"Suite". 4 JUILLET 1993 : DEUX HEURES DE TERREUR !

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…/… J’ai considéré d’un air presque indifférent ces ombres assises qui se profilaient dans la pénombre et franchis le portail du mur d’enceinte. Mes pas crissaient sur le gravier de l’allée conduisant à l’entrée du bâtiment. Je montais l’escalier jusqu’au deuxième étage. Le bâtiment en comptait trois plus le rez-de-chaussée. J’entrais, refermais la porte et me dirigeais vers la cuisine. Je mis le dîner à chauffer et pris un morceau de pain que je mis à mâcher.
C’est à ce moment là que j’entendis frapper à la porte. Mais qui pouvaient venir à cette heure ci, me dis-je. Je me dirigeais vers la porte : oui, qui c’est ? « La police ». J’étais étonné et surpris tout à la fois. Mais que pouvait bien vouloir la police à cette heure de la nuit ? Tout à mon étonnement et, sans doute par réflexe mais c’était surtout par inconscience et manque de réflexion que j’ouvris la porte.../


Quelle ne fut ma surprise quand je vis quatre individus cagoulés franchir tous les quatre à la fois le seuil de la porte ! J’étais sidéré ! Parmi les quatre quidams l’un mesurait bien 1 m 90 et était bâtis en force. Deux autres étaient de taille moyenne et le quatrième court sur pattes. Plus tard j’ai su que c’était lui le chef de bande. Les trois s’engagèrent le long du couloir. Pendant que je les suivais du regard, je vis au milieu du couloir le chat dont les poils étaient hérissés comme les épines d’un porc-épic ! Le pauvre, lui aussi avait été surpris par cette intrusion !
Le « chef » me montra un couteau qu’il tenait à la main « tu connais ça ? Entre dans la cuisine, mets-toi face au mur». Je crus ma dernière heure arrivée ! Je me mis face au mur. « Où est le fusil de chasse ? ». Je n’ai pas de fusil de chasse, répondis-je. Le gars entra dans la buanderie, je ne sais s’il avait fouillé, n’ayant rien trouvé, il revint et me posa de nouveau la question. Je n’ai pas de fusil de chasse dis-je une nouvelle fois. Je n’en ai jamais eu.
Entre temps, les trois quidams étaient revenus et étaient entrés au salon. Ma femme et mes deux filles s’y trouvaient, elles regardaient la télé. Je tournais la tête, « Ne bouge pas où tu le regretteras » me dis le minus. J’entendais l’un des gars dire à ma femme « C’est quoi toutes ces allées et venues ? Tu ne sais pas que tous les habitants du village se plaignent ? Où vas-tu ainsi à chaque fois ? » « Chez mes parents, où voulez-vous que j’aille ? » « Non, pas seulement chez tes parents, nous t’avons surveillés, tu prends à chaque fois un taxi pour aller à Alger, qu’est-ce que tu vas y faire ? » « Je vais chez des amies passer l’après-midi, je suis d’Alger et par conséquent j’ai des amies, je ne peux pas m’abstenir de couper mes relations avec elles » …
Un dialogue de fou. Ainsi, nous étions sous surveillance depuis déjà assez longtemps ! Je le savais depuis un certain temps. Curieusement, une semaine avant cet évènement, j’avais été pris à parti par les voisins rassemblés dans la cour. Ce jour-là, je venais d’arriver vers 21 heures également. C’est souvent ainsi en raison de la difficulté qu’il y avait à trouver un transport vers sidi Moussa après 19 heures. Le dernier car de la SNTV démarrait effectivement à 19 heures de la gare d’Alger. Si je le ratais, bonsoir les problèmes de déplacement.
Je saluai tout le monde et m’apprêtait à rentrer chez moi. Celui qui avait été élu maire à sidi Moussa était mon voisin de palier. Candidat du FIS. Il m’appela « Un instant ya l’jar, nous avons besoin de te parler » Oui ? Dis-je en allant à leur rencontre. Ils formaient un cercle. « On t’informe, pour le cas où tu ne le sais pas, que ta femme nous occasionne un grand dérangement et c’est tout le monde du village qui s’en plaint ». Aaaah, ça je ne le savais pas ya lejmaâ, leur répondis-je. Mais je vais faire le nécessaire pour que cela cesse.
« On t’avais déjà signalé que ta femme mettait trop fort la radio et cela nous dérange ». Oui, en effet, mais j’y ais mis bon ordre. « On s’en est aperçu ». C’est pendant toute une demi-heure que dura ainsi cet entretien de fous. Ce fut un palabre, des conseils et des avertissements clairement formulés. Dès que je sis entré à la maison je pris ma femme à part et lui racontais ce que je venais d’entendre de la part des voisins. Il me semble que je t’avais déjà fait la leçon lui dis-je. Tu sais bien dans quel milieu nous vivons ! Ce ne sont pas des gens ordinaire, ce sont des paysans et des montagnards qui, lorsqu’ils s’entendent au sujet de quelqu’un il s deviennent sans concession.
Pourquoi tu les provoques comme ça sans cesse. Tu sais bien qu’ils n’ont pas la même mentalité qu’un citadin d’Alger ! « Mais je les emmerde ! Je suis chez moi, ils n’ont pas à nous adresser des remarques, et puis ça ne les regarde pas ! » Têtue et bornée. Depuis ce jour, j’appréhendais le pire et il a fini par ce produire tel que je l’avais imaginé !
Coincé face au mur, j’entendis soudain ma femme s’exclamer « Non, non pas avec le couteau ! » En une fraction de seconde je me sentis envahi par plusieurs impressions et sentiments. Mon sang se glaçât dans mes veines ! Je sentis le ciel tomber sur mes épaules avec fracas et un voile noir descendre sur mes yeux, tandis que mes pensées s’affolèrent avant de se figer ! J’avais le tournis et ne sus plus où me situer ! J’étais impuissant avec le type qui, à ce moment là m’avait collé la pointe de son couteau derrière le cou ! « Ne bouge pas ! ».
Non, non, ce n’est pas possible me mis-je à penser, désemparé et ne sachant ce qui arrive. Je m’attendais à entendre encore les cris d’effroi et de terreur qu’allaient pousser mes enfants devant ce que j’imaginais d’horrible qui allait se passer. Bizarrement rien ne se produisit. « Ne bouge pas », me dit encore le minus…
Il se mit à me questionner à sont tour « Que connais-tu de D… (Le maire). C’est mon voisin et la seule chose que je sais de lui est qu’il est enseignant dans cette école au même titre que ma femme. « Et puis quoi encore ? » C’est tout, lui répondis-je. Je n’ai pas pour habitude de m’intéresser aux personnes même s’ils sont mes voisins. Mais je suppose qu’il devait bien le savoir, du fait que nous étions depuis longtemps sous surveillance, dans le moindre de nos faits et gestes !
A suivre…

Noureddine Bousdira jijel.info

 

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