cette mouvance comme Tahtawi, Ibn Abi Dhiyaf, Mohammed Abdou, Cheikh Al Khidhr Ibn Hussein, Cheikh Ben Badis, Cheikh Bachir El Ibrahimi, Cheikh Mohammad al Khudhari, Cheikh Tahar Ibn Ashur.


Mohammed Arkoun adopte une méthode différente. Il entreprend de démonter les mécanismes par lesquels s'est institué le savoir religieux en Islam et, par là même, l'une des facettes de la direction sociale. Savoir et pouvoir sont indissociables : le pouvoir politique, dans les sociétés pré-modernes, a toujours besoin de la force religieuse pour légitimer sa domination. Tandis que les gestionnaires du sacré ont besoin du pouvoir politique pour asseoir leur autorité. Dans les deux cas de figure, il faut assurer soit la mobilisation contre l'ennemi extérieur, contre les hérésies, contre le pouvoir lui-même, soit la discipline au service de l'ordre social établi. C'est ainsi que se forme l'orthodoxie.
Au cours de sa carrière d'universitaire et d'intellectuel, Mohammed Arkoun a situé sa réflexion sur les conditions intellectuelles du développement et de la réforme du monde musulman. Il n'a pas choisi, contrairement à ce qui a pu parfois être affirmé, de quitter le territoire de l'Islam. Il a plaidé tout simplement pour un Islam rajeuni, offrant au monde non pas l'image d'une religion sclérosée, intolérante, violente, inaccessible à la liberté moderne, mais celles d'un Islam à la fois religion et culture, ouvert et humaniste. C'est pour cette raison que j'ai intitulé ma conférence «Mohammed Arkoun, défenseur de l'Islam».
Sa démarche peut être résumée en trois points.


Premièrement, le constat de la crise. Il s'agit d'une crise du présent et du passé, la seconde expliquant la première. Les indépendances ont échoué aussi bien dans le travail d'édification d'une économie moderne que dans celle de l'émergence d'une pensée libérée et libératrice. Mohammed Arkoun explique comment le travail de l'orthodoxie, celle du pouvoir et du savoir, a réussi à édifier l'univers de l’impensé et de l'impensable, c'est-à-dire à faire passer le message prophétique de l'ouverture à la clôture.
Deuxièmement, la déconstruction de la pensée religieuse orthodoxe. Appliquant à l'Islam des méthodologies inspirées des travaux de René Bastid, Fernand Braudel, Michel Foucault, Marcel Gauchet, René Girard, Arkoun démonte les mécanismes de transcendantalisation, d'idéologisation, de manipulations que la pensée islamique théologique et juridique a connus par le fait de cette alliance entre les intérêts du pouvoir politique et la classe des oulémas, Mohammed Arkoun entreprend de démonter et déconstruire cette pensée par recours à «l'Islamologie appliquée».
Troisièmement, vers un humanisme Islamique. Les premiers travaux de Mohammed Arkoun ont porté sur l'humanisme arabe aux IVe/Xe siècles. La finalité de sa démarche consiste précisément à revenir à cet esprit humaniste qui caractérisait la culture Islamique. Comme il l'affirme lui-même, «je n'ai fait qu'élargir, dans un contexte de modernité, l'attitude intellectuelle qui caractérise précisément l'humanisme arabe du Xe siècle.»


I. La crise de la société Islamique


Elle est patente. Depuis le début du XIXe siècle toutes les pensées islamiques convergent vers ce constat de la décadence et de la destitution. Evidemment, ce constat n'a pu être fait qu'en comparaison avec le développement de la civilisation occidentale. Le rapport Occident-non Occident, comme l'a montré Abdallah Laroui, se trouve par conséquent au cœur de la problématique de la culture islamique. Pour Arkoun, à partir du VIe/XIIe siècle, «il y a une corrélation de plus en plus étroite entre la régression des sociétés musulmanes et l'ascension de l'Europe occidentale» (Essai sur la pensée islamique, page 44).
Pour décrire cette crise, toutes les perspectives ont été suivies. La pensée dominante consiste à affirmer que le retard ne doit pas être apprécié uniquement à l'aune du développement occidental mais, également, à celui du temps originel. Autrement dit, il s'agit d'un retard, par rapport à l'Occident, mais également d'une régression par rapport au temps inaugural. Parfois, les deux analyses se conjuguent, comme dans la pensée politique de Tahtawi, de Ibn Abi Dhiyaf ou de Kherredine. Pour ces derniers, il s'agit à la fois d'un retard matériel de développement sur le plan militaire, scientifique, économique et politique et d'une régression, provoquée par le «taqlid» par rapport aux fondements authentiques de la culture Islamique.
Pour Mohammed Arkoun, les manifestations de la crise intellectuelle sont nombreuses. Il s’agit tout d’abord de la servitude intellectuelle, ce qui veut dire cette propension à se fixer sur les écrits et les enseignements de la tradition scolastique. Le spécialiste des sciences religieuses, formé dans le système d'enseignement scolaire et universitaire actuel, se distingue par la somme de ses connaissances tirées du patrimoine arabo-islamique classique. C'est un connaisseur de livres, une encyclopédie vivante, un bibliographe de talent. Mais ses propres connaissances n'accèdent nullement au stade de la créativité. Il travaille en général dans une seule langue et n'a aucun contact avec les percées modernes de la philosophie et des sciences sociales et humaines. Son univers  est un univers clos, puisant sa légitimité en lui-même, y trouvant, jusqu'à l'exaltation, à la fois les préceptes de sa vie particulière et celle de sa société.


Evoquant à la fois «les bricolages de la culture populiste», le sous-développement économique, le développement de la pensée fondamentaliste antihumaniste, Mohammed Arkoun résume cela en affirmant qu'il s'agit d'un «(…) refus idéologique de la rupture entre la connaissance de type mythique, avec la raison-imagination correspondante et la connaissance de type expérimental avec la rationalité positive propre au ‘nouvel esprit’ scientifique». (L'Islam. Morales et politiques, page 17).
Les coups d'œil critiques de Mohammed Arkoun à l'endroit de son propre pays sont perceptibles à travers un certain nombre de problèmes qu'il évoque, et en particulier les faux problèmes : par exemple, cette idéologisation de l’Islam avec le thème «Islam et socialisme», avec également l’utilisation idéologique du discours coranique, avec d'autres poncifs tels que la supériorité de l'Islam, le retour aux sources de l'Islam, l'utilisation idéologique du thème de l'arabisation, l’unité de l'Etat, du parti unique ou dominant, de la religion et de la culture nationale. N'oublions pas que la dédicace de son livre Humanisme et Islam est destinée à l'Algérie : «J'offre cette longue et exigeante réflexion à l’Algérie, brutalement interrompue dans son élan vers un destin historique paradigmatique : celui dont parle chacune de ces pages inspirées par l'indéfectible attachement au remembrement intellectuel, culturel, spirituel et politique de tout l'espace historique méditerranéen». Il n'est pas rare de constater, au détour de la lecture de son œuvre, que le message de Mohammed Arkoun à destination du monde musulman passe par l'Algérie.


II. La déconstruction de la pensée religieuse  traditionnelle


La visée de Mohammed Arkoun a été définie en termes très clairs dans l'ensemble de son œuvre. Il s'agit pour lui de «libérer la pensée Islamique de ses propres clôtures dogmatiques», autrement dit il s'agit véritablement d'une insurrection contre les fondements mytho-historiques de la croyance. Il précise que «cette subversion n'est pas une démolition brutale, mais une entrée méthodique dans le processus discursif et culturel de la littérature de référence dont se servent encore aujourd'hui les gestionnaires de la croyance». (Humanisme et Islam), une archéologie du savoir. Cela implique trois opérations : le démontage du discours par lequel s'est instituée l'orthodoxie, ensuite, la dénonciation du montage oppressif utilisé par ceux qu'il appelle «les gestionnaires de la croyance», enfin le recours à «l'islamologie appliquée».


a) Le démontage du processus discursif de la littérature de référence


Une distinction fondamentale doit être soulignée dans l'analyse de Mohammed Arkoun. Il s'agit de la distinction qu'il établit entre le fait coranique et le fait islamique. Le fait coranique concerne le texte même du Coran. Il faut relire son introduction à la traduction du Coran par Kasimirsky pour comprendre ce que Arkoun entend par «fait coranique». Tout le problème, posé depuis le XIXe siècle, consiste à savoir comment lire le Coran. Pour Arkoun, le Coran est lu comme un texte abstrait, c'est-à-dire au-dessus de l'histoire et de la condition humaine. Il est considéré comme véridique, évident, d'une parfaite clarté. Cette lecture est qualifiée
d'«apologie défensive». Mohammed Arkoun propose de replacer la lecture du texte coranique dans les conditions qui rendent possible son insertion non seulement dans la vie spirituelle des musulmans, «mais également dans l'horizon scientifique du philosophe désireux de comprendre le fait religieux comme catégorie de la conscience humaine» (Kasimirsky, page 13).


Autrement dit, l'accessibilité au texte doit se faire non seulement par son insertion dans les conditions historiques de sa Révélation, mais également dans les conditions historiques qui sont les nôtres, notamment l'évolution des sciences de l'herméneutique : l'histoire comparée des religions, la linguistique, la sémiologie, l'anthropologie religieuse. C'est par l'intermédiaire de ces sciences qu'on pourra accéder à une analyse critique du texte coranique. Il faut, par conséquent, renoncer à toute lecture linéaire qui privilégie la logique grammaticale. Dans ce cadre, Mohammed Arkoun a parlé du Coran en tant que «langage de structure mythique». Il écrit : «Le discours coranique laisse ces options ouvertes en raison de sa structure mythique comme les autres discours fondateurs, tandis que les constructions théologiques et juridiques qui définissent des Islams orthodoxes limitent les expansions humanistes de la pensée». (Humanisme et Islam, page 21)
Mohammed Arkoun explique son recours à la notion de «structure mythique» de la manière suivante : «Le récit mythique est plus ou moins solidaire de la situation culturelle du groupe social où il est élaboré... Le mythe, dans tous les cas, a pour fonction de ramener à un âge d'innocence, à un espace mental où les actions humaines sont non seulement valables, mais désirables.... Ainsi, en nous demandant quel type de mythologie instaure le Coran, nous accroissons nos chances de saisir les mécanismes subtils de son expression symbolique, tout en découvrant pourquoi son Appel peut encore retentir dans la pensée contemporaine». (Kasimirsky, page
20)(8).


Comparant le Coran aux textes bibliques, il montre que le texte coranique est vrai pour les consciences croyantes, efficace, par l'institution d'un Temps inaugural privilégié, spontané, c'est-à-dire affirmatif, symbolique, c'est-à-dire que ses mots ne doivent pas être pris pour des choses réelles. Il en est ainsi des descriptions du paradis et de l’enfer. Autrement dit, la notion de «langage à structure mythique» n'a strictement rien à voir avec la conscience mythique. Cette dernière consiste à «percevoir les réalités telles qu'on les désire et non pas telles qu'elles sont» (Essais... page 301).
Cela remet évidemment totalement en cause l'exégèse classique dominée par «la conscience fausse». Cette dernière est caractérisée par une ‘double trahison’ : d'une part le recours systématique à l'étymologie, à la structure grammaticale et aux procédés rhétoriques ; d'autre part, les docteurs de la loi vont transformer la révélation en un code éthico-religieux qui faussera et appauvrira le travail législatif, sans pour autant sauver théoriquement le caractère transcendant de la parole de Dieu…». Tel est la double fermeture dogmatique dont sera victime la pensée islamique jusqu'à nos jours. Par conséquent, aussi bien au niveau de la constitution du savoir  historique islamique qu'au niveau de la théologie, du droit, l'ultime ambition de Mohammed Arkoun consiste à dévoiler «l'historicité foncière de ce que la Tradition présente comme la vérité religieuse transcendante et unique. Les théologiens et les historiographes participent à l'élimination de cette historicité en sélectionnant, en gommant, en travestissant les faits conformément aux prémices doctrinales de chaque école» (L'Islam, morale et politique, page 171).


Ces opinions ont valu à Mohammed Arkoun, souvent sur la  base de la simple commune renommée, des attaques frontales et virulentes, précisément de la part de ceux qui partagent la théorie de «l'évidence coranique». Ces attaques sont allées jusqu'aux déclarations d'apostasie.  Ces attaques, à notre avis, révèlent la persistance de l'enfermement de la pensée religieuse et son effort désespéré de refuser les conditions du monde moderne. L'Islam est très loin de la révolution herméneutique par laquelle sont passés le judaïsme le christianisme. Quelle explication peut-on donner de ce phénomène ?
Plusieurs explications peuvent être données. La première, je l'ai formulée dans «Aux fondements de l'orthodoxie sunnite». Il s'agit d'une caractéristique de l'Islam, en particulier l'Islam sunnite. Par la suite, à la fois de l'absence d'église et de la survalorisation de la communauté, ummah, en tant que source de la légitimité du savoir et du pouvoir, il s'est constitué ce que j'ai appelé une «sainte alliance» entre le pouvoir politique, l'autorité religieuse et la masse du peuple des croyants. L'orthodoxie en Islam n'est pas simplement une orthodoxie de pouvoir, mais également une orthodoxie de masse comme l'histoire en témoigne. C'est une forteresse imprenable qui résiste aux assauts du temps.


Une deuxième explication : la persistance du taqlid en matière d'enseignement religieux dans notre système d'éducation familiale, scolaire et universitaire. L'enseignement religieux reste dominé par l’ostracisme, le monolinguisme, la peur du vide, le refus du sevrage et la permanence du salafisme. Comme le dit Arkoun : «Pour la conscience mythique, le progrès consiste à revenir au temps inaugural». Pour lui, la grande masse des croyants, ulémas et analphabètes confondus, continue à évoluer dans la perspective de la conscience mythique (Ouvertures sur l'Islam, p. 46). Cela n'est pas propice au développement de l'esprit créatif.
Une troisième explication pourrait être avancée. Il s'agit de la difficulté qu'éprouve la pensée savante et croyante d'établir la distance nécessaire entre les convictions religieuses et l'analyse scientifique, ’ilm. D'une part, Ils défendent une cause, plutôt qu'ils n’examinent une situation, d'autre part ils sont incapables de dépasser les limites de ce qu'on pourrait appeler un «arc référentiel» (nature du Coran, droits de Dieu, sublimation des hadiths et des Sahaba).


Cette situation est simple à comprendre. Le croyant ne peut avoir vis-à-vis de sa religion le même sentiment que le philosophe pour sa philosophie, ou le scientifique pour sa science. Les uns et les autres peuvent se passionner pour leurs prises de position, mais, en le faisant, ils n'ont pas le sentiment d'y engager l'entièreté de leur être. Le cas du croyant, en particulier du croyant intégral, n’est pas le même. Il se trouve existentiellement impliqué dans sa foi avec toute l'énergie de son être. En instance d'immortalité, il ne peut faire autrement. Ses idées dans le monde d'ici-bas conditionnent en effet son accès à l'immortalité. Pour cette raison, la religion encadre son existence, lui permet de vivre une parfaite harmonie entre les ordres du divin et le bonheur de sa vie terrestre. La religion constitue pour lui une véritable garantie d'existence. Elle lui permet également d'affronter les malheurs et les douleurs de la vie avec une sérénité et même une confiance, dignes de respect, mais qui ne conviennent nullement à l'examen désintéressé d’un fait ou d'une situation. Un tel croyant ne peut saisir ni comprendre quelque question que ce soit en dehors de cette perspective. Quel que soit son esprit novateur, ou même son anticonformisme, quels que soient le degré de son intelligence, la rigueur de sa méthode, la noblesse de sa personnalité, pour lui, toute idée, toute proposition de quelque nature qu'elle soit doit faire retour à un arc référentiel immuable et hors de toute discussion. Et si jamais cette idée ou cette proposition heurte cet arc, elle se trouve rejetée et combattue.


Cette démarche est contraire à tout esprit philosophique. Philosopher est un acte simple, à portée de tout un chacun. Il consiste essentiellement à refuser d'inscrire sa propre réflexion dans un système de pensée préétabli. Telle est la grande conquête de la modernité. Pour pouvoir revendiquer la liberté, l'esprit doit lui-même être libéré de toute entrave. Il est vrai que toute pensée humaine se trouve, au départ, entravée. L’esprit philosophique consiste à ne pas surajouter à ces entraves intrinsèquement liées à l'homme d'autres entraves de caractère culturel qui, en tout état de cause, nous sont transmises par la voie de l'héritage et du  milieu.(9)
C’est là la véritable condition de la liberté de pensée. Cela paraît simple, mais s’abstraire de l’arc est le plus difficile des exercices. C'est pour cette raison que Mohammed Arkoun a été l'objet des attaques que nous avons évoquées précédemment. Ce qu'on lui reproche, c'est de laisser croire que l'arc référentiel est une construction humaine et non pas un ordre divin.
(A suivre)

-(1) L’auteur de Why I am not a muslim, Prometheus Books,  1995,  Trad franc., Pourquoi je ne suis pas musulman, L’Age d’homme, Lausanne, 1999, préf. Taslima Nasreen.
-(2) Egyptien, naturalisé américain. Il applique au Coran une numérologie électronique et écarte le hadith comme source du droit. Mis au ban de la communauté comme hérétique par les autorités religieuses et assassiné en 1990.
-(3) Auteur de L’Impasse Islamique, La religion contre la vie, éd. Libertaires, 2009, préf. Michel Onfray. Auteur également de Réformer l'Islam ? Autopsie d'une illusion caractérisée, Editeur indépendant, (2007).
-(4) Intellectuelle mondialement connue pour son combat pour l’émancipation des femmes. Elle déclare son athéisme et estime que l’Islam est incompatible avec les droits de l’homme.
-(5) Comme l’a affirmé publiquement Wafa Sultan sur la chaîne la plus écoutée du monde arabe Al Jazeera en 2006.
-(6) Ils trouveront dans Aux fondements de l’orthodoxie sunnite, PUF, 2005, une réponse à leurs  interpellations.
-(7) Op. cit, p. 170.
-(8) «La propension du mot – signe en mots – symbole assure celle du langage discursif ou concret en langage mythique.»
-(9) Combien de croyants peuvent-ils vraiment démontrer que leur croyance leur provient d'autre chose que de la transmission ou des circonstances environnantes ? Le Prophète dans un hadith célèbre, rapporté par Muslim a reconnu cela : «Tout homme est mis au monde par sa mère en l’état de fitra. Ses parents en font un juif, un chrétien ou un mazdéen. S’ils sont musulmans, musulman il sera…»
 

Mohammed Arkoun, défenseur de l’Islam (2ème partie et fin/El Watan du 27/12/2010)

b) La dénonciation du montage des gestionnaires de la croyance

Ce montage se trouve à l’origine de ce que Arkoun appelle «l’imaginaire islamique commun». L’imaginaire religieux se présente comme «l’ensemble des croyances données à percevoir, à penser, à vivre comme vraies et qui n’admettent aucune intervention de la raison critique indépendante : celle-ci devient source d’hérésie, de dévoiement, si elle n’accepte pas d’être exclusivement la servante de l’imaginaire».«Dans une société où les représentations religieuses envahissent toutes les sphères de l’existence humaine, l’imaginaire religieux a fini par recouvrir l’imaginaire social.» (L’Islam, morale et politique, p.13)
La constitution du savoir théologique et juridique orthodoxe a fini par instituer ce que Arkoun appelle «l’impensé et l’impensable dans la pensée islamique», c’est-à-dire un ensemble d’événements contingents devenus certitudes théologico-politiques irrécusables pouvant entraîner la mort de ceux qui les contestent. Dans cette situation, le savoir est fondé sur «une revendication de vérité révélée, unique, absolue, inchangeable, échappant à toute historicité...» (Ouverture sur l’Islam, p.89) Par voie de conséquence, le savoir va acquérir «un caractère circulaire et totalitaire» (Essai sur la pensée islamique, p. 38).

Parmi les exemples, on peut citer celui de Shafi’i, «l’auteur de la Risâla, (qui) a contribué à enfermer la raison islamique dans une méthodologie qui va fonctionner comme une stratégie d’annulation de l’historicité… Il a cherché à disqualifier les raisonnements personnels qui intégraient les traditions vivantes en s’éloignant plus ou moins de la norme originaire». (Pour une critique..., p.73)
A partir de là, nous assistons à l’aplatissement et à l’ossification du discours religieux par la codification de la science des sources, uçûl. Le même phénomène s’est produit au niveau de la science historique, puisque «la tradition islamique a très vite transfiguré la période prophétique et celle des califes dits orthodoxes en âge mythique fondateur» (Pour une critique de la raison islamique..., p.159), imprégnant ainsi aux stratégies de domination, à la prise et à l’exercice du pouvoir, une signification rituelle dans un système cognitif de structure mythique.

(Pour une critique..., p.172) L’histoire profane devient entièrement théophanique et orientée vers l’histoire du salut, fonctionnant à la fois comme force de subversion et comme instrument d’aliénation, de fatalisme, et de soumission. Ainsi, le travail des gestionnaires du sacré consiste en un certain nombre de manipulations intellectuelles, telles que travestissement de l’histoire, sélection réductrice des sources, transcendantalisation des opinions, lecture linéaire et formaliste du texte. L’objectif ultime de notre auteur consiste donc à penser «les conditions et les moyens d’une libération de la pensée islamique dans le monde actuel». (Essai sur la pensée islamique, p.305) Pour cela, il faut procéder à un déplacement du regard, de la théologie dogmatique à «une enquête ouverte sur les percées de l’axiologie coranique dans le cours du temps historique». C’est ainsi que Mohammed Arkoun entend «débloquer une situation sacralisée par plus de 10 siècles de répétitions scolastiques et de dévotion communautaire». (Ouvertures sur l’Islam, p.77)

c)  «L’islamologie appliquée»

Rejetant la perspective dominante de l’islamologie classique qui s’en tient à l’étude des docteurs de la loi, expression de «l’implacable solidarité entre l’Etat, l’écriture, la culture savante et la religion officielle» (Pour une critique de la raison islamique, p.44), Arkoun reprend la perspective de «l’anthropologie appliquée» qui est celle de Roger Bastide. Cette perspective lui permet d’intégrer l’expression orale de l’Islam, le vécu non écrit et non dit, les expressions écrites de l’Islam jugées non-représentatives, les systèmes sémiotiques, non linguistiques, constitutifs du champ religieux ou liés à lui : mythes, rites, musique, organisation de l’espace temps, urbanisme, architecture, peinture, décors, mobilier, costumes, structures de la parenté, structures sociales, etc. (Pour une critique de la raison islamique, p. 44) L’Islamologie appliquée, pratique multidisciplinaire, entend corriger les insuffisances de l’Islamologie orientaliste.

Cela consiste à rompre avec les confusions du mythique et de l’historique, avec les lectures dogmatiques du texte coranique, avec la sacralisation du langage, la transcendantalisation du travail des interprètes, l’idéologisation de la religion et la réduction de l’Islam à «un système d’idées abstraites, douées d’une vie propre, telles des essences immobiles». (Pour une critique…, p.53) Il s’agit, par conséquent, de s’introduire dans l’étude du patrimoine culturel, turath, en assumant totalement la modernité, c’est-à-dire la perspective critique de l’étude du phénomène religieux dans sa globalité. Assumer la modernité ne veut pas dire assumer «l’imagerie mentale de la philosophie des lumières».

Arkoun dénonce le mimétisme méthodologique et épistémologique d’un certain nombre d’intellectuels arabes dont les opinions reposent sur des postulats modernistes : l’existence d’un individu souverain, capable de jugement indépendant, de choix libre entre le vrai et le faux ; la souveraineté de ce sujet qui s’exerce au niveau d’une conscience claire et distincte ; la croyance en une science génétique, universelle, déductive, essentialiste. Mohammed Arkoun pense qu’au moment où l’Occident reconnaît l’insuffisance et l’erreur de cette pensée, la pensée arabe leur assure une survie bruyante. Il faut, pour lui, «hâter, à l’intérieur du monde islamique, l’écroulement de l’empire idéologique» (Essai sur la pensée islamique, p.308). L’islamologie appliquée se dresse contre tous les fondamentalismes, le religieux comme le moderniste.

III. Pour une renaissance humaniste

Arkoun qualifie son action de «…combats pour l’humanisme». Vers les années 1960, Mohammed Arkoun s’adonnait à l’étude de l’humanisme arabe aux IVe/Xe siècles, à travers l’œuvre de Miskawayh, Abu Hayan a-Tawhidi. Il s’agit donc, comme il l’affirme lui-même, «d’un programme précis des tâches requises par la réactivation, l’expansion et l’appropriation moderne de l’attitude humaniste en contexte islamique». (Humanisme et Islam. Combats et propositions, éditions Vrin, p.16). Les questions essentielles qu’il pose à propos de cet humanisme sont les suivantes : comment et dans quels milieux sociaux liés au fait Islamique a pu émerger une attitude humaniste ? Pourquoi et comment cet humanisme a reculé et fini par disparaître dans les sociétés contemporaines travaillées par un fait islamique régressif ? Enfin, pourquoi sommes-nous passés de l’humanisme classique à l’anti-humanisme contemporain qui n’est pas un retour du religieux, mais de ses formes idéologiques ?

C’est à partir de ce questionnement que Mohammed Arkoun fait un parcours magistral de 14 siècles d’histoire de la pensée et de la société islamique. A ce propos, il ne questionne pas uniquement l’histoire elle-même, mais la manière de l’écrire, c’est-à-dire que ses réflexions constituent une charte méthodologique de l’historien. Mais, en fin de parcours, il aboutit à un postulat implicite, un jugement moral : la supériorité de l’humanisme, quel que soit son positionnement historique, sur les autres systèmes de valeurs ou de croyance.
Il s’agit là d’une bataille pour la liberté. Cette bataille consiste en fait à expliquer pourquoi, au niveau de l’humain, la philosophie humaniste est supérieure à toutes celles qui fondent leur conception du droit sur une volonté extérieure tenue pour souveraine des hommes et de leurs lois. Cette perspective consiste à démontrer que la liberté de conscience est le meilleur remède pour «l’apaisement des cœurs» que l’intolérance et le dogmatisme et que la liberté inconditionnelle de religion n’est pas cette «liberté monstrueuse», contraire aux droits de Dieu. Pour Arkoun, l’attitude humaniste constitue l’une des bases de la pensée et de la pratique démocratique :

«Elle n’exclut rien de ce que produit l’homme ou engage son destin, mais elle soumet tout à l’examen critique, y compris les dogmes de la croyance religieuse et les vérités sacralisées/sacralisantes.»
Cet humanisme doit déboucher sur la philosophie de la modernité, celle des droits de l’homme. L’objectif de Mohammed Arkoun est «d’ouvrir la pensée islamique aux fondements philosophiques et aux fonctions juridiques et culturelles de la laïcité» (L’Islam moral et politique, p.47) et la démocratie. Pour lui, il existe une quasi-identification entre l’humanisme et la modernité.
Cet humanisme, en effet, est seul à même de concilier les droits du croyant avec les devoirs de la citoyenneté. A ce propos, Mohammed Arkoun affirme : «Il est indéniable qu’il y a dans la révélation, recueillie dans les Ecritures saintes, des pierres d’attente, des racines fortes, des concepts porteurs pour l’émergence de la personne humaine, comme sujet de droit et agent responsable de l’observance d’obligation envers Dieu et envers ses semblables dans la cité.»(10)

Après avoir dénoncé la lecture au premier degré, littérale et décontextualisée, de la sourate du Repentir, en particulier du verset 5, appelé par l’exégèse coranique le verset du Sabre, âyat a-Saïf, et transformé aussitôt en un véritable code juridique de la violence, il conclut : «Le Coran se prononce sans ambiguïté sur les critères qui garantissent pour l’éternité, non seulement les droits de l’homme, mais son salut.»(11)

En d’autres termes, il existe une vision positive de la personne humaine et de sa liberté dans le texte coranique. Ce message, pour Arkoun, a été confisqué par l’institution cléricale ou étatique, pour justifier et rétablir les hiérarchies, les inégalités et la domination. La critique de Mohammed Arkoun se termine, en définitive, par l’accusation directe des institutions directionnelles de la société, le pouvoir du savoir et le pouvoir du pouvoir. Ces thèses ne sont pas faites pour plaire. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que ses adversaires aient déployé tant d’efforts pour, comme à l’accoutumée, l’accuser d’hérésie, sinon d’apostasie. Mais, par les positions que nous venons d’indiquer, il est clair que Mohammed Arkoun fut un défenseur de l’Islam, un Islam conforme aux fondements de son message spirituel, un Islam où l’homme libéré des entraves de l’histoire, se tiendra désormais dans la posture d’un homme non pas esclave de Dieu, mais ami de Dieu et des hommes.

 

Notes de renvoi :

-(10) M. Arkoun, Ouvertures…, op. cit., p. 90 et 91.
-(11) M. Arkoun, Ouvertures…, op. cit., p. 94.

 

Mezghena
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    Defenseur d'un Islam sans

 

 

Defenseur d'un Islam sans Dieu, au service des ideologies laicisantes des concernes,  aurait ete plus juste comme titre.

Comme le dit l'auteur, la demarche vise a liberer le musulman de sa servitude vis a vis de Dieu, et pour cela il faut desacraliser le message divin qui relie le musulman a Dieu. Raison pour laquelle Arkoun considerait que la consignation du Coran dans un livre, a ete la pire chose qui soit arrive au monde musulman. Pour lui la revelation coranique se devait de rester au stade d'une oralite vaguement transmise au fil des generations. Ce qui aurait certainement facilite la demarche laicisante, du rangement du recit coranique au rayon des mythologies des anciens.

Ce qui doit etre par contre signale dans ce type de demarche. C'est que tout en appellant les musulmans a dedogmatiser leur lien de servitude vis a vis de Dieu, il les sommes de se mettre dans une posture de servitude vis a vis de l'occident en dogmatisant sa pensee: destituer Dieu de l'imaginaire des musulmans, pour instituer   l'humanisme et le modernisme, comme nouvelles divinites.

 

Noureddine Kias
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Il y a de la marge

 

Je salue la perspicacité de Mezghena pour relever une phrase qui en dit pas mal sur la pensée de Arkoun mais qui laisse aussi le champ libre aux autres  détracteurs de l’Islam d'utiliser  les  mêmes méthodes pour opposer leur logique cartésienne  à la logique tout court. En effet juger le travail d’une vie sur une phrase me parait tres tenue comme preuves irréfutables de son engagement anti-Coran. Je verrais bien inintelligent de la part de Mr Arkoun qu’il défendît la consignation du christianisme  selon X saints (ou apôtres) dont l’idée centrale de chacun d’eux est de se contredire. Il faut prendre la pensée d’Arkoun dans son ensemble. Mustapha Cherif en a disséqué quelques incompatibilités dans le discours de Mohamed Arkoun. C’est un débat entre érudits. N'empêche je n'irais pas jusqu'à "classer" le penseur M. Arkoun en tant que Kafir. Ce que la courte intervention de Mr Mezghena laisse supposer.

 

En tout cas Bravo. J’aime beaucoup mieux cet aspect de Mr Mezghena que celui sur lequel j’étais en train de me former une opinion en suivant certains de  ses commentaires-insultes trés terre à terre a mon avis, et qui faussent le débat démocratique (Shora)  en essayant d’imposer  (par insultes interposées des écrits de certains sur ce Forum) sa « pensée véridique ».

 

Bonne continuation.

 

PS1) Pour que l'on puisse te suivre sur tes écrits, fais en sorte de faire court.   Prends exemple sur Nassiba.

 

PS2) Ne pollue pas les topiques avec la profusion de tes écrits. Fais en sorte d’en créer un toi-même et quand tu fais des commentaires, abrèges.

 

Ps3) Quand tu publies en Arabe, STP choisis une plus grande police lisible sans extra efforts. On a envie de participer au maximum de tous les topiques.

 

Au plaisir de relire tes commentaires sur ce sujet religion que tu semble en mesure de faire avancer.

AMAROUCHE
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ça reste ton point de vue

ça reste ton point de vue personnel...

Mezghena
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  ca ne veut pas dire grand

 

 

ca ne veut pas dire grand chose. tout le monde ecrit des points de vues personnels. Ce qui fait la difference c'est plutot,  les arguments et le raisonnement qu'il y'a derriere.  

Je ne lui ai pas attribue des idees imaginaires pour faire de faux proces. Le texte que tu as poste dit lui meme que toute la demarche consiste a rompre le lien de servitude entre le musulman et Dieu, pour que le musulman ne se considere plus  l'esclave de Dieu, mais se mette plutot au meme niveau que Dieu. 

Nassiba
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Mohamed Arkoun, Philosophe Algérien

 

 

Un Homme à l'écoute du monde

Par Mourad Benachenhou

 

" J'avais seulement vingt ans quand j'ai commencé à enseigner la langue et la littérature arabes au lycée d'El Harrach en Algérie.

Ma vocation d'enseignant ne s'est pas limitée aux publics d'élèves, puis d'étudiants à la Sorbonne; j'ai toujours répondu avec empressement aux demandes de publics extrêmement variés dans les cinq continents pour donner des conférences nombreuses en français, en anglais, en arabe et même en tamazight " (berbère).

(Mohamed Arkoun : Humanisme et Islam, Combats et propositions, Vrin, Paris, 2006, p.7)

 

Les autorités coloniales, qui ont administré illégalement et illégitimement l'Algérie entre 1830 et 1962 n'ont jamais caché leur intention d'éradiquer aussi bien l'Islam que la langue arabe.

 

Un génocide culturel programmé et systématiquement appliqué

 

Une politique systématique de destruction des institutions religieuses et scolaires musulmanes a été mise en oeuvre dès les premières années de l'occupation coloniale.

Dans un rapport rédigé en 1847, rapport très souvent cité par divers historiens de la période, Alexis de Tocqueville, pourtant partisan convaincu de la nécessité pour l'occupant de s'emparer de tout le territoire algérien, n'a pas manqué de noter que tout était fait pour détruire la société algérienne en la coupant de ses racines linguistiques, culturelles et religieuses.

Il a fait la constation suivante :

 " Partout nous avons mis la main sur ces revenus (ceux des fondations pieuses ayant pour objet de pourvoir aux besoins de la charité ou de l'instruction publique) en les détournant en partie de leurs anciens usages.

Nous avons réduit les établissements charitables, laissé tomber les écoles, dispersé les séminaires. Autour de nous, les lumières se sont éteintes, le recrutemnt des hommes de religion et des hommes de loi a cessé. C'est-à-dire que nous avons rendu la société musulmane beaucoup plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu'elle n'était avant de nous connaître."

Ce rappel a pour objet de mettre, une fois encore, en exergue la résistance multidimensionnelle menée par le peuple algérien contre un occupant décidé a effacer de la mémoire humaine l'existence même des Algériens et de leur histoire.

 

Mohamed Arkoun un phare du renouveau culturel algérien

 

Ce rappel vise également à souligner que la survie culturelle, linguistique et religieuse du peuple algérien témoigne de son attachement à ses spécificités, telles que son histoire les a créées.

Il est évident que, sans des hommes de foi et de culture, comme l'Emir Abdelkader, le cheikh Abdelhamid Ben Badis, Messali Hadj et des intelectuels de la trempe de Mohamed Arkoun, un combattant de la cause culturelle et religieuse nationale, la société algérienne aurait sombré dans le no man's land des peuples colonisés qui ont perdu tout repère civilisationnel du fait de l'action délibérée de génocide culturel poursuivie par l'occupant colonial.

 

Une origine sociale modeste, une personnalité intelectuelle hors du commun

 

Mohamed Arkoun est, en effet, né et élevé dans une famille de neuf frères et soeurs, et a grandi dans un contexte historique peu propice à l'émergence d'une élite intellectuelle profondément enracinée dans sa société.

Elève, entre 1941 et 1945, dans une école secondaire tenue à Oran par les missionnaires chrétiens Pères Blancs, il est soumis à un enseignement qui met l'accent sur le passé antéislamique de l'Algérie. Il choisit de consacrer sa vie à l'étude et à l'enseignement de la langue et la philosophie arabes.

Une carrière d'universitaire particulièrement brillante le conduit jusqu'à une chaire de professeur à l'université prestigieuse de La Sorbonne fondée en 1253 par un " averroïste latin", l'abbé Robert de Sorbon (1201-1274).

L'autobiographie d'Arkoun, qui donne une liste impressionnante de publications originales en français et en arabe et de traductions de ses oeuvres en anglais, néerlandais, bahasa (langue de l'indonésie), sans compter les écrits "mineurs" dans différentes publications, est publiée sur le site internet suivant :  

http://www.ibn-rushd.org/CV-Arkoun.htm.

 

à suivre...




 

AMAROUCHE
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Mohammed Arkoun et

Mohammed Arkoun et l’islamologie

 

le 06.01.11

 

En guise de préambule, je me dois de remercier M. Belhouchet, directeur du quotidien El Watan, et M. Hachemaoui, concepteur de ces rencontres, qui m’ont fait l’honneur de m’inviter à parler, ce jour à Alger, de Mohammed Arkoun, de son œuvre et de sa contribution à l’islamologie. Je dois ajouter que c’est une excellente initiative qu’ils ont prise : outre la discussion académique, il y a la dimension rituelle de cette rencontre qu’on ne peut négliger.

Une société existe par des rites. Sans doute y a-t-il des rites propres ou typiques de l’Etat moderne en tant qu’Etat national, comme la fabrication de héros nationaux. Dans l’Algérie indépendante, seuls ont pris cette figure éminente ceux qui ont participé au combat contre la France coloniale. Cette période, très proche et très courte («huit ans sur deux mille ans», pour reprendre une formule de Kateb Yacine), écrase de son poids l’histoire de l’Algérie et la déforme : on a souvent le sentiment que seule importe l’écriture de l’histoire de la guerre d’indépendance, ou bien que seuls comptent les combattants. Une grande partie de la recherche historique est dévolue à cette période, ainsi qu’à celle du mouvement national qui l’a préparée. A partir de cette vision, on a été conduits à exalter de manière exagérée tout un épisode guerrier — y compris ses acteurs — de l’histoire de l’Algérie.

Même un critique comme Kateb Yacine a écrit une pièce de théâtre qu’il a intitulée La guerre de deux mille ans, où il envisage l’histoire de l’Algérie comme une guerre permanente. Les opposants, des plus modérés aux plus extrémistes, font de même. Le héros national prend ainsi, dans la majeure partie des cas, la figure de l’homme d’armes, du moudjahid ou du martyr de la cause nationale, comme en témoigne la toponymie des rues et des places publiques, de même que la statuaire. Cette toponymie nous dévoile non ce qu’est l’Algérie, mais la conscience qu’en ont ses dirigeants, sans discontinuer, depuis l’indépendance. Derrière chaque nom propre mis en avant, combien de noms sont mis de côté, oubliés, voire tus délibérément ?  Le temps est venu sans doute de «démilitariser» le panthéon national.

La politique n’est pas réductible à la guerre, il est même dangereux de l’y réduire. C’est pour cela qu’il est devenu urgent d’ouvrir le panthéon national à d’autres héros, par exemple les gens de la culture, y compris quand ils ont été des opposants ou des critiques comme Mohammed Arkoun. Les héros d’une nation ne sont pas faits tout d’une pièce ; ils sont complexes comme l’est toute personnalité humaine, comme l’est également le contexte dans lequel ils ont évolué. Il n’y a que dans les contes de fées que les héros sont transparents. Est-il besoin de préciser que l’histoire d’un pays n’est pas un conte de fées ?

L’islamologie classique

L’islamologie classique, ainsi que l’appelait Mohammed Arkoun, et qui est souvent décriée en Algérie et dans les pays musulmans, injustement du reste, étudie principalement les textes de la tradition islamique savante comme le Coran et le commentaire coranique, le hadith, la sîra, le droit islamique, (fiqh), les chroniques historiques, le soufisme, la théologie (kalâm) et la philosophie. Pour ce faire, elle recourt principalement à la méthode historique et à la critique philologique, qui ont fait leurs preuves dans l’étude non seulement de l’Ancien et du Nouveau Testament, mais également dans l’étude des cultures classiques en général (Platon, Aristote, Homère, etc.)

L’étude des textes anciens, avant la diffusion de l’imprimerie et des droits d’auteur, pose des problèmes considérables, que le profane est loin d’imaginer. Dans la mesure où la reproduction du livre imposait de recourir aux services d’un copiste, celui-ci avait la possibilité d’ajouter des phrases, voire des passages entiers. C’est ce que l’on appelle une interpolation. Le philologue doit s’efforcer de dater le texte qu’il étudie, ensuite de repérer ces interpolations, s’il y a lieu. Le problème des textes philosophiques ou littéraires et celui des textes religieux ne sont pas les mêmes. Grâce à cette approche, on a pu arriver, par exemple, à la conclusion que derrière l’apparente unité du texte biblique on pouvait reconstituer au moins deux ensembles textuels différents, l’un dans lequel Dieu est appelé Iahvé, un autre dans lequel il est appelé Elohim (à rapprocher du nom arabe Allah).

La lecture philologique reconstitue souvent les liens de filiation entre les textes, y compris de langues différentes. Elle peut recourir aussi à la comparaison entre langues appartenant à la même aire linguistique, afin d’éclairer la signification d’un
mot : un chercheur a ainsi essayé de comprendre un mot obscur qui n’apparaît que deux fois dans la quatrième sourate du Coran (kalâla), en essayant de retrouver des termes analogues dans les autres langues sémitiques (akkadien. hébreu, syriaque, araméen). La philologie est un peu aux textes ce que la géologie est aux terrains : face à ce qui se présente sous la forme d’un bloc, une unité cohérente, elle oppose le processus historique, fait d’aléas et parfois de manipulations, qui, pareil à un cours d’eau, draine les différents éléments qui vont constituer au final le texte unique qui va être le point de départ d’une tradition. C’est ce qui ressort très bien des études menées sur la Bible.

La méthode historique

Quant à la méthode historique, qui est indissociable de l’approche philologique, elle est fondée sur un scepticisme méthodique qui vérifie l’authenticité de chaque fait, que ce soit pour l’histoire politique ou pour l’histoire religieuse. De ce point de vue, la méthode historique a conduit à l’effondrement des «romans nationaux» construits surtout au XIXe siècle qui voulaient voir dans la France ou l’Allemagne des entités suprahistoriques, ayant existé depuis toujours. Cependant, la méthode historique ne vise ni à démontrer la supériorité d’un «roman national» sur un autre ni à proposer de nouveaux mythes pour remplacer ceux qui sont devenus obsolètes. Son but est seulement d’établir la vérité historique : un fait a-t-il eu lieu ?Où ? Quand ? Qui y a pris part ?

Ainsi, le personnage de Jeanne d’Arc, passé au crible de la méthode historique, est dépouillé de sa dimension légendaire. Mais aussi le personnage de Napoléon ou de Lénine. L’histoire, quand elle est écrite par les acteurs, est toujours suspecte, même dans les domaines les plus anodins. Les acteurs ont une fâcheuse tendance à l’oubli, voire à enjoliver certains détails, surtout quand ils les concernent. L’historien ne peut s’en sortir qu’en confrontant les témoignages des acteurs de tous les camps, et surtout en croisant le discours des acteurs avec les informations que procurent d’autres sources (surtout les archives). Prenons l’exemple des camps de travail en URSS. Quand on lisait, il y a quelques décennies, les historiens soviétiques, ces camps n’existaient pas. Il a fallu attendre les premiers témoignages de personnes qui s’en sont échappés ou en ont été libérés (à partir de 1957), pour que le fait prenne de la consistance. Pourtant, certains ont continué à nier leur existence, soutenant qu’il s’agissait de propagande états-unienne.

Puis, enfin, il y a eu l’effondrement de l’URSS et l’ouverture des archives officielles. Pour les périodes les plus anciennes, comme l’Antiquité, il n’existe généralement pas d’archives, sauf pour ce qui concerne la collecte des impôts dans certaines régions. Dans ce cas, on recourt aux sources littéraires, et, depuis plus d’un siècle, à l’archéologie, sans oublier les sciences dites «auxiliaires» comme l’épigraphie (science des écritures) ou la numismatique (science des monnaies). Par exemple, la Bible affirme que les Hébreux ont été emmenés en captivité en Egypte et qu’ils ont quitté ce pays en traversant la mer Rouge et le désert du Sinaï, avant d’arriver en Palestine.

Les archéologues ont pris au mot ce récit et ont voulu le vérifier. On ne trouve aucune trace d’une présence d’Hébreux dans l’Egypte antique, de surcroît réduits à l’esclavage, à l’époque où ils étaient censés l’avoir été, ni du reste de leur passage dans le Sinaï. Tous les savants sérieux tiennent maintenant pour établi, grâce à l’archéologie, que jamais les Hébreux n’ont été emmenés en captivité en Egypte et qu’il n’y a donc jamais eu de sortie d’Egypte comme l’affirme la Bible. Il s’agit d’un récit légendaire. Ainsi, la méthode historique permet, grâce à un examen rigoureux de la littérature léguée par les gens du passé, d’établir les faits indubitables, et surtout d’écarter ceux qui sont trop ouvertement faux ou trop incertains. Elle permet aussi de corriger les exagérations des auteurs anciens.

Par-delà le procès idéologique de l’islamologie

Mohammed Arkoun, qui connaissait bien les sociétés musulmanes, savait que la méthode historique et l’approche philologique n’y étaient pas pratiquées, que ce soit dans le domaine de l’histoire nationale ou dans le domaine de l’histoire religieuse. Dans les écoles, et même dans les universités, en guise d’histoire de la civilisation islamique, on enseignait la version élaborée par les oulémas il y a plusieurs siècles. Par exemple, remarquons ce qui se dit du conflit sunnisme-chiisme. Pour les sunnites, le chiisme est une hérésie, invention d’extrémistes. Ce n’est qu’au XXe siècle, qu’en raison de l’œcuménisme dominant de part et d’autre, les oulémas sunnites d’Al Azhar ont accepté d’enseigner le droit des chiites duodécimains sous l’appellation fiqhja’farî, en référence au Vle imam chiite. Mais il n’a jamais été question pour eux d’enseigner la théologie duodécimaine, ni de faire connaître la tradition des imams. Du côté chiite, les choses sont à peine différentes.

Certes, les chiites ont fait preuve de moins de réticence à connaître la production intellectuelle sunnite qui leur a servi souvent de modèle. C’est ainsi que l’œuvre de Muhy al-dîn b. ‘Arabî, le maître de notre Emir Abdelkader, le plus grand soufi sunnite, est connue et même étudiée avec attention dans le monde chiite. Khumayni avait consacré un mémoire académique aux Fusûs al-hikam, son œuvre la plus difficile. Pour autant, les chiites continuent à enseigner leur propre version de l’histoire de l’Islam : selon eux, ‘Ali a été trahi par les Compagnons les plus puissants comme ‘Umar et Abû Bakr. C’est pour cela que Mohammed Arkoun, à juste titre, considérait que seul le recours à la méthode historique et l’approche philologique pouvait conduire à une issue afin d’échapper à ce duel spéculaire. Il a écrit à ce sujet : «Les uns et les autres substituent, depuis des siècles, une conviction religieuse héritée de la tradition, à l’utilisation rigoureuse de la critique historique» (L’Islam, morale et politique, Paris, 1986, p.142).

On comprend par conséquent la réserve légitime de Mohammed Arkoun à l’endroit de la critique «idéologique» de l’islamologie, y compris par Edward Saïd. Dans cette perspective, on reproche souvent à l’islamologie d’être au service de la domination occidentale sur le monde islamique. Ce type de critique est totalement irrecevable, car elle relève du procès d’intention. On peut y répondre simplement : en quoi l’étude des débats théologiques au IXe siècle de l’ère commune peut-elle servir une telle domination ? Il serait plus juste de dire que l’hostilité suscitée par l’islamologie vient de ce que celle-ci déconstruit le «roman fabuleux» que les oulémas ont édifié au cours des siècles passés. Quand l’islamologie réhabilite al-Hallâj, qui a été mis à mort au Xe siècle pour hérésie, elle oblige les musulmans à se reposer la question de cette condamnation, surtout à une époque dominée par l’islâh, par principe hostile au soufisme.

Quand elle étudie la théologie chiite, le hanbalisme ou l’ash’arisme, elle apporte de nombreux éléments pour contester ce «roman fabuleux» que les prédicateurs continuent partout de répéter. C’est pour cette raison que l’islamologie a rencontré pendant longtemps l’hostilité.

Toutefois, il faut indiquer que les tenants de la critique «idéologique» de l’islamologie qui la mettent en relation avec la domination occidentale ne sont pas entièrement dans l’erreur : en effet, si elle n’est pas un moyen de domination, elle en constitue par contre une expression indéniable. Prenons un exemple frappant. Il existe de nombreux départements universitaires en Israël dédiés aux études arabes et islamiques, dans lesquels de nombreux chercheurs s’activent (il y a parmi eux des savants palestiniens), y compris pour étudier la poésie classique ou l’histoire de la grammaire arabe. Il y a même une revue — Jerusalem Studies in Arabie and Islam — spécialement consacrée à ces domaines qui a une réputation bien établie.

En comparaison, y a-t-il dans les universités arabes, bien plus nombreuses, des départements consacrés aux études hébraïques et juives ? A Al Azhar, et, je crois aussi au Maroc, on enseigne l’hébreu. Mais nulle part, il n’existe une «majallat al-dirâsât al-yahûdiyya ou al-’ibriyya». Pourtant, dans une perspective de confrontation politico-militaire, la raison commande de connaître son ennemi. On peut dire la même chose des études sur la France en Algérie et au Maghreb.

On étudie le français comme outil linguistique et déjà moins la littérature française, à laquelle on a souvent substitué «la littérature maghrébine d’expression française». Mais on n’étudie guère la civilisation française. Combien d’étudiants en français peuvent expliquer ce qu’est le «jansénisme» ou le « gallicanisme» ? Il est vrai que les choses ne sont pas meilleures concernant les autres langues et cultures. En ce sens, mais seulement en ce sens, on peut dire que celui qui vous prend pour objet d’étude, et par conséquent vous connaît mieux que vous ne le connaissez, est, sans aucun doute, supérieur du point de vue du rapport de forces.

«l’isLamologie appliquée» et ses limites

Dans ses nombreuses conférences dans le monde musulman, devant un jeune public souvent enthousiaste, Mohammed Arkoun a toujours défendu l’usage de la critique historique et philologique dans l’étude de l’Islam savant. Certains sans doute se sont engagés sur cette voie sous son influence. Mais Mohammed Arkoun estimait que l’islamologie classique, même si elle conserve une utilité indéniable, notamment pour l’édition scientitique des textes, souffrait d’un handicap majeur, qu’il appelle «historicisme». En effet, une fois que l’on a établi les faits et écarté du revers de la main tout ce qui relevait de la légende et du mythe, comme le fait tout historien positiviste qui ne veut s’en tenir qu’au fait, on oublie que la légende et le mythe sont également des faits qui demandent à être compris et expliqués. Car, soulignait-il avec raison, c’est le fait légendaire qui est reçu comme la vérité par le fidèle qui a de l’impact aujourd’hui, non le fait nu établi par l’islamologue. C’est afin d’échapper à ce travers que Mohammed Arkoun a formulé le projet d’étudier le Coran et le langage coranique.

C’est ainsi qu’il écrivit  : «Les Récits coraniques, le Hadith, la Sira sont toujours décrits par l’islamologie classique comme des fondations discursives rationnelles, alors qu’elles doivent beaucoup à l’activité de l’imaginaire travaillant les mythes d’origine, de fondation» (Pour une critique de la raison islamique, Paris, 1984, p. 11). On voit dès cette fonnulation apparaître deux termes
importants : «imaginaire»  et «mythe». Cela demande un petit commentaire. Le terme «mythe», qui vient de la Grèce antique, a été totalement retravaillé par plusieurs auteurs modernes, en particulier Georges Dumézil, Claude Lévi-Strauss, J.P. Vernant, M.
Détienne, qui ont tous appartenu à la Ve section de l’EPHE, un lieu entièrement dévolu à l’étude des systèmes religieux du monde. Or, 1’usage que commence par faire Mohammed Arkoun du mot «mythe» est assez éloigné de ces auteurs.

Dans un article qui date de 1968, il déclare : «Il suffit de mentionner le nom de Cl. Lévi-Strauss pour évoquer les vastes horizons ouverts à la réflexion sur l’homme par l’anthropologie structurale. Nous nous garderons bien, toutefois, d’aller nous égarer dans un domaine où il est très malaisé de cheminer avec assurance. Pour définir la conscience mythique et l’usage que nous voulons en faire, nous nous adresserons plutôt à un autre guide compétent, mais plus accessible : Mircea Eliade» (Essais sur la pensée islamique, 1973, p. 245).

Dans ce passage, Mohamed Arkoun semble considérer que Lévi Strauss et Eliade ont la même conception du mythe ; or il n’en est rien. Pour Lévi Strauss, on ne peut rendre compte d’un mythe que si l’on tient compte de la totalité culturelle dont il n’est qu’un fragment.
Il a montré cela de manière magistrale, dès 1958, dans La geste d’Asdiwal», l’analyse d’un mythe amérindien. Une autre démonstration brillante de cette approche a été faite par Détienne à propos du mythe d’Adonis. Pour Eliade, en cela proche du psychanalyste suisse C. G. Jung (ils se fréquentaient dans les rencontres de la revue Eranos), les mythes avaient une signification univoque, hors de tout contexte.

L’approche de M. Eliade a eu de nombreux adeptes, parmi lesquels Gilbert Durand. C’est à ce dernier que Mohammed Arkoun emprunte le terme «imaginaire» et non au psychanalyste Jacques Lacan (qui distinguait trois registres : Réel, Symbolique. Imaginaire). A partir des années 1980, sans doute après la révolution iranienne, Mohammed Arkoun va de plus en plus recourir au terme «imaginaire», entendu au sens de lieu de toutes les illusions et les tromperies. Pour lui, qui faisait profession de foi antipositiviste, l’imaginaire, surtout quand il est «social», est aliénant. Posant la question du «mythique», Mohammed Arkoun aboutit à une conception positiviste : derrière le mythe, siège la déraison. Quant à «l’imaginaire social», catégorie récurrente dans les écrits de Mohammed Arkoun depuis les années 1980, il pointe l’irruption de «la foule»  sur la scène politique.

On peut donc conclure en soulignant que la tentative de Mohammed Arkoun de fonder «une islamologie appliquée», qu’il appelait de ses vœux, donc une islamologie débarrassée des présupposés métaphysiques qu’elle colportait depuis ses origines, a échoué parce que lui-même a refusé de faire le saut en posant la question du concept de «religion». Il n’existe pas dans son œuvre une définition de ce qu’il faut entendre par «religion», et encore moins sur ce qui spécifie l’Islam comme religion parmi d’autres.
 

Mohammed Hocine Benkheira
Mezghena
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Certes, les chiites ont fait

Certes, les chiites ont fait preuve de moins de réticence à connaître la production intellectuelle sunnite qui leur a servi souvent de modèle. C’est ainsi que l’œuvre de Muhy al-dîn b. ‘Arabî, le maître de notre Emir Abdelkader, le plus grand soufi sunnite, est connue et même étudiée avec attention dans le monde chiite. Khumayni avait consacré un mémoire académique aux Fusûs al-hikam, son œuvre la plus difficile.

 

pfff...c'est sense etre un connaisseur le gars qui a ecrit cela?

c'est la mystique d'Ibn Arabi qui a ete influence par le messianisme de  l'imamisme, et non pas l'imamisme qui a pris la mystique d'Ibn Arabi comme modele.  ce connaisseur a t'il pense a lire Ibn Khaldoun a ce propos?

 

kouwer wermi laawar

 

 

Noureddine Kias
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Monsieur Mezghena Bonjour

 

"pfff...c'est sense etre un connaisseur le gars qui a ecrit cela?

c'est la mystique d'Ibn Arabi qui a ete influence par le messianisme de  l'imamisme, et non pas l'imamisme qui a pris la mystique d'Ibn Arabi comme modele.  ce connaisseur a t'il pense a lire Ibn Khaldoun a ce propos?

 kouwer wermi laawar""

 

A mon avis Mr Mezghena, La forme et la le fond sont intimement lies. J’irai même plus loin. J’en suis certain. On me l’a appris des mon tres jeune âge et l’ai confirme tout au long de ma vie. Je ne prendrais comme exemple que l’enseignement (dont par rapport à ce que vous êtes ou du moins semblez être en théorie qu’un débutant en face d’un érudit dans ce domaine), le meilleur. Celui de Rassoul Allah Salla Allahou 3alaihi wa Sallama en ce qui concerne «Balagh Er-Risala» dont je temoigne aussi..

 

Je trouve que si vous répondez pfff etc… (Voir la citation) vous ne participez pas positivement au débat bien qu’apparemment  vous en avez les moyens.  Vous avez fais mieux quelque part sur ce Forum j’ai constate.

 

SVP two requests :

 

Nb-1) Faites nous profiter de votre savoir en étant clair et succinct dans vos articles personnels. Inspirez-vous de nos illustres 3oulamas pour la pédagogie. Et évitez de sembler savoir tout sur tout. Ne méprisez pas les contributions des gens et en réponse démontrez-nous sans faire LE professeur  par un meilleur langage ton point de vue d’érudit en nous apportant un plus si vous voulez qu’on vous lise.

 

Nb-2) Souvenez-vous toujours que c’est un lieu de débats. Personne sur terre ne détient la vérité absolue et si vous continuez comme vous le faites parfois (pas toujours je reconnais et j’apprécie),  on vous perdra et ce serait dommage. Evitez de taxer les gens que vous n’avez jamais rencontre (j’ai lu pas mal de vos contributions sur ce site).

 

Sans rancunes et au plaisir de lire et d’apprendre.

Mezghena
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 Cher  Noureddine Kias,Mon

 

 

Cher  Noureddine Kias,

 

Mon  pfffff est une reaction de depit et de mepris envers ce que Malek Bennabi qualifiait dans la lutte ideologique de "ruse, tromperie, tricherie, avidite, cruaute, bassesse, imfamie, impurte, hypocrisie et trahison"  ( c'est de lui, j'espere que la forme est soignee), ou ce que Chaykh AL Bachir Al Ibrahimi qualifiait, a propos de leur maitre Luis Massignon, dont l'article ci haut nous vante l'oeuvre et la discipline "desinteressee", d'agents de la cinquieme colonne se cachant sous des masques de mystiques. 

 

Je ne pense pas que l'Islam m'interdit de mepriser "la pourriture" ( desole pour la forme, c'est de Malek Bennabi aussi). L'article ci haut nous explique que l'oeuvre de Louis Massignon est "colonialement" desinteressee, qu'on lui fait un faux proces d'intention, que le discours musulman classique ne connait pas la critique historique et la rigueur intellectuelle dans l'ecriture de  l'histoire des musulmans, et que le maitre et ses disciples se sont charges de nous la faire decouvir pour nous aider a nous sortir de notre obscurantisme vers leur lumieres.

 

J'ai explicitement quote un exemple flagrant qui montre que ces specialistes de la "critique historique" qui veulent l'apprendre aux ignards que nous sommes, font dans, je reprends Malek Bennabi histoire de soigner la forme, la " ruse, tromperie, tricherie, bassesse, imfamie, impurte et hypocrisie".

 

 Permettez moi donc de donnez directement la parole a leur maitre Louis Massignon dont ils defendent l'oeuvre et le "desinteressement" (a noter qu'ils ne le nomme meme pas.  strategie de " ruse, tromperie, tricherie, bassesse, imfamie, impurte et hypocrisie" peut etre? desole encore pour la forme).

 

Voici donc le maitre de ce courant islamologique classique,  "le renovateur" de la mystique d'Al Hallaj dont il est question plus haut, le mystique homosexuel qui avait un faible pour les homosexuels musulmans soit dit en passant,   et dont on  nous dit a propos de son oeuvre islamologique qu'elle est completement desinteresse vis a vis de l'oeuvre coloniale francaise ( et a souligner encore une fois  c'est des specialistes se revendiquant de son courant qui nous le disent on peut pas dire qu'ils ne savent pas qui il est !!!).

 

Donnons donc la parole au maitre qui a etroitement collabore avec Laurence d'Arabie:

 

 

Noureddine Kias
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Mr Mezghena bonsoir,

 

Je comprends mieux cette langue quand même, je vous soupçonnais «multiglotte», vous m’en apportez la preuve.  Le style ici est beaucoup plus trempé et j’apprécie.

 

Je vous sais gré de la finesse et des soins que vous apportez à la forme dont je vous ai fais «grief». J’ai relu à deux fois votre message pour m’assurer que vous avez bien cité toutes les «bonnes formes» du texte a critiquer si ce n’est un mot que vous n’aviez quand même pas oublie d’utiliser entre parenthèses.

 

C’est LA critique à faire au texte que j’aurais voulu lire en commentaire à Mr Amirou, lequel confusément s’éclaircit-il maintenant  j’ai associe aux destinataires de la critique.

 

En tout cas pour ma part votre réponse à mon commentaire ici m’a agréablement surprise. Je vous relirais volontiers avec plaisir et sincère intérêt, avec une petite arrière idée quand même et est que j’aurais quelque chose à apprendre et prendre en le faisant. Puisses-tu commenter  les textes dont tu n’apprécies pas le fond avec la dialectique et le savoir faire employés ci-avant.  Donc à sélectionner cette dernière  «langue» de votre pépinière,  qui je le pense sincèrement vous sied a merveille.

 

Bravo encore une fois pour la perspicacité.

Mezghena
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  Noureddine, Les

 

 

Noureddine,

 

Les specialistes dont je parle c'est bien l'auteur du texte que Amarouche a poste et qui a ete invite de france par Al Watan pour animer une conference sur Arkoun et non pas Amaourche.

 

Quand a Amarouche les proces c'est sa specialite surtout lorsqu'il s'agit d'instrumentaliser la science contre la religion, quand aux debats argumentes aussi bien sur la science que la religion,  il les a toujours fuit lorsque je pointe sur ce forum.  Le premier en date c'etait son affirmation que le Coran dit que la terre est plate, que les musulmans sont malhonnetes puisqu' ils ont attendu que la science occidentale disent que la terre n'est pas plate pour qu'ils commencent a faire dire  au Coran que la terre est spherique.  Je lui ai mis sous les yeux les tafassirs du Coran qui disaient il y'a 14 siecles deja que la terre est spherique a l'image des planetes que nous observons, je lui ai cite les propos et les demonstrations d'Ibn Taymiyya et d'Ibn Hazm d'il y'a mille ans ou il n'y avait ni de Gallile ni de Coppernic,  rien comme si de rien n'etait il a continue dans "le mensonge" et la propagande et a faire ses faux proces aussi bien aux musulmans qu'au Coran.   Argumente ou n'argumente pas c'est pareil pour lui, la propagande toujours la propagande jamais rien d'autre que la propagande. Et c'est lui qui parle plus haut sur ce fil de propagande islamiste.

 

Pour revenir au sujet. Si je devais me referrer a ce que disent les savants religieux a ce propos, comme vous me l'avez suggere,  Akroune n'est pas musulman, il ne reconnait pas la sacralite du texte coranique en tant que texte revelee. pour lui le texte coranique c'est un texte humain. C'est cela la methode historique dont ils parlent en islamologie. L'histoire n'ayant fais l'observation ni de Dieu ni de Jibril on le considere comme un texte humain qui n'a aucune sacralite autre que celle inscrite dans la mythologie. C'est une inspiration d'un personnage historique appelle Mohammed, qui lui meme s'est inspire des recits bibliques. Ca c'est la these de l'islamologie. Les choses ne peuvent pas etre autrement que chez les croyants. L'islamologie n'est pas une affaire de croyance, c'est une affaire d'etude d'un objet appelle islam comme production humaine completement desacralise, et cela commence par la desacralisation du Coran en premier qui est l'oeuvre centrale de Akroune. c'est ce qu'on appelle chez eux la methode scientifiques des sciences humaines. La sacralisation du texte du Coran c'est ce que Arkoun appelle "l'ignorance sacralisee" du monde musulman. Il reproche a ce titre aux etats arabes d'avoir rate le tournant du 20 eme siecle pour ouvrir le monde musulman a la philosophie des Lumieres, plutot que de continuer a trimballer au 20 eme siecle cette casserole d'un texte religieux sacre revele en tant que tel.

Durant les conferences islamiques en Algerie dans les annees 80, Al Ghazali qui etait a la tete de l'universite islamique de Constantive l'avait arrete en pleine conference pour lui demander de se repentir et de refaire la chahada pour redevenir musulman. 

Akroun  dit de son cote qu'on ne sortira pas du probleme de l'Islam,  tant que celui ci continue a etre enseignee dans les universites islamiques par des croyants. Akroun dit que c'est pas a l'universite islamique de constantine qu'il faut aller etudier l'Islam,   mais c'est a La Sorbonne, la ou il est enseigne par des non-croyants comme une culture humaine et non pas comme une croyance. Sur la trace de son maitre Massignon qui l'a fait ramene a la Sorbonne.

Et pour arriver a la desacralisation du texte coranique Akroun, fais comme son maitre Massignon. Il recours a ceux que l'islam sunnite dominant considere comme sectes heretiques.  ( d'ou le reproche fais aux sunnites dans l'article d'Al Watan de ne pas enseigner dans leur universites les doctrines des sectes qu'ils considerent heretiques. En realite c'est pas qu'elles ne sont pas enseigne, ils y sont enseignes mais en tant que doctrines heretiques).

C'est la le slogan de arkoun de la necessite de penser l'impense. Qu'est ce que l'impense? tout ce qui sort du cadre de l'islam dominant releve de l'impense. c'est la ou il faut aller. En appliquant cela ou va akroun chercher la desacralisation du texte coranique? il va la chercher dans les doctrines chiites qui disent disposer d'un autre coran que celui la. Akroune passe sa vie a tapper des pieds et des mains pour acceder a ces coran secrets. Mais rien n'y fit dit il les plus hautes autorites religieuses chiites gardent jalousement les secrets de leur bibliotheques auxquels tres peu peuvent acceder.

Il tiens a nous informer par contre que si un jour on levait le voile sur ses secrets impenses, le monde musulman plongera dans une guerre civile dans laquelle il n'a jamais plonge.

Alors si je devais conclure par rapport a cela, les articles qui sont en train de nous presenter le disciple  de Massignon en defenseur de l'Islam, nous font prendre des vessies pour des lanternes. Les incredules n'y verront que du feu bien sur. Quand aux Oulamas a prendre en exemple ils disent: Adouw Allah wa rassoulouh.

 

 

 

 

 

AMAROUCHE
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Ceci est un un débats d'idées

Ceci est un un débats d'idées et rien ne t'empêche d'envoyer ta contribution à EL Watan...

Mezghena
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    bien sur que c'est un

 

 

bien sur que c'est un debat d'idees, mais dans un debat d'idee on se doit d'etre rigoureux avec les faits. Tu ne peux pas lire la succession des dates a l'envers, juste pour faire valider ta these.

Surtout qu'on a affaire a des gens qui se disent specialistes.

pourquoi envoyer une contribution a El Watan? je ne trouve rien d'interessant a Akroun.

 

Nassiba
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......

 

 

Un intellectuel reconnu à travers le monde

 

Toutes les grandes universités du monde se sont fait un honneur de l'inviter à prononcer des conférences ; et il est resté disposé à répondre aux invitations qui lui étaient faites, imprégné qu'il était de sa mission d'éducateur et de clarificateur dans le domaine de recherche auquel il a consacré sa vie, à savoir le renouveau de la philosophie musulmane. Homme de dialogue, il prononce un de ses dernières conférences sur le thème suivant " Penser la tolérance, l'intolérance et l'intolérable depuis 1945 " en avril 2009 à l'Université de Fès.

Ses écrits ont été commentés dans des revues académiques de toutes les langues importantes du monde. Même un universitaire japonais, le professeur Natto Yosuke de l'Université de Tokyo, a consacré, dans la langue japonaise, une longue étude à sa pensée, sous le titre de " Une introduction à l'étude de Mohammed Arkoun " (dans Annales de l'Association japonaise pour les études sur le Moyen-Orient, numéro 11, 31 mars 1996 pp.319-340).

Une philosophe allemande, Ursula Günther, lui a même consacré, en 2004, un ouvrage de 277 pages intitulé : Mohammed Arkoun : Un critique moderne de l'interprétation de l'Islam.

 

Une pensée originale et profonde

 

Ce n'est, évidemment, pas l'abondance de ses écrits ou sa disponibilité à exposer sa pensée à tous les auditoires devant lesquels il a été invité à prendre la parole au cours de ses quelques soixante années d'activités de recherche et d'enseignement, qui l'ont rendu universellement célèbre et acclamé, et reconnu comme l'un des plus grands penseurs contemporains.

Il a apporté un éclairage nouveau à l'étude de la philosophie de l'Islam, éclairage qui constitue une rupture avec les voies choisies par les penseurs musulmans depuis le XIXe siècle, y compris les rénovateurs dont l'influence continue à se faire ressentir, comme Jamal Eddine el Afghani (1838-1897), le cheikh Mohammed Abduh (1849-1905), et bien d'autres penseurs musulmans, qui, au cours du XXe siècle et jusqu'à présent, ont poursuivi leur oeuvre de réflexion et de mise à jour de la pensée islamique.  (voir leur liste sur le site : http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Muslim_reformers).

 

Un rénovateur courageux de la philosophie musulmane

 

Arkoun est-il en rupture totale avec ses prédécesseurs ? Il pourrait sembler, en effet, qu'il ait adopté une démarche plus radicale qu'eux dans sa tentative de redonner un soufle nouveau à la pensée islamique.

Aucun des fondateurs du courant rénovateur de l'Islam, qui a apparu et pris forme sous le choc de l'invasion coloniale qu'ont connu les pays musulmans au cours du XIXe siècle, et de l'effondrement de l'Empire ottoman, qui a entraîné la disparition du califat, en 1923, n'a été aussi loin que lui dans l'effort de rénovation de la pensée musulmane, tirant son inspiration du Saint Coran.

Une lecture rapide de ses écrits donne crédit à cette interprétation de ses écrits. Il n'était pas, cependant, ni homme de provocation, iconoclaste près à mettre à bas les principes de base de l'Islam pour prouver son originalité, ni homme de conciliation, disposé à accepter de prendre des positions de compromis, pour ménager les sensibilités des uns et les préjudices des autres.

Il a été un étudiant particulièrement attentif de la pensée musulmane, telle qu'elle s'est développée dans les siècles d'or de l'Islam, au temps des Abassides; il a étudié plus particulièrement les écrits de Ibn Miskazayh (932-1030), auteur d'un manuel de philosophie morale inutile Raffinement des moeurs, et d'un livre intitulé Les clefs du bonheur, qui insistent non sur la nécessité de l'homme de s'adapter à sa société et à son siècle, mais également sur la nécessité d'ouvrir son esprit aux idées des penseurs non musulmans (visant spécifiquement alors le philosophe grec Aristote ) s'il veut atteindre le but suprême qui est le bonheur dans la vie, tout en préservant ses valeurs religieuses de musulman.  (voir Arkoun : l'Humanisme arabe aux IVeIXe siècles : Miskawayh, philosophe et historien, thèse de doctorat, Vrin, 1970)

 

....à suivre...

 

Mezghena
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   Cher  Noureddine

 

 

 

Cher  Noureddine Kias,

Mon  pfffff est une reaction de depit et de mepris envers ce que Malek Bennabi qualifiait dans la lutte ideologique de "ruse, tromperie, tricherie, avidite, cruaute, bassesse, imfamie, impurte, hypocrisie et trahison"  ( c'est de lui, j'espere que la forme est soignee), ou ce que Chaykh AL Bachir Al Ibrahimi qualifiait, a propos de leur maitre Luis Massignon, dont l'article ci haut nous vante l'oeuvre et la discipline "desinteressee", d'agents de la cinquieme colonne se cachant sous des masques de mystiques. 

 

Je ne pense pas que l'Islam m'interdit de mepriser "la pourriture" ( desole pour la forme, c'est de Malek Bennabi aussi). L'article ci haut nous explique que l'oeuvre de Louis Massignon est "colonialement" desinteressee, qu'on lui fait un faux proces d'intention, que le discours musulman classique ne connait pas la critique historique et la rigueur intellectuelle dans l'ecriture de  l'histoire des musulmans, et que le maitre et ses disciples se sont charges de nous la faire decouvir pour nous aider a nous sortir de notre obscurantisme vers leur lumieres.

 

J'ai explicitement quote un exemple flagrant qui montre que ces specialistes de la "critique historique" qui veulent l'apprendre aux ignards que nous sommes, font dans, je reprends Malek Bennabi histoire de soigner la forme, la " ruse, tromperie, tricherie, bassesse, imfamie, impurte et hypocrisie".

 

 Permettez moi donc de donnez directement la parole a leur maitre Louis Massignon dont ils defendent l'oeuvre et le "desinteressement" (a noter qu'ils ne le nomme meme.  strategie de " ruse, tromperie, tricherie, bassesse, imfamie, impurte et hypocrisie" peut etre? desole encore pour la forme).

 

Voici donc le maitre de ce courant islamologique classique,  "le renovateur" de la mystique d'Al Hallaj dont il est question plus haut, le mystique homosexuel qui avait un faible pour les homosexuels musulmans soit dit en passant,   et dont on  nous dit a propos de son oeuvre islamologique qu'elle est completement desinteresse vis a vis de l'oeuvre coloniale francaise (et a souligner encore une fois  c'est des specialistes se revendiquant de son courant qui nous le disent on peut pas dire qu'ils ne savent pas qui il est !!!). 

Donnons donc la parole au maitre qui a etroitement collabore avec Laurence d'Arabie:

 

 

Mezghena
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  Le Maitre: On ne peut

 

 

Le Maitre:

 On ne peut pas  immediatement savoir ce que pense l'adversaire, ou tout au moins celui que la colonisation met devant nous en position d'adversaire. Le phenomene de la colonisation ne se limite pas aux pays qui s'appellent officiellement "colonies". Comme vous le savez, c'est un phenomene complementaire de la lutte des classes et superpose a la lutte des classes. On ne peut le reduire a une telle lutte comme la theorie marxiste essaye de le faire. Dans les pays arabes, il est particulierement frappant de voir qu'en plus de la question de la lutte des classes il y'a le rapport du de colonisateur a colonise. Ce rapport-la est un rapport qui doit etre etudie par la psychanalyse...je pense qu'on ne peut le trouver qu'en parlant au colonise dans la langue du colonise..La culture du colonise existe, nous sommes obliges de la comprendre meme si nous voulons la remplacer

A suivre...

Mezghena
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  Le Maitre de la

 

 

Le Maitre de la "pourriture" ( desole mon cher Noureddine pour la forme "islamiquement non soignee", l'adjectif est de Malek Bennabi) dans ses oeuvres de mystique islamologue d'un cynisme inegale:

Nous avons pour les elections en Algerie recours a l'influence des congregations musulmanes sur la masse des electeurs illetres. Cette politique de corruption est publique et compromet a la longue certaines vedettes precieuses. L'administration se dit alors dans sa sollicitude: il y'a un moyen pour les musulmans d'etre absous de leurs peches, c'est d'aller a la Mecque. Nous leurs paierons le voyage. Ils rempliront leurs devoirs coraniques; ils nous reviendront absous, la conscience blanche comme neige. Ils pourront donc recommencer a notre service; nous aurons donc double benefice.

Mais un des derniers beneficiaires de ce systeme ingenieux vient de le gacher et nous a forces en revenant de la Mecque a payer la scolarite pour d'un de ses fils a Al Azehar, pour se racheter aux yeux de l'Islam anti-colonialiste. Cet homme nous aura coute fort cher pour aboutir au mepris reciproque et definitif.

 

 A suivre....

Mezghena
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  Massignon, Arkoune, et

 

 

Massignon, Arkoune, et Malek Bennabi qui raconte  le harcelement que lui, sa famille et ses parents ont subit de la part de "La pourriture" ( encore desole pour la forme mon cher Noureddine, c'est comme ca que Malek Bennabi appelle cette ecole d'orientalisme et leur suppots ):

 

في هذه السيرة الهامة (p.127) يذكر أركون بأنه من (البربر)، وأنه ولد في عام 1928م في قرية (تاوريرت ميمون) ونشأ في عائلة فقيرة، وكان والده يملك متجراً صغيراً في قرية اسمها (عين الأربعاء) شرق وهران، فاضطر ابنه محمد أن ينتقل مع أبيه، ويحكي أركون عن نفسه بأن هذه القرية التي انتقل إليها كانت قرية غنية بالمستوطنين الفرنسيين وأنه عاش فيها "صدمة ثقافية"، ولما انتقل إلى هناك درس في مدرسة "الآباء البيض" التبشيرية، والأهم من ذلك كله أن أركون شرح مشاعره تجاه تللك المدرسة حيث يرى أنه (عند المقارنة بين تلك الدروس المحفزة في مدرسة الآباء البيض مع الجامعة، فإن الجامعة تبدو كصحراء فكرية) [p.128].


وقد لفت أركون انتباه المبشرين، وظهرت محطة أخرى من الرعاية الكنسية، وهي دور المستشرق/المبشّر لويس ماسينيون، فبعد محطة (الآباء البيض) جاءت محطة (المبشر ماسينيون)، وماسينيون ليس مستشرقاً علمانياً ككثير من المستشرقين، بل الحقيقة أن أكثر مشاهير المستشرقين علمانيين، لكن ماسينيون لم يكن كذلك أبداً، بل كان مجاهراً بكاثوليكيته والدعوة إليها وقيادة مؤسسات تبشيرية بكل وضوح، وكان من أهم الأفكار التي يروجها ماسينيون، واشتهر بذلك، هو إمكانية تأصيل المسيحية من داخل الإسلام ذاته، أي الاستدلال على عقائد المسيحية بالقرآن، ولذلك كان الراحل ادوارد سعيد، برغم أنه معجب بموسوعية ماسينيون، إلا أنه تحدث عن "تدينه العميق" ثم قال عنه:


(ماسينيون يؤمن بإمكان اختراق عالم الإسلام، لا من طريق الدراسة العلمية فحسب، بل بتكريس النفس لجميع أنشطة ذلك العالم، ولم يكن أقلها أهمية عالم المسيحية الشرقية داخل عالم الإسلام، وكان ماسينيون يشجع بحرارة إحدى جماعاتها الفرعية، وهي جمعية البدلية الخيرية الكاثوليكية) [الاستشراق، إدوارد سعيد، ص 411، ترجمة عناني].


ولما رأى ماسينيون الحلاج صوفياً تأملياً انتهت حياته بالصلب، استولى عليه نموذج الحلاج باعتباره شبيها بما يعتقده في المسيح، وهو أنه ضحى بنفسه للصلب، فكرس سنوات كثيرة لجمع المادة عنه، وأخرجها في كتاب موسوعي ترجم إلى اللغة العربية (شرح مراحل تأليف الكتاب ع.بدوي في موسوعته)، وكان ماسينيون يرى أن الحلاج هو أعظم إنسان في الإسلام، وأنه استطاع أن يتفوق على النبي محمد الذي لم يقبل الصلب، يشرح إدوارد سعيد دلالات هذه الفكرة لدى ماسينيون قائلاً:


(كان ماسينيون يرى أن الشخص المثالي هو الحلاج، الذي حاول تحرير ذاته بسعيه ووصوله آخر الأمر إلى الصلب، وإن محمداً رفض عمداً الفرصة التي أتيحت له بسد الفجوة التي تفصله عن الله، ومن ثم فإن إنجاز الحلاج يتمثل في تمكنه من تحقيق الوحدة الصوفية مع الإله) [الاستشراق، إدوارد سعيد، 413، ت عناني].


وأما المنصب السياسي الذي كان يعمل فيه ماسينيون فهو مستشار الادارة الفرنسية الاستعمارية للشؤون الاسلامية، ويبدأ الدور الذي لعبه ماسينيون في كون ماسينيون هو الذي تدخل شخصياً لكي ينتقل أركون إلى السوربون، ودرس هناك على ماسينيون وغيره، ولما أعلنت وفاة أركون كان من أطرف ما في الأمر أن الذي أعلن الوفاة لوسائل الإعلام هو الأب المسيحي كريستيان ديلورم، وهو الذي شرح حيثيات وصية أركون بأن يدفن في المغرب، وليس في الجزائر، ووصفته وسائل الإعلام بأن الأب ديلورم مقرّب من أركون، وكان مما قاله ديلورم (أن أركون درس في السوربون بتدخل من الدكتور ماسينيون)، وهذا كان ظاهراً في إعلانات وفاته في وسائل الإعلام في الأسبوع الماضي.


ثم لما درس لدى ماسينيون في باريس ظهرت آثار أفكار ماسينيون على أركون، مثل مركزية مفهوم الديانات الابراهيمية، وانتقاص اللغة العربية، والكتابة عن الحركات السرية، فكل هذه المشاغل التي عمل عليها ماسينيون رددها أركون لاحقاً.


حسناً .. حين نضع هذا الاهتمام الذي كثفه ماسينيون تجاه أركون في كفة، حيث تدخل ليدرس أركون في السوربون، ونقارن في الكفة الأخرى الاضطهاد الذي كثفه ماسينيون ضد مالك بن نبي بسبب توجهاته الإسلامية، فإن الصورة ستكون أكثر وضوحاً.

وقد روى مالك بن نبي قصة الضغوط والعراقيل والملاحقات التي نفذها ماسينيون ضده بشكل مختصر في كتابه القديم (مذكرات شاهد للقرن) وشرحها باستفاضة في كتابه الصادر أخيراً بعد موته (العفن) وهو جزء من سيرته الذاتية.


بدأ اضطهاد ماسينيون لمالك بن نبي بعد أن ألقى مالك بن نبي محاضرة في باريس على الطلبة الجزائريين والعرب بعنوان (لماذا نحن مسلمون؟) عام 1931هـ، وبعد ثلاثة أيام وصل إلى مالك رجل أمن، عرفه بهويته، وقال له: من الذي ينفق عليك؟ فقال له مالك: والدي. ثم انصرف رجل الأمن مباشرة.

ثم تلقى مالك استدعاء من ماسينيون، فاستغرب مالك بن نبي من صيغة الدعوة من كونها غير مباشرة وفيها فوقية، فلم يأبه لها. وبعد زمن قصير وصل إلى مالك خبر من أبيه في الجزائر يخبره فيه أنه يعاني من مضايقات في عمله ويحتاج تدخل ماسينيون لإصلاح وضعه، وانتهت هذه المضايقات بخروج أبيه من وظيفته وضياع حقوقه وهو في الثمانين من العمر.


يقول مالك بن نبي بمرارة عن حادثة رجل الأمن:

(لم أضع في ذهني أي صلة بين هذا الحادث التافه ومحاضرتي أمام الطلبة، وخصوصاً بينه وبين مركز أبي الموظف الصغير بالجزائر...، فتحطمت السمكة الصغيرة رخوة لينة بفتور على شفتي ماسينيون) [مذكرات شاهد للقرن، مالك بن نبي، 237-242 ].


دعنا نتوقف هاهنا لنتأمل الاستنتاجات المتوقعة، هذه الرعاية الكنسية لأركون منذ محطة الآباء البيض، ومروراً بمحطة ماسينيون، وخصوصاً دعم ماسينيون لأركون وحربه على مالك بن نبي، وانتهاءً بعلاقات أركون العميقة مع رجال الدين النصارى في باريس.


ماذا يمكن أن نستنتج من هذه المعطيات؟ أعتقد أن القول بأن أركون لديه ميول تنصيرية هو أطروحة في غاية السطحية، خصوصاً لمن طالع كتابات أركون وما فيها من العلمانية الجذرية التي تستخف بالأديان كلها.


إذن ليس هذا هو أثر هذه النشأة والدعم النصراني، وإنما مفعولها يقع في مستوى آخر، وهو أن هذه النشأة والدعم الكنسي منذ طفولته المبكرة وحتى إجراءات دراسته في فرنسا كان لها أثر جوهري في (تقويض الحواجز الإيمانية بين أركون والقرآن)، وهذا من أهم العوامل التي تفسر اندفاعه في التنديد بالقرآن والسخرية بمحتواه وأسلوبه، فالإخاء المبكر مع هؤلاء المنصرين وشكوكهم المستمرة في نسبة القرآن إلى الله، وأن النبي –صلى الله عليه وسلم- أخذه من التوراة والانجيل، وأن القرآن هو مصدر العنف؛ هذه الأفكار النصرانية كلها امتصها أركون وكررها في كتاباته، وإن كان في صيغة علماني لا نصراني.

 

  A suivre...

Noureddine Kias
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Une plus grande taille de police en Arabe svp.

La taille de la police en arabe est trop faible pour mes yeux. Avec 2 textes comme celui-ci et c’est la migraine pour moi et cela pour 24 heures. Pourriez-vous utiliser une plus grande police (Biger Font Size) quand vous publiez en arabe. Même en zoomant c’est une répétition à la longue  décourageante.

 

Merci Beaucoup

Mezghena
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  Malek Bennabi, Le 20

 

 

Malek Bennabi, Le 20 Decembre 1962:

Ce soir, la television a donne une nouvelle d'une reunion de l'Academie arabe a la memoire de Massignon mort, semble t'il, en novembre dernier. C'est ainsi que j'ai appris la mort de cet homme qui fut implacable pour ma famille a cause de sa haine pour moi.

 

A suivre...

 

 

Mezghena
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    Commentaires cyniques du 

 

 

Commentaires cyniques du  Maitre de la "pourriture", 1952:

Le chef des Ulamas reformistes d'Algerie ( Al Bachir Al Ibrahimi) a considere dans Al Bassair que j'avais mis 25 ans a me construire une espece de masque, que j'etais le pire agent de la cinquieme colonne et que c'etait evidemment la cinquieme colonne qui operait a travers mon masque de mystique. Plus profondement, l'objection m'a ete faite, d'une maniere qui m'a fait beaucoup de peine, par un autre musulman algerien, M.Mohamed Ben Sai de Batna ancien president des etudiants nationalistes nords-africains de Paris, un homme qui reflechit. il mene une vie tres retiree, mais c'est une des tetes de l'opposition a la francisation en Algerie. Un jour ou il etait malade a Paris (ou je lui avais fait preparer un diplome d'etudes superieures a la Sorbonne), il m'ecrivait ceci: "Je ne me pardonne pas de vous avoir aimer, parceque vous m'avez desarme. Vous avez ete pire que ceux qui ont brules nos maisons, qui ont viole nos filles, ou enfume nos vieillards. Vous m'avez desarme pendant plusieurs annees de ma vie en me laissant croire qu'il y'a une possibilite de reconciliation et d'entente entre un Francais qui est chretien, et un Arabe qui est musulman"

Puis le maitre de commenter cyniquement:

Les musulmans algeriens, a notre contact, ont perdu, le sens de l'hospitalite heroique exercee meme envers l'ennemi

 

Ailleurs toujours avec le meme cynisme

J'aurais ete tue plusieurs fois comme espion occidental en terre d'islam si ce principe sacre de l'hospitalite, l'Aman, ne m'avait sauve

 

A suivre...

 

Mezghena
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Noureddine, Les

Noureddine,

 

Les specialistes dont je parle c'est bien l'auteur du texte que Amarouche a poste et qui a ete invite de france par Al Watan pour animer une conference sur Arkoun et non pas Amaourche.

 

Quand a Amarouche les proces c'est sa specialite surtout lorsqu'il s'agit d'instrumentaliser la science contre la religion, quand aux debats argumentes aussi bien sur la science que la religion,  il les a toujours fuit lorsque je pointe sur ce forum.  Le premier en date c'etait son affirmation que le Coran dit que la terre est plate, que les musulmans sont malhonnetes puisqu' ils ont attendu que la science occidentale disent que la terre n'est pas plate pour qu'ils commencent a faire dire  au Coran que la terre est spherique.  Je lui ai mis sous les yeux les tafassirs du Coran qui disaient il y'a 14 siecles deja que la terre est spherique a l'image des planetes que nous observons, je lui ai cite les propos et les demonstrations d'Ibn Taymiyya et d'Ibn Hazm d'il y'a mille ans ou il n'y avait ni de Gallile ni de Coppernic,  rien comme si de rien n'etait il a continue dans "le mensonge" et la propagande et a faire ses faux proces aussi bien aux musulmans qu'au Coran.   Argumente ou n'argumente pas c'est pareil pour lui, la propagande toujours la propagande jamais rien d'autre que la propagande. Et c'est lui qui parle plus haut sur ce fil de propagande islamiste.

 

Pour revenir au sujet. Si je devais me referrer a ce que disent les savants religieux a ce propos, comme vous me l'avez suggere,  Akroune n'est pas musulman, il ne reconnait pas la sacralite du texte coranique en tant que texte revelee. pour lui le texte coranique c'est un texte humain. C'est cela la methode historique dont ils parlent en islamologie. L'histoire n'ayant fais l'observation ni de Dieu ni de Jibril on le considere comme un texte humain qui n'a aucune sacralite autre que celle inscrite dans la mythologie. C'est une inspiration d'un personnage historique appelle Mohammed, qui lui meme s'est inspire des recits bibliques. Ca c'est la these de l'islamologie. Les choses ne peuvent pas etre autrement que chez les croyants. L'islamologie n'est pas une affaire de croyance, c'est une affaire d'etude d'un objet appelle islam comme production humaine completement desacralise, et cela commence par la desacralisation du Coran en premier qui est l'oeuvre centrale de Akroune. c'est ce qu'on appelle chez eux la methode scientifiques des sciences humaines. La sacralisation du texte du Coran c'est ce que Arkoun appelle "l'ignorance sacralisee" du monde musulman. Il reproche a ce titre aux etats arabes d'avoir rate le tournant du 20 eme siecle pour ouvrir le monde musulman a la philosophie des Lumieres, plutot que de continuer a trimballer au 20 eme siecle cette casserole d'un texte religieux sacre revele en tant que tel.

Durant les conferences islamiques en Algerie dans les annees 80, Al Ghazali qui etait a la tete de l'universite islamique de Constantive l'avait arrete en pleine conference pour lui demander de se repentir et de refaire la chahada pour redevenir musulman. 

Akroun  dit de son cote qu'on ne sortira pas du probleme de l'Islam,  tant que celui ci continue a etre enseignee dans les universites islamiques par des croyants. Akroun dit que c'est pas a l'universite islamique de constantine qu'il faut aller etudier l'Islam,   mais c'est a La Sorbonne, la ou il est enseigne par des non-croyants comme une culture humaine et non pas comme une croyance. Sur la trace de son maitre Massignon qui l'a fait ramene a la Sorbonne.

Et pour arriver a la desacralisation du texte coranique Akroun, fais comme son maitre Massignon. Il recours a ceux que l'islam sunnite dominant considere comme sectes heretiques ( d'ou le reproche fais aux sunnites dans l'article d'Al Watan de ne pas enseigner dans leur universites les doctrines des sectes qu'ils considerent heretiques. En realite c'est pas qu'elles ne sont pas enseigne, ils y sont enseignes mais en tant que doctrines heretiques).

  C'est la le slogan de arkoun de la necessite de penser l'impense. Qu'est ce que l'impense? tout ce qui sort du cadre de l'islam dominant releve de l'impense. c'est la ou il faut aller. En appliquant cela ou va akroun chercher la desacralisation du texte coranique? il va la chercher dans les doctrines chiites qui disent disposer d'un autre coran que celui la. Akroune passe sa vie a tapper des pieds et des mains pour acceder a ces coran secrets. Mais rien n'y fit dit il les plus hautes autorites religieuses chiites gardent jalousement les secrets de leur bibliotheques auxquels tres peu peuvent acceder.

Il tiens a nous informer par contre que si un jour on levait le voile sur ses secrets impenses, le monde musulman plongera dans une guerre civile dans laquelle il n'a jamais plonge.

 

Alors si je devais conclure par rapport a cela, les articles qui sont en train de nous presenter le disciple  de Massignon en defenseur de l'Islam, nous font prendre des vessies pour des lanternes. Les incredules qui se laissent berner par les discours mielleux sans aller dans les profondeurs, n'y verront que du feu bien sur.  Quand aux Oulamas a prendre en exemple ils disent: Adouw Allah wa rassoulouh.

Abbas
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La rotondité de la terre...

ne doit rien ni à Galilée, ni à Copernic, ni au Coran, mais à Eratosthène (-276 à -194 avant JC)Wink

Mezghena
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Oui Abbas pour dire que cette

Oui Abbas pour dire que cette affirmation est anterieure au Coran. Mais on ne sait pas vraiment si Erasthotene a ete le premier a le dire.  d'un autre cote les sahabas l'ont dit sans connaitre Erasthotene.

 Sinon l'idee que la connaissance s'est transmise de facon lineaire d'une civilisation a une autre, comme le pose le progressisme, est contestable. Elle n'est plus defendue dans les cercles post-modernistes.

Abbas
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Ya Mezghena...

c'était juste une indication, pas une thèse sur la transmission de la connaissance.

Eratosthène n'était pas le premier ni le dernier à dire, que la terre était ronde, mais il en avait juste mesuré la circonférence.

Mezghena
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 Oui Abbas, j'ai dis cela

 

Oui Abbas, j'ai dis cela parceque certains trouvent le moyen de dire que puisque cette idee etait connu chez les anciens grecques,  alors les musulmans l'ont copies de chez eux. 

 

Comme ceux qui disent plus haut, que le Coran a recopie les recits mythiques de la Bible.

 

Abbas
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Je ne pense pas...

qu'il y ait eu besoin des grecs antiques pour concevoir que la terre était ronde. par contre, je ne suis pas croyant et je ne me permettrai pas de parler du Coran.

Mezghena
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    Je penserais a toi  dans

 

 

Je penserais a toi  dans mes prieres pour que tu finisses ta vie en croyant Wink

Abbas
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Merci Mezghena

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