Bataille de Catinat (Settara): Hauts faits d’armes de la Wilaya 2

Voici encore une fois l'histoire de la bataille de Catinat (Settara), mais aussi une vidéo de presque deux heures sur la guerre d'Algérie de 1954 à 1962 comme vous n'avez jamais vu auparavant

Nous avions pris l’habitude de réagir et d’écrire à l’approche de la date du 1er novembre, non seulement pour rendre hommage, ou marquer tout simplement l’anniversaire, mais surtout et avant tout en guise de rappel et lutte contre l’oubli.

Au début de l’année 1958, l’Etat-major français déploya de grands moyens militaires dans le but de neutraliser physiquement et psychologiquement les unités de l’ALN. Le 7 février 1958, le ministre-gouverneur Jean Lacoste déclara à Constantine que «la guerre sera gagnée». Le 8 février, le «droit de poursuite» réclamé par les militaires fut, pour la première fois, mis en œuvre par le bombardement du village de Sakiet Sidi Youcef (situé en territoire tunisien), considéré comme une zone de repli des combattants algériens.

Au printemps de l’année 1958, l’état-major français entreprit un important ratissage militaire, qui débuta le 26 avril et prit fin le 5 mai, sur la région nord-orientale de l’Algérie. Ce fut lors de cette offensive, les 26 et 27 avril plus exactement, qu’eut lieu l’une des plus grandes batailles de la guerre d’Algérie entre les forces françaises et une importante unité de l’ALN sur les monts escarpés de la région d’El Milia. C’était en direction du territoire de la commune de Settara, Catinat du temps de la colonisation, anciennement rattachée au département de Constantine et aujourd’hui dépendant de la wilaya de Jijel, que les forces coloniales cantonnées dans la région du Nord-Constantinois convergèrent, des massifs qui se caractérisent par des crêtes hautes de 700 à 800 mètres et au relief escarpé, une zone réputée à forte concentration de combattants de la Wilaya II.

Les faits se déroulèrent précisément au mont Dar el Hadada, d’une altitude de 805 m, où était implanté le douar Beni Sbih, lieu de repli des combattants de l’ALN qui en avaient fait le siège de la Zone 2 et où ils creusèrent des tranchées et des casemates (caches souterraines) devant éventuellement leur servir d’abri en cas de raids de l’aviation française. Cette zone, située dans la partie sud du massif de Collo, est difficilement accessible aux militaires français agissant au sol, car facilement repérables par les hommes de l’ALN. Dans cette région, l’armée française avait installé des PC au cœur même de ce qu’on appelait alors les zones libérées par l’ALN où elle procéda à la réalisation de pistes pour l’atterrissage et le décollage d’avions de reconnaissance (les fameux mouchards) et d’hélicoptères pour l’approvisionnement en munitions et le transport de troupes. Du fait de l’envergure des moyens militaires mis en œuvre par les Français, jamais les combattants algériens n’eurent à faire face à une aussi forte concentration d’effectifs militaires. Côté français, plus de 3 000 hommes furent réquisitionnés, alors que côté algérien seulement 500 éléments leur faisaient face. Mais il n’était pas dit que cette action allait se faire aussi facilement que les troupes colonialistes le croyaient, car elles furent confrontées à une forte résistance des troupes de l’ALN qui leur occasionnèrent de lourdes pertes, tant matérielles qu’humaines.
A l’origine de cette bataille, l’attention de l’ennemi fut attirée par un incessant mouvement des habitants des douars environnants en direction de la forêt de Beni Sbih où avait été créé un souk (marché) fréquenté par les membres de l’Armée de libération nationale. Convaincue de leur présence, elle décida d’agir. Pour mener cette offensive et attaquer sa cible, elle dépêcha d’importantes unités de l’artillerie et des fantassins des garnisons d’El Milia, de Djidjelli (Jijel) et de Constantine, appuyées par des chars blindés et l’aviation, composée d’avions de reconnaissance, d’hélicoptères et de chasseurs bombardiers. Ce genre d’opérations ne consistait pas seulement à éliminer les combattants de l’ALN mais à occuper leur espace vital, à étouffer toute possibilité de survie et en déplaçant les populations qui vivaient dans les douars vers les villes, car considérées comme un soutien avéré aux indépendantistes. Très tôt dans la matinée du 26 avril 1958, en l’occurrence à cinq heures du matin, plusieurs colonnes de militaires français commencèrent à converger vers les villages et autres douars situés en contrebas et sur les versants nord et sud des monts de Catinat afin de mettre en place un blocus et procéder à l’encerclement des combattants de l’ALN se trouvant dans la région. Avisés de cette opération grâce à la mise en place d’un système de surveillance efficace, les moudjahidine, sous le commandement de Mostefa Filali et Messaoud Boudjeriou, décidèrent de faire diversion en tendant des embuscades aux unités militaires ennemies afin de les dissuader d’atteindre leur but. Mais cette action n’empêcha pas l’aviation ennemie d’entrer en action en procédant au bombardement des casemates servant de gîte aux combattants de l’ALN, qui avaient préalablement fait fuir les habitants de cette localité vers des refuges plus sûrs. C’est ainsi que, pour boucler la zone, des hélicoptères de transport de troupes se déployèrent sur toute l’étendue des lieux et débarquèrent plusieurs unités de soldats.
A neuf heures, la bataille, au cours de laquelle un armement lourd fut utilisé, atteignit un point culminant. En dépit de l’inégalité des forces en présence, les moudjahidine parvinrent à repousser l’offensive et causèrent des pertes considérables dans les rangs des militaires français, ce qui les contraignit à battre en retraite afin d’évacuer morts et blessés et, à tout le moins, se réorganiser pour reprendre l’offensive.
Vers 15 heures, l’arrivée en renfort de cinquante camions bondés de parachutistes et à leur tête une colonne blindée dotée d’armes lourdes transforma la bataille en un affrontement au corps à corps jusqu’à la tombée de la nuit, au cours de laquelle des hélicoptères se mirent à éclairer la zone des combats. Au milieu de la nuit, d’autres unités ennemies, les parachutistes du 2e REP (Régiment étranger de parachutistes), embarqués dans la nuit du 26 avril 1958 de la base militaire de Philippeville (Skikda) à bord d’hélicoptères Banane, sont déposées sur les crêtes de Beni Sbih et, d’est en ouest, sont déployées sur les contreforts de la zone, se heurtant à une farouche résistance. Voyant que les forces de l’ALN étaient beaucoup plus aguerries et, subissant de leur part des tirs nourris, les troupes françaises se retirèrent après 36 heures de fusillade.
Lors des affrontements, l’armée française perdit 1 100 soldats et l’ALN 110 djounoud, alors que 300 civils habitant les douars situés dans cette zone, notamment des femmes, des vieillards et des enfants, furent tués. Deux avions de chasse furent également abattus. A la fin de la bataille, les survivants parmi les moudjahidine réussirent à se frayer un passage à travers le blocus mis en place par l’ennemi et à atteindre une zone protégée afin de se mettre hors de portée des tirs adverses. L’ampleur des pertes françaises fit l’effet d’une onde de choc au sein de l’état-major français. L’expérience et la puissance de feu des combattants algériens, malgré un terrain peu favorable, obligèrent l’ennemi à battre en retraite. Mais le gros des pertes dans leurs rangs était incontestablement dû aux frappes aériennes et à l’artillerie. Bien après l’indépendance, la zone des combats resta telle qu’elle fut après les affrontements, parsemée de fragments métalliques, et sur laquelle trônent, tels des trophées, les restes des carlingues et des moteurs d’avions abattus, les cratères laissés par les bombardements et les rochers criblés de balles.
Pour immortaliser cette bataille mémorable menée par l’Armée de libération nationale dans le Nord-Constantinois durant la révolution et en hommage aux nombreux martyrs de Béni Sbih tombés sous les balles de l’ennemi, une stèle a été érigée à leur mémoire sur le lieu même des combats et dont les noms ont été écrits en lettres de sang sur le fronton du cimetière où ils reposent.

Abderrachid Mefti

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