Tranche de vie des années 60.

Portrait de MedSouilah
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Chuuut.. ! Nous disait Hammidi. Essayons de nous taire encore un petit moment ce soir et écoutons le silence…Ce soir-là, une fois de plus, on se ‘’remettait’’ encore une nouvelle cure de silence, une nouvelle communion avec la nature bienfaitrice.
C’était le dernier été caniculaire, avant le «cessez le feu»…

 

 

Assis dans l’obscurité dans laquelle était plongé notre quartier du Jamè3e Lèkbir (la grande Mosquée du centre ville), sur des cartons posés  Ã  même le sol sous une ‘’tin’da’’ (véranda), nous commencions  alors à nous concentrer pendant que, peu à peu, l’environnement immédiat s’évanouissait tout doucement autour de nous, faisant place à une  Ã©trange dimension …

 

Puis, nos jeunes sens en alerte commençaient comme les autres fois à capter les premiers sons lointains : Un pleur de bébé, un couvert qui tombait par  terre dans une maison quelque part dans le quartier, une sortie en mer de  chalutier, les grognements et geignements lointains et typiques d’une  ‘’3 Vitesses’’ qui traçait tard vers la Crête…C‘était  magique…On planait…

 

Ensuite, au bout d’un petit moment de communion avec la nuit douce et  Ã©trangement parfumée, notre ami tapait dans ses mains et nous émergions  alors, souriants et tout pleins d’une merveilleuse sensation. Puis chacun  décrivait exalté, ce qu’il avait entendu et l’on recoupait alors en  riant, les diverses ambiances nocturnes…

 

Hammidi Benali (Aliouane) à douze ans avec son imagination fertile, nous  faisait déjà pratiquer à l’époque et sans le soupçonner, la  «déconnexion», un des piliers du yoga...

 

Pendant ce temps-là, de l’autre côté du haut ‘’barrage  barbelé’’ qui barrait notre rue de La Guillotière juste au flanc de la  rue Claireville, des ombres furtives parfois discètement mouvantes le long  du mur de Dar el 3askri, guettaient tapies dans la nuit, des  ‘’sifflets’’ prêts à déchirer la pénombre…

 

Au quartier d’El Jamè3e où nos aînés montaient anxieusement la garde à tour de rôle chaque nuit sous le seul chant du grillon, «Ã¢mmi Saïd» (je  salue sa mémoire…), se faufilant doucement comme un Sioux entre les  rangées de platanes généreusement feuillus, tendait le cou avec mille  précautions et scannait la zone à 180 degrés…

 

Scrutant attentivement le noir de l’autre côté du zarbe (barbelé), il  chuchotait vraiment pas rassuré du tout :  «  ya3ni ..??  Il peut arriver  jusqu’ici l’OAS pour nous plastiquer ..??? ».

 

NAFA Daoud ( originaire de Djidjelli)

France

dnaf@free.fr

 

(Ma première publication dans Jijel.info,il y a exactement SEPT ans...)

 

medsouilah@jijel.info