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Gigerri/Gigelli : Normands de Sicile, Génois, Pisans et Barberousse

Bien que la tâche soit assez ardue, je me suis efforcé de reconstituer, relativement, ce volet assez méconnu de l'histoire consécutive à la présence des Normands de Sicile ou Normands vikings, des Génois et des Pisans à Jijel. Autant s'atteler à reconstituer tout un puzzle, car ce chapitre de l'histoire de la présence des Italiens à Jijel est demeuré relativement ignoré ou inconnu par nombre de nos historiens, même ceux les plus notoires. L'histoire étant un rouleau s'étendant dans le temps, à la trame tissée d'un ensemble d'événements indissociables, il m'a paru utile de disposer dans cet article plusieurs volets de l'histoire de Jijel pour une meilleure compréhension de l'ensemble de celle-çi.

1 - Présence des Normands, des Génois et des Pisans à Gigerri :

a) - La présence des Génois à Gigeri/Gigelli, historiquement parlant, aura duré deux bons siècles avant que Barberousse ne les en chassât au début du 16ème siècle ; leur présence se situe entre 1283 à 1309 et ensuite de 1503 à 1514. Ce qui donne, bel et bien, deux siècles de présence Génoise à Jijel. Entre ces deux périodes de 1309 à 1514, c'est le trou noir.

Djimla fut un comptoir important des Normands au XIIe siècle, des Pisans et des Génois.

b) -Période normande, génoise et pisane :

2 - En 1144, la flotte de Roger II, après avoir ravagé l'est de l'Afrique, vint devant Jijel et s'empara de la ville pour la détruire ensuite complètement. Les Normands de Sicile pillèrent le château de Yahia Ibn el-Aziz et y mirent le feu. (Note par M.Z : ce qui a été détruit en ce temps ne pouvait être alors que ce qui existait déjà de cette fortification (édifiée par qui auparavant?) sur la presque-île de Gigerri.

Après s'être retourné en Sicile, ils revinrent encore une fois au printemps de l'année 1145, occupèrent la ville et ils ne durent la quitter qu'à l'avènement de l'Emir Almohade Abd el moumen, qui détruisit la puissance Hammadite et fit prisonnier Yahia Ibn el-Aziz (1152-1160).

Sous son règne on octroya quelques avantages aux Pisans, rivaux des Génois, qui installèrent des comptoirs commerciaux et tirèrent de la région les cuirs écrus qui servaient dans leurs tanneries.

Au début du XIIIe siècle les difficultés encourues par les Pisans poussèrent les Génois à les supplanter à Djimla. Les Génois construisirent une tour près de la porte principale de la Citadelle (1283-1309). Leur occupation devait durer jusqu'au début du XVIe siècle, mais leur domination n'était pas effective. Car en 1513, ils envoyèrent une autre flotte sur Jijel, sous les ordres d'André Doria, qui fit détruire une grande partie de la ville. (La Citadelle).

Pour se protéger, les Génois avaient construit une tour, appelée: "Tour Génoise", à l'endroit de la ville de Jijel appelé : "La Citadelle". Cette cité est la première à avoir été construite par les Normands de Sicile, ou normands vikings, sur la presqu’île bordant la mer. Elle a été détruite lors du séisme intervenu le 22 août 1856.

3 - Bref résumé relatif aux Génois et aux Pisans :

L'histoire rapporte qu'il a été la présence des Normands de Sicile ou Vikings à Jijel en 1144, celle des Pisans et Génois est située autour de 1283 à 1309.

Cependant, nous trouvons encore les Génois en 1514, au moment où Kheir-Eddin Barberousse entre à Jijel venant du port de la Goulette en Tunisie. C'est lui qui les en a chassé à cette période, à la demande des Jijelliens de l'époque...

Bref résumé tiré du livre de Bernard Bachelot : Louis XIV en Algérie -Gigeri 1664- :

"Gigeri berceau de la puissance des Barberousse"

En 1513, l'amiral génois Andrea Doria 2, furieux de voir Bougie/Bejaia aux mains des Espagnols, a décidé de s’implanter à son tour sur la côte kabyle. Sous prétexte de donner la chasse aux corsaires, il s’est emparé du petit port de Gigeri. Il y a fait construire un château et, après son départ, y a laissé une garnison.

L'année suivante, Aroudj Barberousse, guéri de sa blessure, a fait route sur Gigeri. (M.Z : venant du port de la Goulette en Tunisie). Il a débarqué sur la plage de Ziama, situées l’ouest de la ville de Gigeri, distante de quelques dizaines de kilomètres à vol d'oiseau. 

Avec l’aide des tribus voisines, il a mis le siège devant la forteresse où s'étaient réfugiés les chrétiens. Quelques jours plus tard, il est monté à l’assaut de cette tour. Les Génois débordés lui ont vite demandé quartier.

Aroudj s’est emparé de six cents prisonniers et d’un immense butin, qu’il a eu la sagesse de distribuer à ses troupes et à la population sans faire de distinction entre Turcs et indigènes. Par la suite, il a fait réparer le château génois, dont il a confié la garde aux habitants de Gigelli.".

a) - Période Génoise :

Cette occupation devait durer jusqu’au commencement du 16ème siècle, soit 1514. Mais il ne semble pas que les Génois aient établis une domination effective sur Gigelli. Il paraît en outre très probable que les Génois, comme le firent plus tard les Français à la Cale, aient fondé des établissements commerciaux à Gigelli et qu’ils aient eu seuls le droit de le faire.

Pour sauvegarder leurs intérêts et assurer la sécurité de leurs agents, ils avaient même construits une tour fortifiée qui existait encore lors de l’arrivée, en 1839, des troupes Françaises. Cette tour était placée près de la porte située à l’extrémité de l’estuaire reliant la presqu’île à la terre ferme.

Faits marquants : Occupation de l’enceinte normande. – Reconversion des mosquées en églises. – Construction d’une tour. – Occupation et transformation des principaux édifices.

b) - Les Pisans :

Les pisans étaient connus pour leur commerce. Après avoir bénéficié de quelques avantages de la part des Hammadite, ils installèrent des comptoirs commerciaux à Gigerri. Peu à peu, ils s’organisèrent si bien qu’ils parvinrent à établir leur domination exclusive sur cette ville.

A partir de cette localité, aussi bien que de la région avoisinante, sur une période estimée d’un demi-siècle, ils tirèrent les cuirs dont ils utilisèrent essentiellement la matière pour entretenir la production de leurs célèbres tanneries. Celles-ci constituant la grande partie de leur industrie.

Les Génois, redoutables concurrents des Pisans, au cours de la première moitié du 13è siècle, profitèrent des difficultés suscitées en Italie par les rivalités établies sur les côtes Nord Africaines, le long desquelles se trouve Gigelli.

I - Introduction à l’histoire des Génois et des Pisans :

Brève description de la région gigellienne par l'historien cartographe El Idrissi, sous le règne de Roger II :

"Le pays, fertile, produisait abondamment céréales, beurre et miel, la mer était très poissonneuse, et la navigation jouissait de deux ports : l’un au midi, très grand mais d’accès périlleux, nécessitant le concours de pilotes, l’autre au nord, Marsa l’S‘ara, petit mais parfaitement sûr et calme comme un bassin.

Un système routier, empruntant peut-être d’anciennes voies romaines, reliait Gigelli à Constantine en quatre journées de marche, Collo en deux journées, Béjaïa en deux journées également. Mais ces voyages à travers des territoires hostiles présentaient toujours de sérieux dangers..."

En vérité, les relations maritimes des royaumes maghrébins et des puissances chrétiennes, Normands de Sicile et Italiens pour l’instant, devenaient de plus en plus complexes. Opérations commerciales et militaires s’entremêlaient ; courses et contre-courses des pirates écumeurs de la mer animaient désormais, quotidiennement, les eaux méditerranéennes.

Certes, le port de Béjaïa, remarquablement abrité, centralisait les opérations régionales, mais celui de Gigerri, véritable satellite, en eaux moins sûres, échappait peut-être mieux aux représailles ennemies. Les deux positions jouissaient, du moins, d’un même avantage car la proximité de massifs forestiers leur procurait en abondance de précieux bois de construction nautique. (Chêne Zen).

On peut dire que l’installation de dynasties maghrébines puissantes, comme celle des Almohades, au milieu du XIIe siècle, puis des Hafside, Abdelwadid et Mérinide, au siècle suivant, renforcèrent considérablement les activités commerciales italiennes dans les ports nord-africains.

Mais des compétitions économiques féroces divisaient ces républiques italiennes. Nous apprenons ainsi qu’à la fin du XIIIe siècle, les Pisans monopolisaient tout le trafic chrétien dans le port de Gigerri. Un navire vénitien qui osa y embarquer un chargement de laine fut impitoyablement arraisonné par la flotte de guerre génoise.

Gênes élimina progressivement de la côte nord-africaine tous vaisseaux pisans ; des franchises lui furent reconnues alors à Gigerri par le sultan de Bejaia, plus ou moins dépendant lui-même des Hafsides de Tunis.

Mais un inquiétant compétiteur veillait. Depuis quelques années, le roi d’Aragon Pierre III nourrissait de sérieux projets d’occupation de toute la côte algérienne comprise entre Gigerri et Hippone (Bône/Annaba).

Repoussé dans sa tentative contre Collo, en 1282, il conclut habilement avec l’autorité de Béjaïa deux traités de commerce lui conférant des avantages sur le littoral de la Petite Kabylie.

Le commerce à Gigerri se trouva désormais partagé entre Génois et Aragonais. Or, les Iles Baléares relevaient du royaume d’Aragon. On vit donc les Majorquins s’affairer, peut être plus que tout autre, dans le port de Gigerri.

Ils y chargeaient fréquemment des cuirs, laines et peaux. Les Génois, cependant, paraissent avoir tenu solidement la position : maîtres du commerce constantinois pendant tout le XVe siècle, ils s’installaient militairement à Gigerri à la veille même de l’occupation turque. Etrange fortune que celle d’une ville promue par hasard à un rôle de premier plan !

L’installation des « frères Barberousse » à Gigerri n’était guère prévue. Au service des sultans Hafsides de Tunis, Aroudj et son frère Kheir-Eddin n’eurent d’abord pour mission que d’enlever la ville de Béjaïa, aux mains des Espagnols depuis 1510. En 1512, ils échouaient une première fois. Prudents, ils s’installaient à proximité, en vue d’un second assaut.

Telle fut la cause de leur conquête de Gigerri en 1514. Forts du concours du marabout local, Si Ahmed Ben El Kadi, ces deux corsaires anéantirent la garnison génoise et fortifièrent la ville à leur profit.

Histoire de la prise de la tour Génoise de la presque-île de Gigerri

En cette période, Aroudj et Kheir-Eddin sortirent de la Goulette (Tunis) avec Sept vaisseaux bien armés pour tenter de nouvelles entreprises. Aroudj avait toujours à cœur la conquête de Béjaïa ; il engagea Kheir-Eddin à s'approcher des côtes du royaume d'Alger pour voir s'il ne lui serait pas possible de délivrer Béjaïa des mains des chrétiens. Ils vinrent mouiller aux écueils qui sont à l'ouest de Gigerri.

Un bateau pêcheur qu'ils y trouvèrent, leur apprit que les Génois s'étaient emparés depuis peu de Gigerri, et qu'ils y avaient bâti un château. Le zèle qui les enflammait pour la religion leur inspira le désir d'arracher leurs frères à la tyrannie des chrétiens ; par le moyen de ces mêmes pêcheurs, ils écrivirent aux principaux habitants de Gigerri qu'ils se tinssent prêts à se joindre à eux lorsqu'ils seraient en mesure d'attaquer le château que les Génois avaient bâti dans leur ville.

Ayant donc disposé immédiatement quelques pièces d'artillerie pour battre la place en ruine, ils s'approchèrent de la plage voisine où ils opérèrent leur descente, et ne laissèrent dans leurs navires que le monde nécessaire pour les garder à Gigerri.

Le mouillage que les navires d'Aroudj et de Kheir-Eddin vinrent prendre dans l'ouest de Gigerri est facile à reconnaître. Ce ne peut être en effet qu'une crique assez profonde située à dix milles à l'ouest de cette ville.

Dès lors, les habitants de Gigerri, ainsi que les musulmans de la campagne, se joignirent à eux ; tous réunis, ils vinrent mettre le siège devant le château où se retirèrent les chrétiens (Génois).

En peu de jours, on parvint à établir une brèche. Kheir-Eddin, à la tête de ses Turcs, monta le premier à l'assaut. Les infidèles consternés ne se défendirent que faiblement. Bientôt ils demandèrent quartier.

A la suite de cette victorieuse offensive menée contre les Génois, Kheir-Eddin fit six cents esclaves, il s'empara également d'un immense butin trouvé sur les lieux qu'il distribua à part égale entre Turcs et kabyles de Gigerri ayant contribués à cette victoire.

Kheir-Eddine s'occupa par la suite à faire réparer et à fortifier ce château. Une fois achevés les travaux de réparation et de remise en état de l'édifice, il en confia la garde aux habitants de Gigerri.

C'est le premier point, dans le royaume d'Alger, où les Turcs s'établirent ; ce pourquoi, les habitants de Gigerri avaient bénéficiés de privilèges, exclusivement à tous les autres maures. Cet événement eut lieu vers 1514 – (920 de l'hégire).

I - Introduction à l’histoire de Gigerri :

Dans l’univers djidjellien, deux mondes se conjuguent : un monde maritime, à vocation méditerranéenne ; un monde rural, profondément enraciné dans les reliefs du Nord Constantinois. Ajoutons à cela une petite plaine côtière, la seule de Kabylie orientale à présenter quelque dimension, ayant connue par la suite le destin d’une cité promise à l’essor ou à l’isolement suivant les caprices de l’histoire.

En raison de son enclavement hérité de sa situation géographique au relief montagneux et accidenté se profilant jusqu'aux bords de la ligne côtière Méditerranéenne, essentiellement celle situé à l'ouest, la ville souffrit toujours des difficultés naturelles de communication avec le centre Constantinois. Gigerri, au débouché incertain d’un hinterland montagneux au sous-sol pauvre, et bien que remarquablement arrosé, ne permit jamais à la ville de dépasser le stade d’une économie forestière locale.

Alternances de fortunes, célébrité, oublis, mystères même, telle apparaît aujourd’hui le contour historique de Gigelli, dont le nom même se perd en circonvolutions orthographiques avant de se fixer définitivement sous la dénomination de "Jijel", auparavant "Djidjelli", donné après l'indépendance.

C’est dans l’antiquité préromaine, puis romaine, qu’il faut se replonger pour en découvrir l’origine : Igilgili. A première vue, la consonance paraît être plus sémitique que berbère. Le préfixe « I » semble toujours traduire, dans les toponymes phéniciens, la présence d’îlots sur un littoral.

Le radical « Gilgil », signifiant « cercles de pierres », se retrouvera par exemple dans Gilgal, nom de plusieurs villes palestiennes bibliques.

Très conjecturalement, ce « cercle de pierres » se concrétiserait à Igilgili dans la ligne d’écueils en arc de cercle sur laquelle s’enrocha, à la fin du XIXe siècle, le môle Nord du port, ou bien même dans le « petit hâvre » quasi-circulaire qui flanque vers l’Ouest le quartier de la citadelle. Et quant à la terminaison en « i » du nom de la cité, on se demande si elle ne traduit pas une pure adjonction latine, ou même berbère.

Avec l’arabisation du Maghreb, le toponyme subit une première altération. On le prononça Djidjel. Cette phonétique arabe n’était que très naturelle. Eut-on laissé au nom son « i » final, que l’on eût inévitablement confondu le toponyme avec son éthique, c’est-à-dire l’appellation de la ville avec celle de ses habitants. Comment, par la suite, a-t-on pu revenir à la forme Djidjelli ?

Il s’agit de l’intervention d’un accent italien. Dès le XIIe siècle, en effet, Jijel, s’éveilla à la navigation méditerranéenne par l’intermédiaire des Siciliens, puis des Pisans et des Génois. Au nom arabe, sans voyelle terminale, on ajouta un « i » final, indépendant, d’ailleurs, de la tradition antique, depuis longtemps perdue.

Mais comme l’« oreille » européenne n’est pas toujours très fidèle à la prononciation arabe, on commença par transposer le nom en Gigeri, et peu à peu, en Gigelli ; la phonétique italienne, on le sait, rend le son « J » ou « DJ » par un « G ».

L’orthographe française recueillit telle quelle cette leçon, et l’on écrivit, par exemple à l’époque de l’expédition de Louis-XIV, Gigeli ou Gigeri, ou même Gigery, par un anoblissement classique !

Parfois même, on transposa le ج arabe en « Z », et cela donna Zigery ou Zizery. Mais, à la longue, la phonétique italienne triompha, et les Français écrivirent définitivement Djidjelli.

La civilisation berbère ancienne n’ignora pas la région de Gigelli. Les dolmens, ces tombeaux remontant à la protohistoire, n’y sont pas absents. On en retrouve un certain nombre, soit en direction de Collo, soit dans les environs d’El Aouana (ex Cavallo).

Mieux connue, la colonisation maritime carthaginoise est probablement à l’origine de la création de la ville elle-même. Fidèle aux traditions de ses ancêtres phéniciens, Carthage essaima le long de la côte maghrébine un nombre indéfini de comptoirs jalonnant sa navigation jusque dans l’Atlantique. Un mouvement de cabotage incessant les alimentait.

D’ailleurs, la plupart des ports modernes du Maghreb en sont issus.

Sur le site où fut fondée Igilgili, on pouvait disposer de plusieurs mouillages : l’anse des Beni Kaïd, ou bien le « Petit » et le « Grand » hâvre, ainsi dénommés plus tard par l’expédition française du XVIIe siècle.

Tous ces abris se trouvaient pareillement garantis des vents d’Ouest, prédominants en hiver, mais beaucoup moins des vents du Nord ; et l’aménagement du port moderne sur l’emplacement du « Grand Hâvre » à la fin du XIXe siècle, exigea d’extrêmes précautions.

A vrai dire, on n’a pas retrouvé de traces de la cité punique elle-même. Tout laisse à penser qu’elle s’abritait sur la petite presqu’île rocheuse formant le noyau du Jijel traditionnel.

Sans doute atteignait-elle quelque dimension, à en juger par l’importance des nécropoles qui s’échelonnent sur près de deux kilomètres à l’Ouest de cette presqu’île. Le matériel céramique qu’on en a extrait précise la chronologie d’occupation du site, entre le IVe et le IIe siècles avant J.-C. Dans cette même zone, on trouva jadis quantité de coquilles de murex à pourpre. Igilgili exportait peut-être cette précieuse marchandise à l’étranger.

Avec les Romains, l’esprit change. On ne se contente plus de comptoirs côtiers ; il s’agit désormais d’un plan d’occupation générale de la Maurétanie où chaque élément doit tenir son rôle. Consciente de l’importance stratégique des ports, la politique romaine, dès le dernier quart du premier siècle av. J.-C, inclut notre cité dans son programme.

Igilgili deviendra, avec Saldae (Bedjaia), Rusazus (Azef-foun), Rusguniae (Cap Matifou), Gunugu (Gouraya) et Cartennas (Ténès) le premier point de débarquement et le premier jalon de romanisation du pays, prévu par l’empereur Auguste. Cette Colonia Augusta, nous la connaissons malheureusement très peu.

On ignore, en particulier, le nom de la légion romaine qui en fournit les habitants. De rares vestiges donnent une idée de sa structure urbaine : quelques restes de jetées couvrant le côté Est de la rade ; quelques vestiges d’enceinte, de thermes à la base de la presqu’île, d’aqueduc vers le Sud, de carrières vers l’Ouest ; quelques épaves de mosaïques.

Tout a complètement disparu de nos jours. Comme à l’époque moderne, le territoire des tribus rurales confinait aux portes mêmes de la ville.

En 128 ap. J.-C, une forteresse, le Castellum victoriae limitait, à l’entrée d’Igilgili, la tribu berbère des Zimides Les Romains intégrèrent Igilgili dans le réseau des routes et ports destinés à vivifier la vie administrative, militaire et économique du pays. On admire encore la hardiesse avec laquelle, défiant l’hostilité de massifs montagneux forestiers et quasi-impénétrables, les voies romaines relièrent Igilgili à Cirta (Constantine) et Sitifis (Sétif).

Vers la fin du IVe siècle ap. J.-C, la vocation stratégique de la ville se manifestait encore. Le Comte Théodose y débarquait le corps expéditionnaire qui devait écraser quelque temps plus tard la célèbre insurrection du chef maure Firmus.

Mais il est certain que l’affaiblissement progressif de la domination romaine facilita la libération des populations berbères montagnardes de Kabylie orientale qui recouvrèrent peu à peu leurs habitudes ancestrales de luttes tribales. Tout devait être accompli dans la seconde moitié du Ve siècle.

On ne sait presque rien d’Igilgili, du Ve au VIIe siècles. L’invasion vandale ne s’y arrêta pas.

Aucun vestige des VIe et VIIe siècles n’est parvenu jusqu’à nous, mais il est vraisemblable qu’à cette époque les Byzantins purent occuper la ville. Ils n’eussent peut-être pas négligé l’intérêt stratégique d’une telle place maritime.

Enveloppés de ténèbres également, les premiers temps de la conquête arabe. Rien en dehors d’un passage du géographe Al Yacoubi qui mentionne à peine l’existence de la ville à la fin du IXe siècle. Et puis, brutalement, l’histoire de Jijel se confond avec celle des Kotama.

Cette tribu célèbre, subdivisée en dizaines de clans, occupait la plus grande partie de la Kabylie orientale, refuge naturel inaccessible compris, entre l’arrière-pays de Béjaïa et celui de Mila.

On sait comment le da’i Abou Abdallah, homme d’action d’Ubayd Allah, mahdi des Chiites, souleva ces Berbères islamisés et les entraîna à la conquête de l’émirat Aghlabide de Kairouan qu’ils écrasèrent, donnant naissance à la nouvelle dynastie des Fatimides. Le site d’Ikjan, désigné par l’historien Ibn Khaldoun comme le lieu de prédication d’Abou Abdallah, n’est pas encore définitivement localisé.

On l’a généralement placé à proximité de Beni Aziz (Chevreul), entre Jijel et Sétif, mais, en dernière analyse, il faudrait le rapprocher beaucoup plus de la ville de Mila.

Il est étonnant que l’on ait pas encore songé à le rechercher vers la vallée de l’Oued Ikjana, précisément à mi-chemin entre Jijel et Mila. Vers la fin du Xe siècle, le géographe Al Muqaddasi mentionne encore la ville de Jijel.

Une centaine d’années plus tard, le géographe El Bekri, utilisant des documents plus anciens, note que la ville est « maintenant habitée » (ce qui implique un abandon antérieur, difficilement datable), qu’elle renferme « quelques débris d’anciens monuments » et que les minerais de cuivre des montagnes des Kotama sont transportés en Ifriqiya et ailleurs.

Toute cette période, cependant, ne fait point état de relations extérieures. Or, dans la seconde moitié du XIe siècle, les puissances chrétiennes d’Occident amorcèrent leur renaissance maritime. L’histoire de Jijel allait appartenir désormais au monde méditerranéen.

L’initiative vint d’abord de Sicile. Cela n’est guère surprenant. Depuis une haute antiquité, la possession du détroit de Sicile constituait l’atout majeur de la liberté ou de la fermeture des navigations en Méditerranée Occidentale.

Les Carthaginois, maîtres des deux rives, en avaient contrôlé autoritairement le passage. Les Romains leur ravirent ce privilège. Les Arabes, avec l’occupation de la Sicile, rétablirent l’équilibre à leur profit. Il était inévitable que les nouveaux maîtres de l’île, les Normands, fussent attirés, réciproquement, par les côtes d’Afrique.

Au milieu du XIIe siècle, leur puissant roi Roger II lança contre les royaumes maghrébins de nombreux raids maritimes destinés à contrôler plusieurs places fortes. C’était le temps où Zirides et Hammadites, dynasties parentes et ennemies, se partageaient le Maghreb central.

Or, l’émir Hammadite de Béjaïa, Yahia Ibn El Aziz, s’était fait bâtir à Jijel un palais où, d’après la tradition, il abritait ses débauches. Peu indulgent envers ce chef d’Etat, Ibn Khaldoun nous le présente, en effet, comme « mou et efféminé par l’amour de la chasse » pendant que le royaume se dissolvait.

En l’année 1143, la flotte chrétienne de Roger II de Sicile, commandée par le célèbre amiral Georges d’Antioche, se présenta devant Jijel, dont les habitants s’enfuirent vers les campagnes et les montagnes voisines.

Les Francs (entendons : les Normands), étant entrés dans la ville, la détruisirent complètement et mirent le feu au château de plaisance que l’émir Yahia s’était fait construire. Après cet exploit, ils s’en retournèrent chez eux. En réalité, l’occupation normande fut moins éphémère.

Les Djidjelliens édifièrent une forteresse dans les montagnes environnantes, et chaque été, à l’arrivée de la flotte sicilienne, nous révèle le géographe El Idrisi qui écrivait précisément pour le roi Roger II, ils s’y réfugiaient, ne laissant dans la ville que quelques hommes et quelques marchandises. Les Normands, en revanche, profitèrent des échanges commerciaux.

Ainsi prend fin l’histoire connue de la période au cours de laquelle s’étaient illustrés Normands de Sicile, Génois et Pisans à Gigerri, indépendamment d'autres présences ayant eues lieu avant, rapportées par l'histoire. Jijel aura de tout temps été un carrefour de la Méditerranée, convoité par mille et un conquérants...

Nota : cet article demeure ouvert, donc susceptible d'être augmenté, revu et éventuellement corrigé au fur et à mesure de ce qui pourra être trouvé pour reconstituer, bribes par bribes, cette histoire relative à la présence des Génois et des Pisans à Jijel et son histoire de manière générale...

Igilgili, Gigerri, Djidjelli, Jijel – Des siècles d’histoire entrecoupés de périodes inconnues.

Réaménagement, réécriture et présentation générale de l'histoire de Gigerri :

Noureddine Bousdira

Sources de rédaction :

- «Encyclopédie Berbère» ;

- "Histoire universelle depuis le commencement" ;

- "Bernard Bachelot" ;

- revues et forums en ligne sur le Net.

 

 

 

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  • Retour aux souvenirs...
    jijel.jijel jijel.jijel 04.12.2016 15:41
    Oui fly1, exact! mais on les appelait les "lendits" et non "lundis" parce que "lendit" signifie "jour ...

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  • Photos inédites de Jijel et Taher entre 1957-1958
    jijel.jijel jijel.jijel 04.12.2016 15:27
    Ya MSouilah, La photo couleur existait depuis la moitié du 19ème siècle et s'est encore plus développée ...

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  • Retour aux souvenirs...
    elmej,oun elmej,oun 04.12.2016 14:37
    donc on va rester à vivre avec le passé en évoquant nos chouhadas tout le temps ? oui je compatit ...

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  • Projet des transferts des eaux de Jijel et Bejaia vers Sétif: toutes les entraves levées
    elmej,oun elmej,oun 04.12.2016 14:33
    chez nous c'est déshabiller Paul pour habiller Pierre . nous qui sommes privés d'eau H/24 pour une ...

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