Souvenirs d'enfance de la révolution de novembre 1954

Par cette belle nuit, claire et fraîche, en ce juillet.
Assis sur le rebord d’un trottoir, j’étais à méditer.

Adossé à un arbre, dessous son feuillage, à couvert.
Je regardais le ciel. La lune claire en son quartier,
Ressemblait à la portion coupée d’un gros melon.
Des souvenirs m’envahissent. Ceux de la révolution.

Images ressuscitant, je revoyais, je me souvenait.
Des militaires, des camps et des casernes son nés.
Ceinturant le village, déjà entouré de ces barbelés.
On était si jeune. A tout cela, rien on n’y comprenait.

De Taher sa place publique, les militaires rassemblaient,
Pleins de gens. Les habitant du village. Mains levées.
Ils avaient été là toute la journée. Jeunes, on ne savait.
Il est dans ma tête encore ce souvenir : là était étalé,
Mort. Une balle dans la tête. Sur sa poitrine un papier,

Ce qui était écrit dessus : cet homme est un Fellaga !
On ne savait qui, mais il a été un combattant ce gars.
Continuait l’écrit : ainsi est le sort destiné, l’exemple.
Avec le colon il faut rester rangé, est-il dit à ce peuple.

Le colonel venant sur la place publique en cette soirée,
Dans sa main tenant un crâne blanchi. Nul être rassuré.
Les gens de la pétanque, aux boules étaient à jouer,
Le colonel, claudicant de sa blessure dit : «Puis-je jouer» ?

Et d’expliquer que la «boule» à sa main est le crâne de celui,
Qui avait tiré. Au paradis, ce coup n’emportera pas avec lui.
Au creux de la nuit, dormant, on entendait des hurlements.
C’était du 2ème Bureau. Les gens torturés crier tel des déments.

Les souvenirs s’embrouillent, les dates s’en mélangeaient,
Je ne savait qui le premier de l’opération «Challes» c’était,
Ou alors du peuple sorti partout pour crier : «vive l’Algérie»
L’une, ce ratissage, et l’autre une manifestation. Des tueries.

Il avait d’abord été cette opération ensuite la manifestation.
N’en demeurant pas moins, le peuple était en pleine action.
En ce matin du 11 décembre 1960, à l’école nous étions.
Ce fut un jour mémorable. On se posait bien des questions

Des rafales se firent entendre ! L’instituteur cria : «sous les tables !»
On se demandait ce qui pouvait bien se passer d’aussi regrettable.
Sans peur, par les fenêtres nous regardions dehors. Inconscients.
Des blessés transportés en Jeep, allant vers l’hôpital. Consternation.

C’était le 11 décembre 1960. Le peuple avait bravé tous les colons,
Répondant à l’appel du FLN. En ce moment à l’état bien chancelant.
Le souvenir de ce traître. Surgissant du couloir menant à une forge.
Il avait, fiché dans le dos, un couteau de boucher. Il en rendait gorge.

De ses trahisons ! Bien des gens amenés. Interrogés au 2ème bureau.
Un jeune avait exécuté ce traître. Dans une école s’était réfugié. Ce héro.
Trahis, il avait été encerclé. Sommé de se rendre. Préférant bravement
Eviter la déchéance de la torture. L’assaut final est donné. L’achevant.

Avant ces histoires, il était des canonnades. Tout enfant y assistant.
Les oreilles bouchées du bruit des déflagrations. Les tirs incessants.
Orientés vers la montagne, ces canons de loin la pilonnaient
Dans la forêt au lointain, des feux et des flammes on voyait monter.

Les gens parlaient. Narrant des histoires. «El Baraka», ce héro.
De son nom Dekhli Mokhtar. Il tenait les soldats français de haut.
On était jeune et ignorant. Ouïe dire Abbas, rarement Benyahia.
Il a été Abane Ramdane, d’autres dans les montagnes loin là bas.

A l’école on était présent. Des pieds noirs, on était bien meilleur.
Souvent bien classé. Eux, souvent bons derniers. Quel malheur.
Août 1960. La SAS en une opération de charme destiné aux Algériens.
Colonies de vacances vers la France. Aux enfants proposées pour rien.

Il avait été l’OAS. Des explosions au plastique. En vaines tentatives.
L’Algérie française désirer. A De Gaulle refuser sa décision hâtive.
Accrochés au pays. Son soleil d’Afrique préféré aux nuages gris.
De l’Algérie sous tutelle, des colons sentir perdre ainsi leur paradis.

Arrivé le 19 mars de l’année 1962. En Algérie le cessez le feu est proclamé.
5 juillet 1962, son indépendance est acquise. Bien aussitôt est confisquée.
En déni des accords d’Evian, Aux colons il a bien été recommandé la valise,
Ou bien le cercueil. Harkis des accords d’Evian exclus. Il a été une traîtrise.

Partout ces harkis malmenés. Exécutés. Dans des camionnettes au village,
À l’arrière étalés. Livrés à la vindicte populaire. À blanc chauffée. Le carnage.
On était si jeune. On regardait. On était en peine de tout bien comprendre.
Aujourd’hui encore à la recherche des vérités. Obligés de tout réapprendre.

Noureddine Bousdira rédaction jijel.info

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