Hommage à Mustapha Ben Boulaid, le lion des Aurès.

Parcours d’un révolutionnaire. Fils de Ahmed Ben Ammar et de Aïcha Aberkane, né le 5 février 1917 à Inerkeb, près d’Arris dans les Aurès, au sein d’une famille de petits propriétaires fonciers et de commerçants.

Il succède à son père et devient meunier de profession. En 1937, il émigre en France, à Ville Rupt en Meurthe et Moselle où il devient syndicaliste et revient au pays au mois d’avril 1938.

Mobilisé en 1939, il fait la guerre dans l’armée française, est réformé pour blessure en 1942, il sera remobilisé en 1943-1944 à Khenchela, ou pendant la campagne d'Italie, il se distingue par son courage et sa bravoure, ce qui lui vaut la médaille militaire et la croix de guerre.

Adjudant, rendu à la vie civile, il devient président de la corporation des marchands de tissus de l’Aurès. A la même époque, il obtient une licence pour exploiter une ligne de cars entre Arris et Batna.2

Mostefa Ben Boulaid adhère au P.P.A.-M.T.L.D. en 1946 il se présente le 4 avril 1948 aux élections à l’Assemblée algérienne et élu triomphalement avec plus de 10 000 voix, mais sera privé de sa victoire au profit du docteur Abdesselam Benkhellil, condidat de l'UDMA.3

Un rapport officiel des services français parle ainsi de M. Ben Boulaid : « Un homme du peuple, un homme d’action très évolué, conscient de la situation des musulmans, de leur désir d’évolution. » Un autre rapport de la gendarmerie de Batna en date du 27 Juin 1947 signale ses activités pour l’achat d’armes : « Le nommé Boulaid Mostefa se proposerait d’aller prochainement à Tunis.

Pendant la crise du MTLD, il se rend à Niort en février 1954 et pendant les discussions avec Messali, il plaide pour éviter une cassure du parti. De retour en Algérie, il préconise « la neutralité ».

C’est dans ces conditions que Ben Boulaïd s’engage plus activement dans la création du CRUA, considéré par lui comme organisme technique pour se procurer les armes de l’Égypte, via la Tripolitaine. Déjà Si Messaoud (Chihani Bachir) qui avait rencontré Mohamed Khider au Caire, le 5 avril 1954, avait été convaincu que Nasser soutiendrait la lutte armée, dès son déclenchement.

Le 15 août, Ben Boulaïd se rend à Tripoli où il informe Ben Bella des résolutions prises le 25 juillet par les 22 du CRUA de déclencher la lutte armée. Après les assurances reçues, il revient en Algérie et arrache l’adhésion de Krim Belkacem au CRUA.

M. Ben Boulaid est, à ce moment, un des principaux responsable de l’O.S. et accumule un important dépôt d’armes qui servira le 1er novembre 1954 non seulement à armer les révolutionnaires dans les Aurès, mais également dans d'autres régions, notamment en Kabylie, où Ben Boulaïd envoya plus de 400 fusils à Krim Belkacem.

Le 1er novembre, Ben Boulaïd, Chihani Bachir, Abbas Laghrour, Adjel Adjoul et toute la wilaya des Aurès entrent dans l’insurrection. Les armes promises par Ben Bella qui devaient transiter par la Tripolitaine et le Sous n’arrivant pas, Ben Boulaïd nomme Chihani Bachir chef de l’Idara (état-major) des Aurès et entreprend à pied un long voyage qui doit le mener à Tripoli pour acheter des armes, accompagné de son guide Amar Mistiri. Il est arrêté le 12 février 1955 dans la région de Benguerden à la frontière tuniso-libyenne.

Il est transféré à la prison de Constantine. Interrogé par Vincent Monteil, le 16 février, il lui dira qu’il reste fidèle au programme du PPA, dont le mot d’ordre central : l’élection d’une Assemblée Constituante Souveraine, reste la solution au problème algérien.

Lors de son procès le 22 juin 1955, il exprime son attachement au programme du M.T.L.D, et les messalistes revendiquent son appartenance au M.N.A. Mais rien ne permet d’étayer cette affirmation, si ce n’est une lettre transmise à Messali par l’intermédiaire de son avocat, Maître Stibbe. Une lettre qui n’est jamais parvenue aux mains de son destinataire, mais à Abane Ramdane.4

Toutefois, le soupçon d'entretenir des relations interdites avec le M.N.A. est à écarter, affirme Serge Bromberger que tous ses entretiens auraient nié ces faits.5

Rapidement jugé et condamné à mort, il s'évade avec douze de ses compagnons (19 selon d'autres sources) le 14 novembre 1955 de la prison du Koudiat de Constantine, avec entre autres Ahmed Bouchemal, Brahim Taïbi, Mohamed Lahifa, Hamadi Krouma, Tahar Zbiri, Lakdar Mecheri, Mohamed Meziani, Hocine Arifï, Slimane Zaidi et Ali Hafatri. et regagne le maquis Aurésien, meurtrie -en son absence- par une série d'évènements fratricide (l'entrée en dissidence d'Omar Ben Boulaïd, de Aïssi Messaoud et de Ali Kerbadou et sa reddition par la suite, ainsi l'exécution de Chihani Bachir... etc.).6

Aussitôt de retour à la tête de l'Idara (l'état major), Mostefa Ben Boulaïd part à la reconquête de l'unité des rangs et à la réorganisation de l'ensemble des secteurs Aurès-Nememcha.7

Une mission qui mènera en s'appuyant non seulement sur discours rassembleur, sa réputation de chef historique, père de la révolution, une mission qui n'ira pas à son terme, victime d'un émetteur-récepteur piégé parachuté sur Djebel Lazrag par le 2ème Bureau français (services spéciaux), il trouve la mort le 23 mars 1956.

Sa disparition précoce et tragique longtemps gardée secrète, sera amputée à Adjel Adjoul, information d'abord propagée par ses concurrents (Omar Ben Boulaid, ...), elle sera ensuite véhiculée par Ben Tobbal pendant le congrès de la Soummam, puis reprise par la commission dépêchée par le C.C.E. dans la région Aurès-Nemamchas avec Amirouche à sa tête.

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1. Dictionnaire de la révolution Algérienne (1954-1962), Par Achour Cheurfi.
2. Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, Benjamin Stora.
3. Histoire de l'Algérie à la prériode coloniale, Ounassa Siari Tengour et Autres.
4. Le MNA: Le Mouvement National Algérien (1954-1956), Par Nedjib Sidi Moussa,Jacques Simon.
5. Les rebelles algériens, Serge Bromberger
6. Témoing de la révolution dans les Aurès, Par Mlaili Mohammed Sghir.
7. Les tamiseurs de sables, Aurès-Nememcha 1954-1959, Par Mohamed-Larbi Madaci.