Incidents à la Mecque et manifestations en Iran : vers une conflagration du monde arabo-musulman ?

Les événements s’accélèrent à une vitesse fulgurante dans le monde arabo-musulman et peuvent déboucher sur une déflagration généralisée. L’incident qui a fait plus de 700 victimes parmi les pèlerins à Mina, hier, provoque une onde de choc qui risque de remettre en cause la gestion du hadj par les Al-Saoud. Premier pays à hausser le ton, l’Iran trouve ainsi, dans les derniers incidents malheureux survenus aux Lieux saints de l’islam – la chute de la grue et la bousculade d’hier –, l’occasion ou jamais de monter au créneau pour stigmatiser le régime saoudien incapable, selon Téhéran, d’assumer ce rituel, un des cinq piliers de l’islam.

C’est la seconde fois que le régime des mollahs pointe un doigt accusateur en direction de la famille régnante en Arabie Saoudite. Et ce n’est pas un hasard si c’est l’Iran qui insiste pour réclamer des comptes à Riyad. Cette réaction violente de l’Iran fait suite, en réalité, à l’agression conduite par l’armée saoudienne contre la communauté houthie au Yémen, aidée par plusieurs pays arabes d’obédience sunnite. L’Arabie Saoudite ne s’arrête pas là, puisqu’elle vient de décider de financer l’achat de deux bâtiments de guerre français au profit de la marine égyptienne, tandis que des bruits courent sur une éventuelle acquisition par l’autre fidèle allié de cette monarchie pétrolière, le Maroc, d’un sous-marin de fabrication russe. Cette course à l’armement financée par la famille royale est loin d’être un geste de générosité envers ces deux pays «frères», mais néanmoins pauvres. Elle prélude à une confrontation élargie entre sunnites et chiites dans les mois et les années à venir. La guerre au Yémen pourrait ainsi déboucher sur un conflit armé qui achèverait de désintégrer le monde arabo-musulman qui s’entredéchirerait jusqu’à permettre aux Etats-Unis de concrétiser leur projet du Grand Moyen-Orient et à Israël de s’élargir en grignotant de nouveaux territoires au détriment des pays arabes limitrophes qui se seront, alors, autodétruits. Au lieu de libérer les territoires occupés par l’entité sioniste en 1948 et 1967, les pays arabes et musulmans s’apprêtent à offrir à Israël le cadeau qu’il n’a jusque-là pas pu réaliser, à savoir l’accomplissement de la «terre promise» qui s’étalera du Nil jusqu’à l’Euphrate. Il n’est pas exclu que l’Iran intervienne à son tour militairement au Yémen pour venir en aide aux populations chiites victimes des bombardements aveugles des armées arabes coalisées, sans que le monde occidental bouge le petit doigt et qui, pourtant, a été si prompt à intervenir au Koweït suite à l’invasion de ce pays par le régime de Saddam Hussein, puis en 2011 en Libye et maintenant en Syrie. Le monde arabo-musulman est sur une poudrière et l’Occident fera semblant d’appeler à l’apaisement tout en continuant à jeter de l’huile sur le feu, pour que ce dernier ravage cette région instable de sorte à chambouler l’ordre mondial et à récupérer des richesses souterraines qui vont en se raréfiant. L’invention du «printemps arabe», l’enterrement d’Al-Qaïda puis la création de Daech, le rapprochement «soudain» avec l’Iran, le conflit russo-ukrainien, l’implication directe de la Russie dans le conflit syrien et, enfin, les derniers incidents sanglants survenus à la Mecque – qui pourraient avoir été provoqués, d’où l’empressement de Salmane Ibn Abdelaziz à diligenter une enquête pour en connaître les véritables causes –, sont autant de signes précurseurs de l’imminence d’une nouvelle étape de la reconfiguration de cette région. La carte du monde est en train d’être redessinée et on en verra les nouveaux tracés une fois qu’il sera trop tard.
Karim Bouali

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