Le pétrole profite du Yémen et de l'affaiblissement du dollar pour rebondir

New York - Les cours du pétrole ont rebondi jeudi à New York, profitant des inquiétudes sur la situation au Yémen, d'un accès de faiblesse du dollar et d'un regain d'optimisme pour la demande.

Le prix du baril de light sweet crude (WTI) pour livraison en juin a gagné 1,58 dollar à 57,74 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex).

A Londres, le baril de Brent pour livraison en juin a progressé plus fortement encore, prenant 2,12 dollars à 64,85 dollars sur l'Intercontinental Exchange (ICE).

Les cours de la référence européenne du brut avaient atteint vers 15H20 GMT, 65,13 dollars le baril, leur plus haut niveau en un peu plus de quatre mois.

C'est le Yémen, on dirait qu'il pourrait y avoir une escalade, a déclaré Michael Lynch, chez Strategic Energy and Economic Research.

La coalition menée par l'Arabie saoudite a poursuivi jeudi à un rythme soutenu ses raids contre les rebelles chiites au Yémen, estimant que la menace qu'ils représentent empêche à ce stade l'arrêt total des frappes aériennes annoncé mardi soir.

De plus, alors que le président américain Barack Obama a indiqué mercredi que les Etats-Unis avaient mis en garde l'Iran contre la livraison d'armes au Yémen, une initiative qui pourrait selon lui menacer la navigation dans cette partie du monde, les investisseurs s'inquiètent d'une possible escalade en mer, selon M. Lynch.

Il y a le sentiment qu'un effort pour bloquer des armes pourrait dégénérer, et on s'inquiète d'éventuels combats en mer dans la région. Avec des pétroliers dans la zone, c'est le genre de choses qui rend les gens nerveux, a déclaré M. Lynch.

Le Yémen n'est pas un producteur important de brut, mais les pays voisins sont très préoccupés par la sécurité du détroit de Bab el-Mandeb, entre la mer Rouge et le Golfe d'Aden, qui sépare l'Afrique de la Péninsule arabique et se trouve sur un axe important du commerce maritime mondial.

Par ailleurs Jason Schenker, chez Prestige Economics, a souligné que les cours bénéficiaient d'une certaine faiblesse du dollar jeudi, à 1,0843 dollar pour un euro.

Le pétrole s'échange en effet en billets verts, dont la baisse bénéficie aux acheteurs munis d'autres devises.

Enfin M. Schenker a noté que la conjoncture était favorable à une reprise de la demande, les banques centrales ayant signalé être prêtes à être accommodantes pour stimuler la croissance.

Mercredi, les chiffres hebdomadaires sur les stocks américains de brut et de produits pétroliers américains avaient fait état d'un bon niveau de la demande, alors que le pays aborde tout juste la saison des beaux jours propice aux déplacements, et donc à la consommation d'essence.

Selon M. Schenker, qui estime que les cours du WTI vont se maintenir autour de 55 dollars en moyenne durant le deuxième trimestre, et ceux du Brent autour de 63 dollars, l'évolution de la demande plus que celle de l'offre, laquelle reste surabondante, est de nature à faire évoluer les prix dans les semaines et mois qui viennent.

En revanche, selon Joshua Mahony, analyste chez IG, les prix du WTI pourraient être de nouveau mis sous pression lorsqu'ils retrouveront des niveaux commercialement viables pour que certains producteurs américains reprennent leur activité, alors que la production aux Etats-Unis a amorcé un reflux durant trois des quatre dernières semaines. Le boom du pétrole de schiste aux États-Unis est loin d'être terminé, a-t-il affirmé.


(©AFP / 23 avril 2015 21h20)