Le vol de la jujube. Part two

Fleur de jujubier
Raconte mon ami, j'écoute ...
Comme dans toute histoire, les choses prennent souvent un cours innatendu et c'est le cas dans celle-ci
Vous pouvez sans doute déjà le penser: Ce jujubier ne pouvait être que de la variété Ziziphus Lotus, et si vous avez déjà lu l'Odyssée d'Ulysse, cet arbre était bel et bien celui des Lotophages, ce peuple bienheureux décrit par Homère dans son classique. Ce peuple si particulier, se nourrissait de lotos et occupait une île qui serait la Djerba actuelle. Le fruit de lotos, décrit dans l'Odyssée était si délicieux qu'il faisait tout oublier aux visiteurs ou naufragés de l'île, jusqu'à leur enlever toute volonté de repartir.
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Une fois débarqués sur cette île de gré ou par malchance, ils ne voulaient plus rentrer chez eux, abandonnant femmes et enfants. Ce fruit unique aux effets magiques était la jujube. La jujube ou sedra comme l'appellent encore les habitants de l'île avait donc des effets magiques pour les habitants de l'île et quoique délicieux, plutôt défavorables pour les étrangers car il les empêchait de repartir, de retrouver leurs foyers..  Qui sait, l'arrière grand-père du gamin avait peut être été du côté de cette île décrite dans ce merveilleux livre. Elle serait située à l'Est de chez nous, pas très loin, en Tunisie. L'aieul du gamin avait bien été plus loin, probablement jusqu'en Egypte. En effet, il est rapporté qu'il avait offert des graines de coton à Napoléon lui-même. A l'époque, il avait donc dû pousser la ballade jusqu'en Egypte qui avait alors des champs de coton de grande renommée et l'ancêtre, botaniste et inventeur,  avait sûrement ramené des graines pour essayer la culture du coton chez nous. Il faut savoir que nos côtes de l'époque étaient marécageuses et que la culture du coton méritait d'y être tentée.  Soit dit en passant, ce sont ces marécages qui ont favorisé l'introduction beaucoup plus tard de l'eucalyptus par les Français qui s'en servaient pour assécher les terres inondées et les gagner à l'agriculture.   Au cours de son périple vers l'Est, il avait probablement croisé quelque descendant de Lotophages qui, toujours aussi bienveillant, lui aurait offert quelques lotos. Ravi par le goût si harmonieux, il en avait certainement gardé pour son fils, le grand-père du gamin. Et son amour de sa patrie, plus fort que l'effet du fruit qui vous fait tout oublier, lui avait permis de retrouver le chemin du retour. Il faut dire que l'arrière grand-père, avait le goût du voyage et de la découverte, celui des expériences en tout genre. Celle du coton chez nous, n'a probablement pas réussi mais avait permis de faire graver son nom dans les livres de Napoléon grâce au don de quelques graines de coton au musée de la flore de l'empereur.  Le geste de son fils le grand père du gamin, avec le noyau de jujube fut plus heureux. En un siècle, tout un pan de la colline qui représentait une partie de leur vieille terre fut occupé par cet arbre si généreux au fruit aussi bénéfique qu'inconnu. La chair délicieusement parfumée et riche en vitamines, oligo-éléments et autres bienfaiteurs restait le premier attrait de ce fruit unique, le noyau, quant à lui offrait une huile de très grande qualité et le miel de ses fleurs était d'une qualité  inégalée.  En effet, le miel de Sedra si recherché de nos jours est en fait du miel de fleur de jujubier. Une vérité qui enlève une grande partie de la magie attribuée à ce miel mais n'altère en rien ses qualités gustatives. Il est vrai que celui de la vallée du Hadramaut au Yémen a obtenu une renommée dans certains cercles grâce surtout à son prix exorbitant.  Le gamin, loin de se soucier de ces aspects bassement pécuniers et ignorant tout du magnifique talent de raconteur d'Homère, ne se privait pas de rêver aux aventures de son aïeul mais ne souhaitait guère repartir sur ses pas; il préférait veiller sur ses jujubes.
igel