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QUAND LA FRANCE MASSACRAIT IMPUNÉMENT EN ALGÉRIE

S’il existe un système colonial dont la barbarie n’a d’égale que les crimes commis en son nom, c’est bien le colonialisme français.
Aucun système colonial n’avait jusqu’à l’agression française contre l’Algérie en 1830 atteint les cimes de l’ignominie et de l’injustice : les Espagnols en Amérique dite latine avaient certes commis des massacres des populations amérindiennes, c’était quand même au XVIème siècle, la technicité s’arrêtait au fusil et au canon.


Au XIXème siècle, c’est l’apport mécanique de la révolution industriel le qui a été mis à profit par les théoriciens de la colonisation systématique de l’Algérie. Résultat : des millions d’Algériens tués en quelques décennies, les survivants étant réduits au statut inférieur d’« indigènes » dans leur propre patrie.L’un des premiers témoignages poignants sur les crimes français dans l’Alger, à peine colonisé, est celui du notable nationaliste Hamdane Khodja, dans son livre réquisitoire Le Miroir, paru en 1833. L’auteur parle d’expropriations, de violations des lieux de cultes, de vandalisation des cimetières et de l’utilisation des ossements humains des défunts algériens comme combustible pour les navires français.


Pour Hamdane Khodja, l’auteur de ces forfaits est le colonialisme français, mais il a un visage et un nom : le maréchal Clauzel, gouverneur d’Alger, un homme sans foi ni loi, dont le seul but était de spolier les « autochtones », et de massacrer ceux qui osent prendre les armes pour défendre leur honneur.


Un précurseur dans la dénonciation des crimes coloniaux : Hamdane Khodja


Le témoignage de Hamdane Khodja, témoin averti et fin connaisseur et de l’environnement algérien, et de la culture de la puissance coloniale est précieux à plus d’un titre. Il sera le point de départ de toute une littérature de combat et de dénonciation des crimes coloniaux, cela même qu’une certaine classe politique française, nostalgique de l’Empire colonial, dépend comme une « œuvre civilisatrice ».


Le notable algérois, nous décrit avec effroi le récit du massacre de la tribu des Aoufiya, près d’El-Harrach, exécuté par le duc de Rovigo le 2 Avril 1832, soit moins de deux ans après la chute d’Alger. L’extrait tiré du Miroir est anthologique. « Tout le bétail fut vendu à l’agent consulaire du Danemark.


Le reste du butin, sanglantes dépouilles d’un effroyable carnage, fut exposé au marché de la porte Bab Azoun. On y voyait, avec horreur, des bracelets de femmes encore attachés à des poignets coupés et des boucles d’oreilles pendant aux lambeaux de chair. Le produit de cette vente fut partagé entre les égorgeurs ». Le récit se passe de tout commentaire.


Il augure néanmoins toute une série de massacre que la France des Lumières et des droits de l’homme va commettre au nom de l’humanité, de la Civilisation et de la Chrétienté.


Hamdane Khodja ne s’est pas trompé. Très tôt son jugement sur la colonisation est révolutionnaire car inscrit dans un processus dialectique qui met en opposition les principes de la France et ses actes dans sa « colonie » algérienne.


Revenant sur la tragédie des Aoufiya, il dira qu’elle « formera dans l’histoire des peuples de notre région une page sanglante, et peu de personnes voudront croire que ce fait a eu lieu dans le XIXè siècle, époque de la liberté et de la civilisation européenne ». Tout est dit !


« Enfumez-les comme des renards » !


Un autre témoignage, celui d’un Français anticolonialiste, Michel Habart, écrit à la veille de l’Indépendance, en 1960, et intitulé Histoire d’un parjure, va plus loin dans la dénonciation du génocide commis par la machine de guerre coloniale durant 130 ans de barbarie. Selon lui, l’Algérie a perdu 8 millions de ses enfants en 40 ans, soit entre 1830 et 1871, entre la chute d’Alger et la répression de la révolte de Mokrani. Le même procédé : massacres, enfumades, viols, expropriations, tout pour réduire tout un peuple en esclavage à défaut de le décimer purement et simplement.


Les généraux et autres maréchaux de France qui se sont illustrés en Algérie ont laissé des mots célèbres pour immortaliser leurs forfaits. Ainsi, le duc de Rovigo répétait à sa soldatesque : « Des têtes… apportez des têtes, bouchez les conduites d’eau crevées avec la tête du premier Bédouin que vous rencontrerez ».


Bugeaud, le théoricien de la politique de la terre brulée est passé à la postérité comme étant un grand adepte des enfumades. « Enfumez-les comme des renards », disait-il à sa troupe en parlant des Algériens. Le colonel Montagnac pour sa part disait : « Tuez tous les hommes à partir de l’âge de 15 ans ».


On croirait entendre les généraux israéliens à propos de la population palestinienne martyrisée dans les territoires occupés ! Un autre général c’est illustré dans les pratiques génocidaires, Saint Arnaud, « auteur de crimes contre l’humanité au nom de la grandeur de son pays et pour le plus grand profit de sa fortune personnelle », comme en témoigne son biographe François Maspero. Et la liste est bien longue : Cavaignac, Pélissier, Yusuf, n’ont rien à envier à nos contemporains : Bigeard, Massu et autres Aussarress.


Les fours à chaux de Guelma en 1945 et les martyrs de la glorieuse révolution


Plus d’un siècle de massacre organisé par la soldatesque coloniale au nom des droits de l’homme n’a pas suffi à écraser l’âme de la résistance chez le peuple algérien.


A la lutte populaire armée a succédé la lutte politique avec des partis d’avant-garde à l’instar de l’ENA, puis du PPA avant le Seconde Guerre mondiale. Ce qui semblait être une Algérie pacifiée n’était en réalité qu’un volcan en sommeil prêt à cracher sa lave incandescente. La répression des manifestations pacifique du 8-Mai 1945, dans l’Est du pays a mis à nu les chimères d’une coexistance entre les colons et les « indigènes ».


Les 45 000 martyrs de ce massacre allait ouvrir la voie au million et demi de morts tombés au champ d’honneur entre 1954 et 1962, durant la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954. La violence révolutionnaire allait déboucher sur une cinglante défaite du système colonial malgré son acharnement jusqu’au bout symbolisé par les tueries inutiles commises par l’OAS, le repaire des irréductibles de l’Algérie française. La violence du colonisateur, malgré ses moyens et ses méthodes allait être défaite par la violence légitime du colonisé, comme l’a théorisé Frantz Fanon dans Les Damnés de la terre (1961).


Une constante semble guider l’entreprise coloniale : sa pratique génocidaire jusqu’à la négation de l’humanité d’autrui, ce qui hisse le colonialisme en crime des crimes. Un crime qui va marquer les générations futures, car la mémoire collective des peuples épris de liberté et de dignité ne passera pas sous silence l’entreprise coloniale au nom de la religion, de la civilisation et autres droits de l’homme.

M’hamed Khodja

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